Barnaby Rudge suit le destin d'un jeune homme simple d'esprit et de plusieurs personnages liés à sa vie dans l'Angleterre de la fin du XVIIIe siècle, alors que le pays est secoué par les émeutes connues comme les Gordon Riots. Au centre du roman, Barnaby, sa mère et la galerie de figures qui gravitent autour de la boutique du serrurier Gabriel Varden et de la séduisante Dolly Varden offrent un panorama humain de conflits privés et d'aspirations contrariées. La narration emmêle intrigues personnelles et montée d'une violence collective qui bascule progressivement la tranquillité sociale.
Le livre explore des thèmes majeurs : la psychologie des foules et la contagion de la violence, la tension entre justice et vengeance, la vulnérabilité des exclus et la complexité morale des protagonistes. Dickens met en scène la difficulté de discerner l'innocence dans un monde en proie à la rumeur et à la haine, montrant comment des choix individuels se répercutent au cœur d'une tempête sociale.
Sur le plan littéraire, l'œuvre mêle réalisme social, touches gothiques et scènes de foule d'une grande intensité visuelle. Dickens y déploie son art du portrait et de la satire tout en conservant une attention empathique pour les marginaux. Les épisodes collectifs, rendus avec un sens aigu du détail, contrastent avec les drames intimes, créant une dynamique puissante.
Ce roman intéresse pour sa capacité à articuler histoire publique et destin privé, offrant une réflexion sur la responsabilité individuelle face aux forces collectives. Il reste un exemple remarquable de la manière dont la fiction peut documenter et interroger la violence politique tout en racontant des vies singulières.