En transposant le personnage de Molière en anti-héros punk dans une Olympe ravagée, David Bobée signe un Dom Juan sous tension d’une modernité saisissante. Un « Festin de Pierre » haut en couleur et décapant ! On ne sort pas indemne d’une telle représentation !
Dom Juan
Dom Juan, séducteur impénitent et défieur du ciel, pousse l'audace jusqu'à narguer la mort elle-même.
Dom Juan met en scène un grand seigneur libertin, Dom Juan, accompagné de son valet Sganarelle. Au début de la pièce, Dom Juan vient d’abandonner Done Elvire, qu’il avait séduite et épousée après l’avoir fait sortir d’un couvent. Elvire le poursuit pour lui demander des comptes, mais Dom Juan refuse tout remords : il revendique son inconstance amoureuse et son désir de conquérir sans cesse de nouvelles femmes.
Sganarelle, son valet, condamne souvent les idées de son maître, mais il reste lâche, intéressé et incapable de s’opposer vraiment à lui. Il sert de personnage comique, tout en exprimant parfois le jugement moral que le public pourrait porter sur Dom Juan.
Dom Juan tente ensuite de séduire deux jeunes paysannes, Charlotte et Mathurine, en leur promettant le mariage à toutes les deux. La scène montre son habileté à mentir, à flatter et à manipuler. Pour lui, la parole n’engage à rien : elle est seulement un instrument de domination et de plaisir.
La pièce prend aussi une dimension plus grave lorsque Dom Juan rencontre un pauvre homme et lui demande de blasphémer en échange d’une pièce d’or. Le pauvre refuse, ce qui met en évidence l’impiété provocatrice de Dom Juan. Plus loin, Dom Juan sauve pourtant Dom Carlos, frère d’Elvire, ce qui montre que le personnage n’est pas seulement lâche ou ridicule : il possède aussi du courage et une forme de noblesse d’action.
Un élément fantastique apparaît avec la statue du Commandeur, un homme que Dom Juan a tué autrefois. Dom Juan invite cette statue à dîner, par bravade. Contre toute attente, la statue accepte. Ce motif annonce le châtiment final du libertin.
Dans le dernier acte, Dom Juan adopte une nouvelle stratégie : il prétend se convertir et devenir dévot. Mais cette conversion est hypocrite. Il explique que la fausse dévotion est un moyen très efficace pour se protéger dans la société. Molière critique ici non seulement le libertinage de Dom Juan, mais aussi l’hypocrisie religieuse et sociale.
À la fin, la statue du Commandeur revient chercher Dom Juan. Malgré les avertissements, celui-ci refuse de se repentir. Il est alors englouti par la terre et puni pour son orgueil, son impiété et ses crimes. Sganarelle reste seul et conclut de façon comique en réclamant ses gages.
Dom Juan est donc une pièce à la fois comique, morale, philosophique et inquiétante. Molière y crée un personnage fascinant : séducteur, intelligent, courageux, cynique, impie et manipulateur. La pièce interroge la liberté individuelle, le rapport à la religion, l’hypocrisie sociale, l’honneur, le mensonge et la responsabilité morale.
shield_question Foire aux questions
person_edit À propos de l'auteur
Molière (1622–1673), de son vrai nom Jean-Baptiste Poquelin, est considéré comme le maître de la comédie française. Dramaturge, acteur et directeur de troupe, il a marqué le XVIIe siècle par des pièces comme Tartuffe, Le Misanthrope ou L'Avare, où il mêle avec brio satire sociale, comique et profondeur psychologique. Dom Juan, créé en 1665, reste l'une de ses œuvres les plus audacieuses, mêlant farce et questionnement métaphysique. Son génie réside dans sa capacité à faire rire tout en interrogeant les travers de la société de son temps.
newsmode Revue de presse
Projetant la pièce de Molière au XVIIIe siècle, sous la tutelle du Marquis de Sade, Macha Makeïeff fait de cet anti-héros un prédateur sulfureux et languissant, interprété avec brio par Xavier Gallais dans un décor unique. Une course à la séduction qui butte contre les obstacles de la morale et de la bienséance, et qui constitue aujourd’hui, avec #MeToo, une mise à terre sans sursis d’un séducteur devenu prédateur sans foi ni loi.