À travers ses Lettres d’une Péruvienne, roman épistolaire et sentimental publié en 1747, Françoise de Graffigny propose à la fois une critique de la société française du XVIIIe siècle et un plaidoyer pour l’émancipation des femmes.
Lettres d’une Péruvienne
Arrachée à son Pérou natal par les conquistadors, Zilia, princesse inca, découvre la France du XVIIIe siècle à travers un regard neuf et sans concession.
Lettres d’une Péruvienne est un roman épistolaire et sentimental du XVIIIᵉ siècle. Il se présente comme une série de lettres écrites par Zilia, une jeune femme inca du Pérou, séparée de son fiancé Aza après avoir été enlevée par des conquistadors espagnols. Elle tente d’abord de communiquer avec Aza au moyen de quipos, des cordons noués utilisés comme système de mémoire ou d’écriture dans la civilisation inca.
Pendant son voyage forcé vers l’Europe, le navire espagnol qui la transporte est attaqué par un navire français. Zilia est alors recueillie par Déterville, un officier français qui tombe amoureux d’elle. Il la protège et l’emmène en France, mais Zilia, déracinée et incapable au départ de comprendre la langue française, reste attachée à Aza et espère retrouver son pays.
Une grande partie du roman repose sur le regard étranger de Zilia. En découvrant la société française, elle observe ses contradictions avec étonnement : les inégalités sociales, l’hypocrisie des relations mondaines, la place limitée accordée aux femmes, les différences entre l’apparence et la vérité des sentiments. Son ignorance initiale de la langue française devient un moyen de dénoncer les faux-semblants : à mesure qu’elle apprend à parler et à lire le français, elle comprend aussi que les paroles peuvent cacher des intentions opposées.
Déterville voudrait épouser Zilia, mais celle-ci refuse d’abord par fidélité à Aza. Pourtant, elle finit par apprendre que son fiancé lui a été infidèle. Ce dénouement transforme profondément le sens du roman : Zilia ne choisit ni Aza, qui l’a trahie, ni Déterville, qui l’aime mais représenterait une nouvelle dépendance. Elle choisit de rester en France, dans une maison qui lui appartient, pour poursuivre son éducation et vivre librement.
L’œuvre est donc à la fois un roman d’amour, un récit d’exil et une critique de la société européenne. Par la voix de Zilia, Françoise de Graffigny interroge la colonisation, l’éducation, la religion, les conventions sociales et surtout la condition féminine. La fin est particulièrement originale pour l’époque, car l’héroïne refuse de définir son existence par le mariage ou la soumission à un homme.
shield_question Foire aux questions
person_edit À propos de l'auteur
Françoise de Graffigny (1695–1758), née Françoise d’Issembourg du Buisson d’Happoncourt, est une figure majeure des Lumières. Après un mariage difficile, elle s’installe à Paris en 1739 et fréquente les cercles littéraires et philosophiques, côtoyant Voltaire, Marivaux, Rousseau et Diderot. Son roman Lettres d’une Péruvienne (1747), succès immédiat, est considéré comme un manifeste pré-féministe. À travers l’histoire de Zilia, elle dénonce les injustices sociales et défend l’émancipation des femmes.
newsmode Revue de presse
Roman épistolaire très en vogue lors de sa sortie en 1747, Lettres d’une Péruvienne est une œuvre féministe avant-gardiste. [...] Le roman adopte le point de vue de Zilia, une jeune princesse Inca enlevée de son Pérou natal et arrivant à Paris par un concours de circonstances. Ce parti pris permet à Françoise de Graffigny de dépeindre la société française — et européenne — de manière acerbe, en critiquant notamment la religion, les inégalités sociales et plus largement la condition féminine.
Lettres d’une Péruvienne de Françoise de Graffigny constitue un récit subversif et pré-féministe dans lequel l’héroïne Zilia rejette les conventions du mariage pour embrasser une indépendance intellectuelle et financière jugée inconvenante à l’époque. À travers le regard d’une étrangère captive, Graffigny livre une critique acerbe de la société française, dénonçant l’oppression des femmes, les failles de l’éducation et les injustices monarchiques.