Témoignages
Témoignages
Filtre
Qui décide qui est l’Autre ? Christine Delphy déconstruit les mécanismes de la domination : sexe, race, classe, religion. Un essai percutant pour comprendre comment l’Occident fabrique ses exclus et ses hiérarchies sociales.
Le 9 août 1987, Marie, 12 ans, autiste, survit à un viol qui la laisse pour morte. Vingt-cinq ans plus tard, le silence se brise. Ce récit incandescent raconte son combat pour transformer la douleur en force, l’invisibilité en voix.
Automne 1975 : embarquez dans la tournée mythique de Bob Dylan et sa troupe de saltimbanques, vue par l’écrivain Sam Shepard. Un récit brut, drôle et poétique, où liberté, amitié et créativité explosent à chaque page !
« "Ne me laisse pas, maman !" Le 29 septembre 2017, ces mots ont été les derniers que j'ai entendus avant de franchir seule le seuil d'un hôpital psychiatrique de banlieue parisienne. Derrière moi, mon enfant, ce jeune homme de dix-huit ans, en pleine confusion mentale, me suppliant en larmes de ne pas le quitter. La peur et la souffrance envahissaient ses yeux. Les miens étaient brouillés de larmes. » Dépression, bipolarité, schizophrénie, troubles borderline ou des conduites alimentaires... Avoir un proche atteint d'une maladie psychique, c'est vivre avec l'imprévisible, entre solitude, peur et espoirs fragiles. C'est avancer dans l'obscurité, se heurter aux regards qui jugent et aux silences qui enferment. Dans ce récit, une mère met des mots sur ce qui reste trop souvent tu : l'impuissance, l'épuisement, mais aussi l'amour qui pousse à tenir debout malgré tout. Elle partage son parcours, ses erreurs et ses ressources, mais également le sentiment d'avoir navigué sans mode d'emploi et d'avancer par petits pas. À travers ce témoignage bouleversant et nécessaire, elle livre un récit sans fard et très documenté pour offrir aux proches aidants un miroir où se reconnaître et une clé pour avancer moins seuls. « Comment aider au mieux, comment ne pas sombrer soi-même : l'expérience de Karine Buisson sera précieuse à toutes les familles en pareille situation. Un récit apaisant et inspirant, pour tous les aidants. » Christophe André, médecin psychiatre
À travers les lettres d’Ali, Iran de Sahar Baghery retrace le destin d’un adolescent pris dans la tourmente de la révolution iranienne.
Sahel, Afghanistan, Mali : voici le récit brut des commandos parachutistes français, ces soldats d’élite qui risquent leur vie dans l’ombre. Entre Ciel et Feu lève le voile sur leurs missions secrètes et leur quotidien sous le feu ennemi.
Vingt-cinq explorateurs partagent ici leurs instants de grâce, entre abysses, sommets et étoiles. Ces récits intimes, où l’aventure rencontre la poésie, révèlent une facette rare de l’âme humaine face à l’immensité du monde.
Poitiers, 13 mai 1943 : un éditorialiste collaborationniste est assassiné dans une ruelle sombre. Mort d’un collabo plonge au cœur de l’Occupation, où chaque choix peut mener à la trahison ou à la résistance.
An Antane Kapesh signe un réquisitoire accablant contre les Blancs : « Quand le Blanc a voulu exploiter et détruire notre territoire, il n'a demandé de permission à personne, il n'a pas demandé aux Indiens s'ils étaient d'accord. »
Et si le bonheur dépendait simplement d’un choix ? Le Bonheur est une Décision raconte le parcours hors norme de Swamini Amritajyoti Prana, une Française partie à la rencontre des plus grands maîtres spirituels du XXe siècle.
Et si la mort n’était pas une fin, mais une révélation ? À travers 30 récits poignants et 350 témoignages, ce livre explore comment une expérience de mort imminente transforme profondément la vie, la perception du monde et le sens de l’existence.
Les années de formation, les rapports avec l'école, les lectures, les rencontres, les responsabilités de la science, l'avenir de l'humanité, la naissance de l'univers, la théorie de la relativité et les hypothèses les plus récentes de la physique contemporaine, la science-fiction... En juin 1984, devant un petit magnétophone, un grand écrivain et un grand physicien sont amenés à parler de leurs expériences et de leurs passions intellectuelles. Il en résulte un dialogue riche en surprises, en curiosités, en aveux autobiographiques, en projets mirobolants, en humour. C'est ici un de ces rares moments où le savoir scientifique et la culture humaniste s'unissent pour donner naissance à un extraordinaire parcours de connaissance.
En 1945, au lendemain de la libération, les militaires soviétiques qui contrôlaient le camp pour anciens prisonniers de Katowice, en Pologne, demandent à Primo Levi et à Leonardo De Benedetti, son compagnon de détention, de rédiger un compte rendu détaillé sur les conditions sanitaires du camp. Le résultat est le Rapport sur Auschwitz, un témoignage extraordinaire, l'une des premières descriptions sur les camps d'extermination jamais élaborées. Publiée en 1946 dans la revue scientifique Minerva Medica, elle inaugure l'oeuvre à venir de Primo Levi, témoin, analyste et écrivain. Dans les quatre décennies suivantes, Levi ne cessera jamais de raconter son expérience du Lager dans des textes de nature différente, qui, pour leur grande majorité, n'ont jamais été publiés ensemble. Des recherches entamées très tôt par Levi sur le destin de ses compagnons à la déposition pour le procès Eichmann, en passant par la « lettre à la fille d'un fasciste qui demande la vérité » et les articles parus dans des quotidiens et des revues spécialisées, Ainsi fut Auschwitz est une mosaïque de souvenirs et de réflexions critiques d'une valeur historique et morale inestimable. Un recueil de témoignages, d'enquêtes et d'analyses approfondies qui, grâce à la cohérence, à la clarté de son style, à la rigueur de sa méthode, nous rendent le Primo Levi que nous avons appris à reconnaître comme un auteur classique de la littérature italienne.
Berlin, Paris, Marseille, Nice et l'Italie : non dans leurs monuments grandioses, leurs décors obligés, leurs vues pour touristes, mais dans leurs recoins oubliés, leurs périphéries, leurs espaces ouverts, mêlés : rues, cafés, baraques foraines, cirques, passages désuets où s'expose une marchandise bariolée, le bric-à-brac merveilleux d'un univers énigmatique et fragmentaire. C'est à cette flânerie dans une Europe secrète des années trente qu'invite Siegfried Kracauer dans cet ouvrage unique - à la lisière de l'essai, du récit, de la description poétique et de l'enquête sociologique ou policière. «La valeur d'une ville se mesure au nombre de lieux qu'elle réserve à l'improvisation», conclut ce styliste singulier, le premier à incarner cette figure de promeneur qui fut ensuite celle, emblématique, de Walter Benjamin.
Cette « Rue sans joie », étroite bande de terre entre mer et montagnes de l'Annam, théâtre de combats meurtriers, fut l'un des hauts lieux de cette guerre d'Indochine qui a dominé la politique française de 1946 à 1954 et dont le souvenir a pesé lourdement sur le drame algérien. Renaissant de ses cendres en 1957, elle n'a cessé ensuite de poser un problème insoluble aux États-Unis. Incapables de résoudre leurs propres contradictions, le Laos et les deux Viêt-Nam n'en sont pas moins venus à bout des meilleures armées du monde. Pourquoi et comment ? Bernard Fall qui a fait de ce lieu un symbole du désastre indochinois répond à ces deux questions avec l'autorité d'un spécialiste du Sud-Est asiatique et de la guerre subversive. Il est le seul écrivain à avoir eu accès aux archives officielles du Corps Expéditionnaire d'Indochine. Mais sa réponse est également celle du témoin direct. Ni militaire, ni journaliste, il a participé sur le terrain aux opérations, parfois sur les arrières ennemis, et recueilli de la bouche même des rescapés le récit des atroces embuscades qui marquèrent cette guerre. Témoin capital de l'agonie française en Indochine, il en a écrit le maître-livre.
Les textes présentés dans ce recueil du Black Feminism, premier en France, explorent sur une période de trente ans les thèmes de l'identité, de l'expérience singulière, de la sexualité comme la place dans les institutions, les coalitions nécessaires, les alliances possibles, les formes culturelles de rébellion et de lutte. Pourquoi en France, ex-puissance coloniale, l'équivalent d'un féminisme noir n'a-t-il pas existé ?
En 1989, Jean-Pierre Getti est juge depuis dix ans lorsqu'on lui confie l'instruction de l'affaire Touvier. À la recherche d'une vérité que l'époque préfèrerait passer sous silence, il enquête durant des mois, épaulé par des historiens, pour exhumer les secrets enfouis de l'Occupation. Mais ce n'est que le premier dossier pour crimes de guerre qu'il aura à traiter : suivront notamment ceux de René Bousquet et d'Aloïs Brunner. Alors que le conflit fait encore rage, il rejoint en 1994 le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie. Dans la tourmente des Balkans, il dirige ses équipes pour rassembler les preuves nécessaires à la caractérisation des crimes contre l'humanité. L'année suivante, il enquête sur le génocide commis au Rwanda, devenant le seul juge d'instruction à avoir oeuvré simultanément au sein des deux TPI. Toujours guidé par la boussole de ses convictions humanistes, il revêt en 1996 la robe rouge et préside certains des procès les plus emblématiques des années 1990 et 2000, qu'il s'agisse de l'antiterrorisme avec les attentats de la station Saint-Michel et l'assassinat du préfet Érignac, ou de pédocriminalité avec l'affaire Émile Louis. Mais au-delà des dossiers médiatiques, partie émergée du métier, Jean-Pierre Getti retrace avec une grande sensibilité le quotidien de la magistrature, les gestes, les mots, le travail, les échanges, tout ce qui forme la toile même de la justice. Au terme d'une carrière exceptionnelle, il livre un témoignage rare autant qu'éclairant sur une page de l'histoire de la justice.
Ils sont neuf officiers de la Légion étrangère à avoir pris la plume pour raconter la dernière décennie de combat de cette unité de légende. Pour la première fois, le lecteur accompagne les hommes au képi blanc en Afghanistan, en Guyane, en République centrafricaine, au Mali. « Monsieur légionnaire » était partout où la France a décidé de se battre. De l'entraînement aux combats les plus âpres, c'est le quotidien de ces hommes venus du monde entier pour servir une autre patrie que la leur qui est retracé ici, au plus près du terrain. Durant ces dix dernières années, certains d'entre eux ont eu rendez-vous avec la mort. Ils venaient du Népal, de Serbie, d'Afrique du Sud, de Slovaquie souvent avec une certaine idée de la France mais surtout attirés par le mythe de cette troupe unique au monde, sa devise - honneur et fidélité - et aussi le « baroud » que célèbre leur chant « La lune est claire ». C'est à eux que leurs camarades légionnaires ont voulu rendre hommage en écrivant ce livre.
Au lourd secret qui entoure le véritable rôle de la France et de son armée lors du génocide des Tutsi au Rwanda, Guillaume Ancel oppose la vérité de ses carnets de terrain, témoignage des missions auxquelles il a participé durant l'opération Turquoise. La fin du silence est aussi le récit du combat mené par cet ancien officier pour faire savoir ce qui s'est réellement passé durant cet été 1994 et « rendre hommage, dignement, aux centaines de milliers de victimes rwandaises que nous n'avons pas su empêcher. » Officier de la Force d'action rapide, détaché au sein d'une unité de la Légion étrangère, le capitaine Ancel mène avec ses hommes des opérations d'extraction de personnes menacées. Sous couvert d'une opération humanitaire destinée à mettre fin aux massacres, cet officier comprend vite que la France soutient le gouvernement génocidaire rwandais dont elle a formé l'armée. Il décrit les errements de l'armée française, ballotée au gré de décisions politiques dont les motivations sont toujours tenues secrètes, les archives officielles restant inaccessibles. Ce témoignage dévoile également certains épisodes méconnus de cette opération « humanitaire » durant laquelle l'armée française a tué. Parfois pour défendre, parfois pour des raisons moins avouables. Ancien lieutenant-colonel, saint-cyrien, Guillaume Ancel a rejoint en 2005 le monde des entreprises. Il est l'auteur de Vent glacial sur Sarajevo dans la collection Mémoires de guerre aux Belles Lettres (2017). Préface de Stéphane Audoin-Rouzeau.
De l'élite du GIGN aux cockpits des avions en Asie du Sud-Est, GIGN Captain Michel retrace le destin hors norme de Michel Brejcha.
Pour la première fois, des citoyens russes, gens simples et ordinaires, évoquent leur opposition à la guerre en Ukraine. Depuis les premières heures du conflit, la jeune journaliste Kristina Safonova a recueilli les témoignages de ces femmes et de ces hommes que l'on n'entend jamais. « J'ai peur que les gens en Russie qui ne soutiennent pas le pouvoir se retrouvent isolés, sans voix. Et je voudrais montrer que tous les Russes ne sont pas pour la guerre et aussi faire en sorte qu'ils se sentent un peu moins seuls. » Kristina Safonova, 25 ans, travaille pour le site d'information indépendant Meduza, l'un des plus réputés pour la qualité et le sérieux de ses enquêtes. Elle a dû fuir son pays en 2021 après que la police se soit présentée à son domicile parce qu'elle avait participé à un rassemblement de soutien à l'opposant Alexeï Navalny. Depuis elle s'attache à raconter la vie de ses compatriotes, des gens ordinaires, de toutes conditions sociales, et à les faire réagir sur la guerre en Ukraine. Elle montre le poids de l'histoire, comment la main de fer de Vladimir Poutine a peu à peu étranglé le pays mais aussi la complexité des choix, des existences. Elle donne la parole, avec une écoute fine et attentive, à des gens qui se questionnent, s'opposent, un peu partout en Russie. Un texte qui éclaire avec nuances les vies et positions de différents habitants de l'immensité russe trop souvent considérés comme une masse homogène.
André Hébert est le pseudonyme d'un jeune Français parti combattre durant quinze mois l'État islamique aux côtés des Kurdes de Syrie. Dans Jusqu'à Raqqa, lieu de la dernière bataille menée avec ses camarades du YPG, « les Unités de Défense du Peuple », dans la capitale des djihadistes, il livre le premier témoignage, essentiel, sur ce conflit. À la lecture de ce journal de guerre, on plonge dans la vie quotidienne, âpre, de ceux qui mènent la lutte contre Daech et dans la férocité des combats qui les opposent. Mais Jusqu'à Raqqa est aussi un manifeste politique. Celui de ce militant internationaliste qui choisit en 2015 de risquer sa vie pour ses idées : « Je m'exprime en tant qu'activiste révolutionnaire, internationaliste, marxiste, soutenant la cause kurde. » Ils sont 700 volontaires venus du monde entier - dont une trentaine de Français - à vouloir reproduire au Kurdistan syrien le combat des Brigades internationales en Espagne et c'est aussi à eux qu'André Hébert veut rendre hommage. Une poignée de soldats au milieu d'une armée composée de Kurdes, d'Arabes, de Kurdes yézidis et de Turcs. Beaucoup meurent dans une guerre où les voitures piégées, les kamikazes, les mines artisanales font autant de ravages que les armes classiques. Après avoir été brièvement emprisonné à Erbil, au Kurdistan irakien, ce sont les policiers de la DGSI qui le cueillent à son domicile parisien alors qu'il va repartir en Syrie participer à l'hallali contre Daech. Déterminé, André Hébert poursuit en justice l'État français et parvient à rejoindre une deuxième fois la zone des combats. Jusqu'à Raqqa. Dans ses ruines, il participe aux derniers et furieux affrontements contre des djihadistes qui n'ont plus rien à perdre et vont faire payer chèrement leur défaite.
Né à Berlin à la fin du XIXe siècle, Walter Mehring a hérité de son père le respect de la littérature, ainsi que son immense bibliothèque de milliers de livres. Comme son père, il veut croire que le livre et la lecture sont essentiels au progrès, à la compréhension mutuelle et au contentement de l'esprit. Après la Première Guerre mondiale, Mehring devient un acteur de premier plan de l'avant-garde européenne. Poète et parolier de cabaret, il créé le mouvement Dada à Berlin. Avec la montée du fascisme, alors que l'Europe se transforme en une zone de danger pour les artistes et la libre-pensée, Mehring constate avec effarement que la culture des livres célébrée dans la bibliothèque de son père est rejetée par les nouveaux maîtres de l'Allemagne. Bientôt, ses propres livres sont brûlés par les chemises brunes et Mehring va devenir un « fugitif littéraire ». En exil à Vienne, Mehring tente de faire sortir clandestinement la bibliothèque de son père. Son sort va s'avèrer pire que le sien : il parvient à s'enfuir, mais la bibliothèque est réduite en cendres par les nazis en 1938. Dans La Bibliothèque perdue. Autobiographie d'une culture, Mehring déballe en pensées ses caisses de livres, évoque ce que chacun signifiait pour lui et son père. Écrit avec humour et lucidité, Mehring compare l'humanisme de l'époque de son père avec le chaos de l'Europe en guerre. La bibliothèque paternelle devient une métaphore pour enseigner comment l'optimisme et la foi dans le progrès du xixe siècle ont cédé la place au chaos et aux autodafés du XXe siècle. Proche du Monde d'hier de Stefan Zweig, La Bibliothèque perdue est un hymne au livre et à la lecture. Walter Mehring (1896-1981) écrit ses premiers poèmes pour la prestigieuse revue expressionniste Der Sturm. Après 1918, il se tourne vers le Kabarett, le journalisme et le théâtre politique. Critique féroce de la société allemande des années 1920 et du national-socialisme, il est contraint à l'exil en 1933.
En 1920, Roth, le correspondant allemand le plus réputé de son époque, arriva à Berlin. Ses articles influencèrent toute une génération d'écrivains, parmi lesquels Thomas Mann. Ces textes, traduits et réunis ici pour la première fois, se font l'écho des violents paroxysmes sociaux et politiques qui menaçaient sans cesse l'existence de cette fragile démocratie qu'était la République de Weimar. Roth s'aventura à Berlin jusqu'au coeur de la cité, ce que ne fit aucun autre écrivain allemand de son temps, tenant la chronique de la vie qu'y menaient ses habitants oubliés, les infirmes de guerre, les immigrants juifs, les criminels, la faune qui hantait les bains publics, sans compter tous les cadavres anonymes qui remplissaient les morgues, et dépeignant aussi les aspects plus fantaisistes de la capitale, les jardins publics et l'industrie naissante du spectacle. Un des premiers à comprendre la menace nazie, Roth évoqua un paysage de banqueroute morale et de beauté débauchée, dressant au passage un remarquable portrait de la ville, à un moment critique de son histoire. Roth saisit et résume à lui seul l'Europe de ces temps incertains qui précédèrent le grand effondrement d'un continent et l'annihilation d'une civilisation.
La restructuration néolibérale des institutions économiques et politiques entraîne une militarisation progressive des forces policières et de leurs tactiques de maintien de l'ordre. Surveillance, infiltration, brigades spéciales, armes sublétales, arrestations préventives... en Amérique du Nord comme en Europe, il semble que tous les moyens soient bons pour neutraliser la contestation sociale. Refusant de céder au schématisme habituel qui fait des forces de l'ordre un simple instrument des élites politiques, la sociologue Lesley J. Wood revient sur l'histoire récente de la police nord-américaine pour mettre au jour les dynamiques complexes qui la traversent. S'appuyant sur des sources directes, ainsi que sur les travaux de Bourdieu, Boltanski, Wacquant, et d'autres, elle étudie l'influence croissante du secteur privé - multinationales et consultants en sécurité -, de l'armée et des grandes associations professionnelles sur les pratiques policières et leur diffusion. Car mieux comprendre les raisons de l'escalade de la violence dans les réponses policières, c'est se donner les moyens, collectivement, de mieux y résister. Dans « Le marché global de la violence » en fin d'ouvrage, Mathieu Rigouste revient sur les mutations du maintien de l'ordre en France.
Avec ce provocant paradoxe, Nassim Nicholas Taleb, l'auteur du best-seller Le Cygne Noir, nous offre un enseignement d'une portée révolutionnaire: comment non seulement surmonter les cataclysmes de notre temps - ces Cygnes Noirs qui fondent sur un homme, une culture, une civilisation, les bouleversent et les réduisent à néant -, mais en faire une source de bienfaits. De même que le corps humain se renforce à mesure qu'il est soumis au stress et à l'effort, de même que les mouvements populaires grandissent lorsqu'ils sont réprimés, de même le vivant en général se développe d'autant mieux qu'il est confronté à des facteurs de désordre, de volatilité ou à quoi que ce soit à même de le troubler. Cette faculté à non seulement tirer profit du chaos mais à en avoir besoin pour devenir meilleur est « l'antifragile », à l'image de l'antique Hydre de Lerne dont les têtes se multipliaient à mesure qu'elles étaient coupées. Riche, limpide et spirituel, promenant son lecteur dans les rues tonitruantes de Brooklyn, les chemins de la pensée antique, les dédales de l'affaire Kerviel, de la « gauche caviar » ou les méandres des neurosciences avec autant d'aisance et de légèreté profonde, ce livre, dont la science n'est jamais sans conscience, laisse une question en suspens: êtes-vous prêt à devenir antifragile ?
Pendant une heure et quart, j'ai raconté mon histoire, ce voyage au bout de la nuit dont j'ai failli ne pas revenir. Les jurés écoutaient en silence, concentrés, l'air grave. À la toute fin de mon intervention, je me suis tournée vers Rudy, qui ne manifestait aucune émotion derrière sa vitre. Bien droite, fière, je l'ai regardé longuement puis l'ai interpellé. « Tu vois, Rudy, tu étais persuadé que je ne dirais rien. Que je ne porterais jamais plainte contre toi malgré ce que tu me faisais subir. Eh bien, tu t'es trompé. » Sept ans plus tard, je ne peux garantir l'exactitude de ces mots, seulement leur teneur. En revanche, je me souviens très précisément des trois derniers, que j'ai prononcés en fixant Rudy droit dans les yeux : « Échec et mat. » Non, il ne m'avait pas brisée. J'étais debout, pleine de vie, insoumise. Héroïne malgré elle d'un face-à-face glaçant à l'issue victorieuse, Tiphanie Bel raconte l'enfer vécu dans les griffes d'un homme marié, avec la muette complicité des autorités, et comment, en voulant aider l'épouse de son bourreau, elle s'est sauvée elle-même. Un témoignage impressionnant de lucidité sur la mécanique des violences conjugales.
Après « Paroles Paysannes du Haut-Quercy », Catherine Lamic poursuit son travail de collecte de mémoire de Cuzance à Astaillac, de Gramat à St Julien Maumont, de Martel à Beaulieu/Dordogne, de Peyrillac-et-Millac à Turenne. Onze femmes et hommes passionnés, nés dans l'entre-deux guerre, livrent leur parcours de vie, témoignent de leur savoir-faire professionnel et de l'évolution de leur métier. Dans ce monde en passe de n'être plus, elles ont été restauratrice, apicultrice, ouvrière chez Andros, agricultrice ; ils ont été bûcheron, viticulteur de vin paillé, meunier, épicier, tonnelier, minotier, funambule. Chacun de ces témoignages est un chapitre de l'histoire humaine et économique de la Vicomté de Turenne qui couvrait une partie de la Corrèze, du Lot et de la Dordogne.
« Le sort de la révolution se décidait dans une petite station à peu près inconnue, à 70 kilomètres de Kazan. Ce qui restait des forces soviétiques se cramponnait à cette petite station de Sviajsk. Elle fermait aux blancs la route fluviale de Nijni Novgorod et la ligne Kazan-Moscou. C'était, dans l'esprit de ses défenseurs, la clef de la Russie centrale, le dernier bastion sur lequel il fallait se faire tuer jusqu'au dernier. Sviajsk tient. L'avance victorieuse des blancs se brise là sur de pauvres tranchées creusées à la hâte, et derrière lesquelles il n'y a qu'une volonté de fer. » En l'an I, la République des soviets est une citadelle assiégée. Il faut tenir contre les Allemands, contre les blancs, contre les Alliés, dans l'espoir de l'éclatement de la révolution allemande, qui doit entraîner les autres « pays avancés d'Europe ». Serge restitue le fil des événements qui, dans ces circonstances dramatiques, ont transformé l'État-Commune né de la révolution en dictature du Parti à la fin de l'année 1918. Commencée en 1925, quand Serge fait parti de l'opposition de gauche du parti bolchévique, et achevée en 1928, après son exclusion pour « activité fractionnelle », cette fresque témoigne de la fidélité de son auteur aux idéaux d'Octobre. Elle montre les prodiges d'héroïsme déployés par la classe ouvrière et les paysans de Russie dans leur combat contre les oppresseurs de toutes nations, bien vite réconciliées après la guerre pour conjurer le danger rouge. Né à Bruxelles dans une famille d'exilés anti-tsaristes, rédacteur à l'anarchie, Victor Serge (1890-1947) rejoint la Russie à l'annonce de la révolution après avoir participé en juillet 1917 à une tentative de soulèvement anarchiste à Barcelone. Membre de l'opposition de gauche du parti bolchevique, il connaît la prison puis la relégation en Oural. Expulsé d'URSS après des années d'interventions de militants et d'écrivains, il arrive à Bruxelles en avril 1936. En 1941, il réussit à fuir la France et rejoindre l'Amérique centrale avec son fils Vlady grâce au Centre américain de secours (Varian Fry, Marseille). Il meurt à Mexico en 1947.
Plongé pendant cinq ans dans la tourmente afghane, Pierre Pouchairet, chargé de la coopération en matière de sécurité, a été témoin des prémices de la fin de la campagne des forces alliées en Afghanistan. Il y a côtoyé la communauté expatriée et afghane, ses hypocrisies, ses malheurs et ses doutes, des moments parfois drôles, parfois tragiques. Il raconte avec une plume acerbe les missions françaises dans ce pays, et révèle des secrets jusque-là bien gardés. À PROPOS DE L'AUTEURPierre Pouchairet s'est passionné pour son métier de flic. Passé par les services de Police judiciaire de Versailles, Nice, Lyon et Grenoble, il a aussi baroudé pour son travail dans des pays comme l'Afghanistan, la Turquie, le Liban... Ayant fait valoir ses droits à la retraite en 2012, il s'est lancé avec succès dans l'écriture. Ses titres ont en effet été salués par la critique et récompensés, entre autres, par le Prix du Quai des Orfèvres 2017 (Mortels Trafics adapté en film sous le titre Overdose par Olivier Marchal) et le Prix Polar Michel Lebrun 2017 (La Prophétie de Langley). En 2018, il a été finaliste du Prix Landerneau avec Tuez les tous... mais pas ici.
Célèbres écrivains ukrainiens russophones, Oleg Ladyjenski et Dmitri Gromov sont les co-auteurs de nombreux romans publiés sous le pseudonyme de Henry Lion Oldie. S'ils oeuvrent ordinairement dans le domaine de la fantasy et de l'imaginaire, c'est la réalité de l'agression russe en Ukraine et sa brutalité qu'ils décrivent dans ce journal d'invasion. Les romanciers vivent à Kharkiv, importante cité située à l'est du pays, ex-capitale de la République socialiste soviétique de l'Ukraine. Ils habitent dans le même immeuble, à des étages différents avec leurs familles quand, le 24 février 2022 à cinq heures du matin, les premiers bombardements russes frappent la cité. Leurs deux récits s'entremêlent et racontent leur stupéfaction, celle-ci faisant rapidement place aux contingences de la survie : faute de matériel, une partie de ce journal a été écrite à l'aide de leurs smartphones. Il décrit leur vie quotidienne, les bombes qui frappent, de plus en plus proches, les allers et retours aux abris, jusqu'au départ vers Lviv, à l'ouest du pays et à l'apprentissage de la vie de réfugié. Les deux écrivains, soutenus par leurs lecteurs, restent déterminés et livrent aussitôt leur combat dans le domaine de l'humanitaire et de l'aide aux réfugiés. Ils sont les témoins de la solidarité qui soude la population ukrainienne face à la barbarie du voisin russe. « Nous vivons ainsi : les uns pour les autres », écrit Oleg Ladyjenski. « Un malheur commun a uni les Ukrainiens comme jamais », lui répond son ami Dmitri Gromov.
Depuis plus de vingt ans, Valérie Mousseeff franchit chaque jour les portes d'un monde que beaucoup préfère ignorer. Première femme à prendre la tête du centre pénitentiaire de Baie-Mahault, la plus grande prison de Guadeloupe, elle partage dans ce témoignage la passion qu'elle voue à ce milieu hors norme. Sans faux-semblants, dans un style personnel et sensible, elle nous plonge dans le quotidien de sa profession. Elle nous fait découvrir la réalité carcérale et nous immerge au coeur d'un huis clos fascinant. À travers ce témoignage lucide qui révèle la prison au grand jour, c'est aussi toute notre société qu'elle interroge : Que fait-on de ceux qu'on enferme ? Que devient-on lorsque l'on consacre sa vie à une mission telle que celle-là ? Qu'est-ce ce qui pousse une jeune femme à diriger une prison ? Un récit d'une rare justesse, celui d'une directrice de prison éprise de son métier et de liberté.