Art épistolaire, Correspondance & Discours
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Des lettres de condoléances ? Ce qui change tout et permet d'en faire un livre, c'est qu'un grand poète les a écrites et a trouvé les mots pour nous aider à assumer un deuil - peut-être qu'on ne s'y attendait pas de sa part. Et même s'il écrit qu'il trouve le mot consolation un peu léger, on osera dire que ses lettres font du bien et sont tout simplement consolantes. D'autant plus que nous avons parfois l'impression qu'il nous connaît et s'adresse à nous. Le Guardian a fait l'éloge de ce livre à sa sortie en Angleterre, disant que c'était un trésor. Le mot est juste. Cette écriture chargée d'une humanité généreuse et réconfortante, nous prouve que l'on n'est plus dominé par les idées les plus noires dès lors qu'on les décrit, les consigne, les analyse, les enrichit philosophiquement - l'écrivain, dans ses pages, et nous, dans notre cerveau, une fois qu'on les a décodées grâce à lui.
120 lettres inédites de Stefan Zweig à Einstein, Freud ou Rolland : une plongée bouleversante dans la judéité, l'exil et l'engagement d'un géant de la littérature face à la montée des totalitarismes.
Au début de l'année 1920, Friderike von Winternitz, une jeune et talentueuse romancière, devient l'épouse de Stefan Zweig, qu'elle connaît depuis 1912. C'est en femme résolue, aimante et « forte », comme elle le dit dans une des lettres qui précèdent leur mariage, qu'elle décide de l'assister dans sa vocation littéraire, mettant de côté sa propre carrière. Jusqu'au début de l'année 1934, le couple et leurs filles vivent à Salzbourg puis leurs chemins se séparent : Stefan part vivre à Londres, où il tombe amoureux de sa secrétaire Lotte Altmann, tandis que Friderike reste en Allemagne. Après l'Anschluss, en 1938, le romancier divorce de Friderike, et au début de la guerre, se marie avec Lotte. Il n'en poursuit pas moins, jusqu'à son suicide à Rio en 1942, sa correspondance avec Friderike, lui confiant ses derniers tourments. Au fil de cette abondante correspondance, la passion se mue en estime affectueuse. On y suit l'écrivain, de l'univers en décomposition du Monde d'hier, lieu de ses succès de jeunesse (cette Mitteleuropa dont il gardera toujours la nostalgie), aux années d'errance à travers une Europe ravagée par la barbarie nazie. La dernière lettre de Zweig à Friderike est écrite quelques heures avant son suicide : « Je suis certain que tu verras des temps meilleurs et tu me donneras raison de n'avoir pas pu attendre plus longtemps avec ma bile noire. »
Qu'est-ce qui distingue le journal qu'a tenu Virginia Woolf de tant d'autres journaux intimes ? On le lit comme un roman, car il est bien écrit. Comme un roman policier, car le suspense est là : année par année, on assiste sur le vif à la naissance de ses livres. À partir de quelques mots... Presque rien. Ensuite, on l'accompagne dans la plus belle des aventures artistiques. Jusqu'au dénouement, Oh, quel soulagement, se réveiller et se dire : « j'ai terminé ». Comme dans une série on a envie de vivre les prochains épisodes. Heureusement il y en a. La Chambre de Jacob, Mrs Dalloway, Vers le Phare, Orlando... De plus on n'est jamais lassé car Virginia Woolf en dit beaucoup - et on a l'impression que c'est à nous, lecteurs, qu'elle le dit - sur elle, ses hésitations, sa confiance dans les mots, les bonheurs qu'elle sait nous faire partager, son angoisse au moment de la publication, qui la rend littéralement malade. Et en parallèle, elle écrit des centaines de lettres où, là encore, elle dévoile inlassablement les secrets de son travail. C'est le journal d'un écrivain et, plus encore, le journal d'une vie. Qu'elle a poursuivi jusqu'au mot fin de cette vie. Virginia Woolf (1882-1941) fut l'une des pionnières de la littérature moderne avec ses romans (Croisière, Mrs. Dalloway, Les Vagues) et ses essais (Le Commun des lecteurs où elle fait une large place à la littérature russe du XIXe siècle et au travail d'écriture en général). Mais aussi une féministe, dans sa vie comme dans son oeuvre (Un Lieu à soi, Trois Guinées). Elle reste l'une des pierres angulaires de la littérature anglaise de son siècle.
Très célèbre de son vivant, Artemisia Gentileschi (1593-1656) avait été initiée à la peinture dans l'atelier de son père, Orazio Gentileschi, et connut très jeune les grands maîtres caravagesques qui ont influencé son style. Après un procès pour viol intenté par son père contre l'un de sescollègues qui avait abusé de la jeune fille, celle-ci se maria rapidement et embrassa à son tour la carrière de peintre. Énergique, sachant se battre dans ce milieu masculin, Artemisia fut la seule femme de son époque à vivre de son métier. La Correspondance présentée dans cet ouvrage permet d'établir laréalité concrète de cette vie d'artiste : problèmes financiers, marchandages, retards de livraison et de rétribution, coût des modèles, nécessité de séduire la clientèle en faisant preuve de créativité, le chemin fut difficile pour parvenir à la notoriété. Mais on découvrira aussi dans ces lettres sa grande passion amoureuse, ses amitiés, ses conflits familiaux, ses relations complexes avec les grands commanditaires, autant d'éclairages sur la personnalité exceptionnelle d'Artemisia et sur le monde artistique italien du XVIIe siècle.
« Il avait survécu, quand tant d'autres étaient morts, à plusieurs guerres et périodes de captivité. Il se sentait responsable envers ceux qui ne pouvaient plus parler. Mais écrire ne lui suffisait pas. Il avait aussi le devoir et le plaisir de l'hospitalité, l'attention à la sensibilité d'autrui et l'intérêt pour la conversation, avec une façon caractéristique de rythmer les mots et les concepts, et il avait quelque chose de plus : le désir, l'urgence presque, de perpétuer le souvenir d'événements de la petite et de la grande histoire, de chercher la raison de tant de tragédies et d'erreurs qui ne sont jamais inévitables. Tel est aussi le but de ces entretiens : raconter, reconstruire, transmettre, avec cette liberté et cette immédiateté que seule la spontanéité du dialogue peut atteindre. (...) Lire ces conversations, c'est un peu comme retrouver ou découvrir un ami. Le temps semble s'arrêter et on se prend à imaginer que d'autres façons de vivre sont possibles. » Le Courage de dire non rassemble les entretiens inédits de Mario Rigoni Stern de 1963 à sa mort en 2008. Survivant de la guerre et des camps mais aussi conteur des montagnes, de la forêt et de la terre, Rigoni, celui dont son ami Primo Levi dira qu'il avait su « garder son authenticité dans notre époque de fous », fait partie des grands protagonistes du XXe siècle. Enfance et adolescence sous la Grande guerre, guerre en Russie, retour chez soi, travail, réflexions sur l'écriture, sur la force magique de la nature : Mario Rigoni Stern (1921-2008) aborde chaque question avec la clarté de ceux qui ont assisté à l'un des moments les plus dramatiques de l'histoire. Une oeuvre précieuse et émouvante (Le Sergent dans la neige, L'année de la victoire, Les saisons de Giacomo), mais aussi un homme d'une très haute conscience morale.
« Notre Trinité » : tel est le nom que Friedrich Nietzsche, Paul Rée et Lou von Salomé voulurent donner à la communauté de vie et de recherche qui devait consacrer leur rencontre. Une communauté vouée à la liberté de pensée, à l'analyse morale, au dédain des conventions. Les textes rassemblé
Un adolescent de 17 ans s'attaque à la Pierre de Rosette et perce un mystère millénaire : tel est le mythe Champollion, mais quelle en fut la réalité ? Comment a-t-il fait ? La réponse dans les mots-mêmes de Champollion grâce à cette sélection inédite puisée dans la correspondance de Jean-François et de son frère Jacques-Joseph, mentor bienveillant et rigoureux, aîné protecteur et exigeant. Vivants, émouvants, riches en détails pittoresques, les échanges entre les deux frères donnent à voir leurs liens affectifs et intellectuels, mais également leurs raisonnements et leurs recherches. C'est en travaillant main dans la main qu'a été déchiffré puis traduit le système hiéroglyphique. Présentées, annotées et enrichies d'encarts contextuels les rendant très accessibles, ces lettres invitent le lecteur à un voyage fascinant, un périple dans l'intimité d'une des découvertes les plus spectaculaires de l'histoire : après 1500 ans, l'Égypte antique a parlé de nouveau.
Quatre-vingt-treize textes, glanés par Francis Lacassin dans les correspondances de Jack London ou dans de petites revues enfouies dans des bibliothèques américaines, composent Profession : écrivain. Ils révèlent (après le chercheur d'or, le vagabond du rail ou des mers, le militant socialiste, le prophète du retour à la vie rurale) un nouvel aspect de la personnalité de Jack London : le « travailleur de la plume ». C'est une véritable plongée dans les coulisses de l'oeuvre de London, grâce aux commentaires que lui inspirent ses écrits et les auteurs qui l'ont influencé : Kipling, Stevenson, Conrad, Spencer. Les textes dans lesquels il livre sa conception de l'écriture et du métier, sa tactique d'approche des rédacteurs en chef et éditeurs font de l'écrivain un véritable personnage... de roman.
Comment concilier la nécessaire solitude du créateur et le besoin de construire une communauté d'esprits que rapprochent des exigences voisines ? Le partage est bien le sens, pour Yves Bonnefoy, de l'expérience poétique, à ses yeux différente de la simple littérature. Un des moments en est celui de l'écriture d'une lettre. L'édition de sa Correspondance associe, dans la mesure du possible, les lettres qu'il a écrites à celles qu'il a reçues. Elle fait affleurer ainsi le tissu d'une vie d'homme et de poète, avec ses réseaux d'amitiés, constantes ou mobiles au gré des hasards, des froissements et des séparations. Ce premier volume, commencé avec la collaboration d'Yves Bonnefoy, rassemble plus de neuf cents lettres échangées à partir de la seconde moitié du XXe siècle, auxquelles s'ajoutent quelques courriels. Les dialogues, avec quarante-neuf correspondants, s'ordonnent autour de deux axes : d'une part, les liens venus du surréalisme - André Breton, Pierre Alechinsky, Christian Dotremont, Georges Henein, Raoul Ubac, Jacqueline Lamba, André Pieyre de Mandiargues, Hans Bellmer, Jean Brun ; d'autre part, les amitiés qui au bout d'une quinzaine d'années ont mené à la création de L'Éphémère (1967-1972), la magnifique revue publiée par les éditions Maeght : André du Bouchet, Jacques Dupin, Gaëtan Picon, Louis-René des Forêts et Paul Celan. Les autres auteurs des lettres ne sont en rien des personnages secondaires, ni en eux-mêmes, ni par la place qu'ils ont occupée dans l'univers de Bonnefoy : Gaston Bachelard, Jean Wahl et André Chastel, ses maîtres ; puis Gilbert Lely, Salah Stétié, Pierre Jean Jouve, Gabriel Bounoure, François Augiéras, Christiane Martin du Gard, Philippe Jaccottet, Boris de Schloezer, André Frénaud, Michel Butor, Emil Cioran, Monique Wittig, Paul Bénichou, Jean-Pierre Richard ou Henry Corbin, pour ne citer qu'eux. On trouvera ici quantité d'informations sur le travail du poète et sur la sensibilité d'une époque, avec des notes enrichies d'extraits de la Chronologie de l'écrivain par lui-même, elle aussi inédite.
Mon cher Loulou, Ton aura mondiale, scientifique, voire idéologique et, bien sûr, l'intérêt de ta personnalité, justifient ce bouquet de lettres, toutes écrites en 2021. Attention : tout est permis ! On peut même prendre un pseudo pour tromper l'ennemi, genre « un anti-antivax qui te veut du bien ». Tu as donc reçu vingt-trois lettres, plus la mienne. Des femmes, des hommes, des médecins, des historiens, des philosophes, des chercheurs, des pas-chercheurs, bref des gens qui ont croisé ton chemin, toujours pour une bonne raison. Il m'a fallu les classer, pour faire science. Ainsi, on va d'abord te suivre dans ta maison puis dans ton laboratoire. Après, on ira dans le monde et, enfin, au-delà - je veux dire carrément dans l'au-delà ! Tu seras très surpris. D.R. Un portrait collectif savoureux et original du célèbre savant. Vingt-six auteurs et autrices d'aujourd'hui, venant d'horizons divers, s'adressent à Pasteur - dont on célèbre en 2022 le bicentenaire de la naissance. Daniel Raichvarg est professeur en Sciences de l'Information et de la Communication. Il a écrit plusieurs ouvrages sur la vulgarisation des sciences et sur Pasteur, dont une pièce de théâtre Cabaret Pasteur. Auteurs : Ange ANSOUR, Philippe BRUNIAUX, Serge CHAUMIER, Pascale COSSART, Patrice DEBRÉ, Mijo DEMOURON, Agnès DESQUAND, Henri DUBOC, Marc GALLAVARDIN, Lorraine JOLY, Arnaud LASTER & Danièle GASIGLIA-LASTER, Alain MARCHAL, Christine MOISSINAC, Jean MOCHON, Jean-Patrick MULON, Alban ORSINI, Luc PERINO, Annick PERROT, Jean-Philippe PIERRON, Daniel RAICHVARG, Philippe SANSONETTI, Maxime SCHWARTZ, Dominique SIMON, Hervé THIS, Dominique Angèle VUITTON.
« Que puis-je encore faire ? J'ai presque tout tenté et nulle part je n'ai trouvé la paix ». Le lecteur, pour qui Pétrarque est d'abord le chantre de Laure, découvrira ici le passionnant portrait d'un infatigable voyageur (peregrinus ubique) amoureux et théoricien de la vie solitaire (le Val clos, la petite maison d'Arquà), les aléas d'une vie faite d'éclatants succès (le couronnement au Capitole) et de profonds chagrins (la perte des amis lors de la grande peste de 1348), l'homme de l'examen de conscience et celui des délicates missions auprès des puissants de ce monde, enfin le grand lettré qui, sans renier le message évangélique, fonde sur la redécouverte des Anciens l'espoir de jeter les fondements d'un monde meilleur. Pétrarque gardait copie de ses lettres depuis environ sa seizième année. Mais la décision de les réunir en un monument est liée à sa découverte, à Vérone en 1345, des Lettres à Atticus de Cicéron, qui, alternative aux Lettres à Lucilius de Sénèque, lui offraient le modèle d'une oeuvre promise à la durée à partir des contingences de la vie et de l'histoire. Il la réalisera avec un premier ensemble (Lettres familières, 24 livres), achevé en 1366, et un deuxième, de lettres écrites à un âge plus avancé (Lettres de la vieillesse, 18 livres), devenant à son tour le modèle des grandes correspondances humanistes, de Marsile Ficin, de Pic de la Mirandole, d'Érasme, et, à travers elles, des Lettres de Voltaire, de Rousseau, de Claudel et de Gide, dont nous sommes si friands. Dans le large choix de lettres présentées ici, traduction française et intégralité des notes sont celles des onze volumes de la collection des « Classiques de l'Humanisme », parus entre 2002 et 2015.
La correspondance de Marcus Tullius Cicéron est l'une des plus abondantes que l'Antiquité nous ait léguées : près d'un millier de lettres qui représentent un formidable témoignage à la fois historique, politique, social et personnel, celui d'un citoyen qui se trouvait au coeur des intrigues au dernier siècle de la République romaine. Elles nous entraînent dans les coulisses du pouvoir. Elles nous brossent surtout le portrait d'un homme, avec ses forces et ses faiblesses, ses erreurs et ses doutes, ses incertitudes et ses contradictions. Elles permettent d'humaniser une figure tutélaire qui laisse percer, au fil des pages, ses soucis d'homme, ses défauts, ses humeurs, son manque de courage, son égoïsme, ses sentiments intimes. Était-il toujours sincère ? Certes, non. Le mensonge, la duplicité, la clabauderie, le goût très romain du trait qui assassine sa cible sont partout présents... Elles révèlent encore un homme de lettres qui goûte certains plaisirs plus que de raison et plus fort que sa fortune ne le lui permet, tout cela en contradiction avec les beaux principes énoncés dans ses traités de philosophie. Qui eût imaginé Cicéron gourmand jusqu'à s'en rendre malade, ou amateur du plaisir de la conversation avec « un petit coup dans le nez », comme il l'écrit lui-même. « Que de plaisanteries qui sont mises dans la correspondance paraîtraient déplacées si on les rendait publiques », reconnaît-il dans l'une de ses missives. La correspondance n'offre pas à lire la Vérité, mais bien plutôt la vérité d'un homme qui fut l'une des plus grandes figures de cette République agonisante et à qui nous devons les fondements d'une pensée proprement romaine ainsi que l'élaboration d'une philosophie de l'histoire qui a nourri pour des siècles notre civilisation. Cicéron fut, en son temps, le plus grand défenseur de la liberté, cette libertas au nom de laquelle il luttait contre le pouvoir du tyran, qu'il se nommât César, Pompée, Antoine ou Octave. Le coeur de son engagement.
Deux amis poètes, l'un professeur de littérature, Michel Chaillou, et l'autre de mathématiques, Jacques Roubaud, conversent sur la transmission des connaissances. La matière qu'ils enseignent comme leurs lectures sont très éloignées mais leur stratégie et leurs interrogations sont les mêmes : « Peut-on transmettre un savoir ? Enseigner quoi et à qui ? Si on note, qui note celui qui note ? ... » Empruntant pour leurs conversations l'identité de deux illustres devanciers, figures néanmoins oubliées, Balthazar Baro, secrétaire d'Honoré d'Urfé, poète de Valence, mort en 1650 pour Michel Chaillou et Arthur Cayley, algébriste célèbre, mort en 1895 à Cambridge, pour Jacques Roubaud, ils échangent leurs points de vue sur la plage d'Etretat. Au cours de ces entretiens qui se déroulèrent de 1992 à 1993 et furent publiés dans « Le Monde de l'Education » à l'initiative de Frédéric Gaussen, le lecteur reçoit les plus drôles et les plus jouissives réparties que les deux poètes érudits qui marchent et rêvent ensemble s'envoient, en se jouant de leur savoir et de leur langue. Une merveille !
Auteur d'une oeuvre unique, Hervé Guibert suscitait de son vivant une fascination peu courante. Trente ans après sa disparition, cette fascination reste vivace et nombreux sont ceux qui se sentent encore intimement liés à lui. Arnaud Genon fait partie de ces personnes. Il a dédié la majeure partie de son travail de chercheur à l'écrivain et à son oeuvre multiforme - écriture de soi, écrits critiques, photographies, réalisations vidéo. Dans cet ouvrage, ce n'est pas à Hervé Guibert qu'il donne la parole, mais à ceux qui l'aiment, le lisent, l'admirent, souvent sans jamais l'avoir rencontré. Arnaud Genon cherche à mieux connaître une oeuvre à part, à identifier les traces laissées par l'écrivain, à savoir enfin si sa folie pour lui est partagée. Il nous donne ainsi à lire ses riches échanges avec une vingtaine d'écrivains, d'universitaires, de photographes, de journalistes et d'artistes autour de leur passion commune.
Le Comte de Maistre fait partie de ces auteurs dont, longtemps, l'oligarchie des vulgaires et la poix des dominants ont désiré d'exterminer non seulement la race mais jusqu'au souvenir. Toutefois, par la vertu de sa propre force, la pensée de Joseph de Maistre a écarté les dandins et les forfaiteurs qui ont tout essayé afin que ses pages fussent réduites au silence, et l'oeuvre règne désormais imperturbablement sur les arts véritables et la littérature essentielle. Demeurait une embarrassante contradiction : si la plupart des ouvrages du grand homme sont aujourd'hui disponibles, sa Correspondance était introuvable depuis plus d'un siècle. Or cette Correspondance n'est assurément pas un pan facultatif de son univers : elle occupe en effet à elle seule quasiment la moitié des volumes dont sont constituées les OEuvres complètes de l'auteur. Négliger cet impressionnant et somptueux massif serait donc non seulement déraisonnable, mais irrationnel. Toute la riche aventure maistrienne s'y déroule : de l'arrière-plan de ses relations rompues avec la franc-maçonnerie jusqu'à celles, finales, avec le Saint-Siège en passant par les divers exils, les entretiens avec les monarques, les dialogues avec les célébrités de l'Europe, etc. Ici, en contexte, toute sa pensée se précise. En une époque où l'on écrivait des lettres soit comme de brefs essais officieusement publics afin de rendre limpide à différents cercles tel point d'une discussion de fond, soit tout au contraire afin de faire certaines confidences à tel membre de sa famille ou tel ami fidèle, cette Correspondance dit tout : sur l'homme, sur l'oeuvre, sur la formation de l'homme et de l'oeuvre ainsi que sur la relation entre le monde et le penseur - tout en déroulant la chronique et le commentaire perpétuel d'événements qui, de 1786 à 1821, sont ceux de l'une des périodes les plus bouillantes de l'Histoire. Les choses sont claires : se trouvant parmi les grands ensembles épistolaires légués par la littérature et la philosophie, la Correspondance de J. de Maistre est indispensable à la compréhension de son oeuvre. Au coeur même de celle-ci, ces lettres constituent la meilleure des introductions à son sens, à sa visée, à sa force et sa portée. En présence de la parole privée de ce grand homme, chacun devient le témoin d'une générosité créatrice attachée à une majestueuse noblesse de coeur tandis qu'une pensée puissante se déploie dans un style parfait : et le lecteur voit vivre l'âme prophétique de celui qui fut l'auteur de chevet de Baudelaire et de Balzac.
David Jaomanoro (Madagascar 1953 - Mayotte 2014) a écrit toute son oeuvre en français : poésie, théâtre, nouvelles. Encore en partie inédite ou difficile d'accès, la voici présentée dans cet ouvrage. Ces témoignages sur l'auteur et ces analyses sur ses textes permettront d'entrer dans cette oeuvre simple, drôle, traversée par des personnages issus de régions et de milieux variés, qui est aussi le lieu d'expériences langagières étonnantes, de prises de position audacieuses et d'une réflexion subtile sur la situation sociale à Madagascar et à Mayotte.
Un recueil de lettres intimes où Nalya Nefer revisite, avec une tendresse rare, les émotions d’un amour passé.
En 1928-1929, Jean Cocteau, que son addiction à l'opium conduit à un internement dans une clinique parisienne, répond à la demande d'un jeune prince roumain qui voudrait devenir écrivain. Il lui adresse une série de dix-neuf lettres, parfois ornées de dessins. Une amitié épistolaire de plus d'une année s'ensuit, interrompue dans la douleur. D'abord diplomate et spécialiste d'Europe centrale, puis assistant parlementaire, Georges Greciano (1906-1976) dut attendre la mort de Cocteau pour, au cours de l'hiver 1964, s'ouvrir sur cet épisode qui avait marqué sa jeunesse : il en fit l'objet d'un récit enrichi des précieuses lettres échangées, qu'il intitula Cocteau, l'opium aux trousses. Il s'éteignit cependant en 1976 sans avoir confié son document à un éditeur. Il fallut presque un demi-siècle, et les efforts de son fils Rodolphe, pour que cette correspondance soit enfin publiée. Augmenté de ces lettres inédites, le récit de Georges Greciano offre un document rare sur l'intimité du poète, et, plus largement, donne à voir tout un pan de l'histoire culturelle européenne au xxe siècle.
Dans ce livre sont rassemblées dix correspondances amoureuses inédites, découvertes dans les archives de l'Association pour l'autobiographie et le Patrimoine Autobiographique (APA). Dix échanges amoureux - et savoureux - qui, tout au long du xxe siècle, constituent autant de nouvelles écrites par des gens « ordinaires », avec moult détails sur la vie quotidienne et sur l'époque. Depuis les lettres envoyées du front par un médecin-major à son épouse pendant la guerre de 14-18 jusqu'aux missives passionnées d'une femme à son amant en 2002, en passant par un étonnant dialogue amoureux soldé par un mariage dans les années 1950, c'est l'éloignement, le plus souvent imposé, qui justifie la rédaction de ces courriers. À commencer par celui dû aux deux conflits mondiaux qui ont engendré l'amplification étonnante des échanges postaux à cette période. On entre dans l'intimité de couples, brisés par les conflits ou les intermittences du coeur, mais dont la sincérité est toujours de mise. Intense, vraie, déchirante, la lettre d'amour continue de tisser le lien avec l'être aimé absent. Elle lui donne chair par la force de l'imaginaire et de l'écriture.
Est-il possible d'apporter quelques touches de couleur aux portraits convenus de Marie Curie ? Tel est le pari de ce recueil de lettres, dont les signataires viennent des sciences, des humanités et de l'art. Écrites aujourd'hui, bien qu'expédiées dans le passé, ces lettres nous rapprochent d'une femme exceptionnelle par des voies très diverses. Certaines rendent un hommage intime à l'icône au double Nobel, ou discutent au contraire savamment avec elle, d'autres encore s'attachent à nuancer certains traits de son image. Cette occasion d'abolir le temps, d'oublier les limites des identités, a démultiplié l'inventivité des messages et la portée de leurs éclairages. Ils en disent long sur notre temps et révèlent la place immense que Marie Curie occupe parmi nous. Jean-Marc Lévy-Leblond est physicien et essayiste. Il dirige les collections scientifiques au Seuil et la revue Alliage. Auteurs : Françoise BALIBAR, Bernadette BENSAUDE-VINCENT, Isabelle BERGOËND, Elisabeth BOUCHAUD, Faouzia CHARFI, Catherine CLÉMENT, Irène FRAIN, Etienne GUYON, Ghada HATEM-GANTZER, Eva HEMMUNGS WIRTÉN, Emmanuelle HUISMAN-PERRIN, Renaud HUYNH, Joanna KUBAR, Edouard LAUNET, Michèle LEDUC, Jean-Marc LÉVY-LEBLOND, Rémy MOSSERI, Nathalie PALANQUE-DELABROUILLE & Clara DELABROUILLE, Hubert REEVES, Marjane SATRAPI, Elzbieta SIKORA, SMITH et Jean-Philippe UZAN, Pierre VERSCHUEREN.
Quelle est la nature du lien qui a uni, pendant une grande partie de leur existence, deux grands créateurs de prime abord très différents : l'écrivain belge Georges Simenon et le cinéaste italien Federico Fellini ? C'est justement le paradoxe apparent de cette amitié qui a retenu l'attention de Marina Geat. À partir d'un échange épistolaire qui s'est étalé sur trente ans, l'enquête de l'auteur s'élargit à plusieurs aspects de la personnalité des deux artistes, aux vicissitudes de leurs vies personnelles, à leurs fantasmes profonds, en mettant en lumière des affinités, des complicités, des complémentarités, des solidarités inattendues. Il en résulte la description d'un dialogue fécond, qui se développe à plusieurs niveaux, dans leur imaginaire ainsi que dans leur collaboration professionnelle.
Reprendre des journaux intimes, les adresser à quelqu'un de sa génération, en l'occurrence une femme, Patti Smith, que l'auteur aurait pu rencontrer dans ses déambulations américaines, quand elle avait 20 ans... Aujourd'hui, les textes de l'artiste sont les miroirs d'un monde qui ne sera jamais plus !
Réflexion vivifiante sur l'art dramatique, Servir - la vocation de l'acteur se présente comme un recueil d'entretiens entre Michel Bouquet, acteur au sommet de son art, posant un regard lumineux sur notre époque et son parcours, et Gabriel Dufay, acteur et metteur en scène apportant le contrepoint de la jeunesse qui s'interroge sur le devenir du théâtre. Ce livre explore en profondeur l'essence et les mystères du jeu, tout en nous livrant un éclairage inédit sur Michel Bouquet, témoin essentiel, qui se confie sur sa vie et sa carrière, ainsi que sur les valeurs morales et artistiques qui ont permis à sa vocation d'éclore.
Le portrait d'une grande femme, sous toutes les coutures, par lettres interposées. Lors de ses vacances dans son fortin, de Belle-Île-en-Mer, Sarah Bernhardt s'entourait de sa famille et d'une joyeuse bande : le peintre Clairin, le musicien Reynaldo Hahn et bien d'autres personnages célèbres de l'époque, qu'elle recevait avec faste au milieu de ses incroyables animaux de compagnie. Dans ce récit imaginaire, son amie la peintre Louise Abbéma et l'acteur Jean Mounet-Sully s'adressent des courriers qui racontent au travers de multiples anecdotes délirantes cette tragédienne extraordinaire. Louise est très proche d'elle. Mounet-Sully fut son amant. Il n'a pas été convié à Belle-Île, car ses relations avec l'actrice « à la ville comme à la scène » sont très tumultueuses. Il doit rester à Paris et fulmine. Ce vieil ours mal léché s'inquiète en apprenant la venue auprès d'elle d'un jeune premier, Victor. Sa jalousie le force à entrer en contact avec Louise qu'il veut convaincre de devenir son espionne. Victor et Gabrielle, deux personnages fictifs issus du monde du théâtre, échangent aussi des lettres. Ils ont à peine trente ans, ont été amants, et chacun d'eux fait entrevoir d'autres facettes de cette actrice singulière au milieu de son entourage hors du commun. Ces différents dialogues construisent une histoire originale, captivante et drôle qui fait vivre avec humour un être enthousiaste, romantique, provocateur, mais ô combien attachant : Sarah Bernhardt dont le militantisme politique revendique des valeurs fraternelles et d'une grande modernité. Un roman épistolaire qui débute sur les chapeaux de roues et se poursuit jusqu'à la fin sur un rythme entrainant ! EXTRAIT Paris, mercredi 24 mars 1897 Monsieur, Je reçois votre lettre ce jour. Les bras m'en tombent ! Pour qui vous prenez-vous ? Comment osez-vous m'importuner avec vos jérémiades et dans quel but ? Je n'arrive pas à me décider : êtes-vous un imbécile ? Un foutu menteur ? Juste un jaloux ? À moins que vous ne soyez un petit frustré ? Ce qui est sûr, c'est que vous êtes un arrogant porteur de couilles qui confond la virilité avec l'autorité. Vous écrivez « j'ai besoin de savoir... ». Mais de savoir quoi ? En quoi les faits et gestes de Sarah vous regardent-ils ? Ce n'est pas parce que vous avez partagé un temps son lit que cela vous donne le droit de contrôler sa vie. Ou alors les trois quarts de ce que Paris compte de pantalons pourraient réclamer qu'on édite un journal d'information de ses « turbulences ». On pourrait aussi le traduire en anglais : on y gagnerait encore davantage de lecteurs ! A PROPOS DE L'AUTEUR Depuis cinquante-cinq ans, Jean-Luc Komada vit entre Paris et Belle-Île-en-Mer, où ses parents résidaient. La Ménagerie de Sarah Bernhardt a été écrite durant un hiver de tempêtes. C'est son premier roman.
La langue, premier matériau de l'écrivain, est un enjeu dont on ne saurait exagérer l'importance. Si tout écrivain doit jusqu'à un certain point réinventer la langue, la situation des écrivains francophones a ceci d'exemplaire que le français n'est pas pour eux un acquis mais plutôt le lieu et l'occasion de constantes mutations et modifications. Engagés dans le jeu des langues, ces écrivains doivent créer leur propre langue d'écriture, et cela dans un contexte culturel multilingue, souvent affecté des signes de la diglossie.
Lorsqu'une Française d'origine bretonne, Isabelle, et une Québécoise pure laine, MichelineRose, unissent leur plume par jeu et par amour des mots, il en résulte une belle histoire où deux jeunes quaranténaires séparées par l'océan Atlantique et se pensant sans famille vont, par courriels interposés, apprendre qu'elles sont cousines et comprendre que leurs parents respectifs leur ont caché bien des vérités quant à leur passé. Comment vontelles réagir face aux révélations qui vont se succéder et bouleverser le monde qu'elles s'étaient construit? Vontelles réussir à surmonter l'épreuve, à pardonner aux personnes qui comptaient le plus à leurs yeux?
Je ne pensais pas faire un synopsis, car je pense que cet ouvrage parlera de lui-même ou bien ne sera-t-il seulement pas compris. Alors c'est pour cela que j'écris ces mots. Ces mots qui résonnent comme la vie existentielle d'un être, ces mots qui brillent comme la lueur d'espoir au fond d'un coeur, ou encore ces mots qui meurent, car peut-être ne seront-ils jamais prononcés.
Ce recueil de poèmes est un chant d'amour et d'espérance, un cri du coeur tissé de larmes et de lumière. À travers chaque vers, l'auteure exprime son amour profond pour Dieu et la force qu'il lui donne face aux épreuves. Marqué par la perte de sa mère, de sa grand-mère et de ses tantes, son livre est une poésie à la fois intime et universelle, où la souffrance côtoie la paix, et où chaque mot devient un pas vers la résilience.
Huit ans entre quatre murs, huit ans à écrire pour ne pas sombrer. La cellule des songes est le récit brut et poétique d’une survie par les mots, où chaque page devient une échappée vers la liberté intérieure.
Et si la poésie était la clé pour comprendre le mystère de l’existence ? Voies secrètes de Desmond Jacques invite à une quête intime et spirituelle, où chaque poème devient une étape vers l’harmonie et la conscience de soi.
Plongez dans la correspondance inédite de Dominicus Baudius, l’un des plus grands épistoliers latins du XVIIe siècle.