Cette histoire du sabotage est aussi celle d’un phénomène transnational, de circulations d’idées et de pratiques que les militants se réapproprient dans leur environnement social, et plus spécifiquement sur leur lieu de travail. L’ouvrage de Dominique Pinsolle explore avec rigueur un moyen de lutte ouvrière trop souvent réduit à sa dimension individuelle et destructrice.
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Quand les travailleurs sabotaient
1897-1918 : découvrez comment syndicalistes français et américains ont théorisé le sabotage comme arme de résistance collective.
« Quelle que soit la manière dont on qualifie la littérature, les discours, les représentations et les pratiques liés au sabotage en France et aux États-Unis jusqu'à la guerre, il n'en demeure pas moins que le phénomène n'a aucun équivalent ailleurs dans le monde, ni dans sa nature, ni dans son ampleur. Toutes les forces syndicalistes révolutionnaires ont été réceptives au concept, mais seuls les militants français et les Wobblies étatsuniens ont produit une doctrine originale du sabotage qui a rencontré un écho international - comme en témoigne la diffusion internationale du terme français et du symbole du chat noir. En outre, malgré leurs particularités respectives, les deux formes de cette tactique qui se développent de part et d'autre de l'Atlantique sont liées et peuvent donc être appréhendées comme les deux étapes d'une même histoire. »
L'urgence climatique et sociale a remis au goût du jour l'activisme radical, dont le recours au sabotage. Loin de se réduire à une dégradation matérielle, cette pratique a soulevé d'immenses espoirs dans les rangs syndicalistes révolutionnaires de la « Belle Époque », au point d'être théorisée et mise en oeuvre de manière collective. De la Confédération générale du travail (CGT) en France aux Industrial Workers of the World (IWW) aux États-Unis, le sabotage apparaissait alors comme une tactique légitime, imparable, et contre laquelle patrons et gouvernants ne pouvaient rien. Cette expérience syndicale éclaire la portée et les limites d'un moyen d'action marginalisé, objet de nombreux fantasmes.
shield_question Foire aux questions
person_edit À propos de l'auteur
Dominique Pinsolle est historien, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Bordeaux Montaigne et chercheur au CEMMC. Spécialiste de l’histoire des médias et du mouvement ouvrier, il collabore régulièrement au Monde diplomatique et a publié plusieurs ouvrages sur la critique des médias et les luttes sociales. Quand les travailleurs sabotaient est le fruit de ses recherches sur les stratégies de résistance collective et leur réception dans l’espace public.
newsmode Revue de presse
Dominique Pinsolle signe une étude passionnante sur le sabotage comme tactique syndicale, en s’appuyant sur une documentation riche et variée. Son approche transnationale permet de saisir toute la complexité et l’originalité de cette pratique, qui a marqué durablement l’imaginaire des luttes sociales.
L’auteur restitue avec brio le contexte dans lequel le sabotage a été théorisé et mis en œuvre, tout en interrogeant sa postérité. Un livre qui éclaire autant l’histoire du mouvement ouvrier que les débats contemporains sur les formes de l’action collective.
Si des salarié·es en lutte veulent scandaliser et attirer l’attention sur leur cause, il leur est un moyen simple (mais périlleux) : menacer de saboter la production, voire les machines. Même si la menace n’est pas mise à exécution, ça déchaînera les médias. C’est un peu la leçon qu’on pourrait tirer du livre remarquable de Dominique Pinsolle, ample et méticuleuse étude sur le sabotage ouvrier entre 1897 et 1918.
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