Histoire du judaïsme
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Les origines du peuple hébreu ne sont pas directement accessibles à l'historien : aucun témoignage extérieur ne nous parle en effet d'Israël avant sa mention dans la stèle de l'an 5 du pharaon Merneptah (1207 avant notre ère), et la première rédaction de la geste des origines d'Israël, sous la forme de la généalogie des patriarches Abraham, Isaac et Jacob-Israël, ne date probablement que de l'époque de la royauté unifiée sous David et Salomon, ou d'une époque plus tardive...
« C'est de l'hébreu pour moi ! » Cette expression populaire marque bien le sentiment d'étrangeté que suscite souvent la langue dans laquelle est écrite la Bible. Pourtant, au même titre que le grec et le latin, l'hébreu est à la source notre patrimoine culturel et spirituel. Tel est le paradoxe que relève Julien Darmon, et qui le conduit à déconstruire les préjugés ancestraux pesant sur une langue réputée « difficile », lointaine parce que « sémitique », « langue morte » qui aurait été réveillée uniquement par le sionisme, etc. Une fois écartés ces obstacles imaginaires, l'hébreu nous livre son génie propre : celui des 22 lettres de son alphabet qui peuvent se combiner d'une manière quasi infinie, donnant au texte « divin » une extraordinaire polysémie. Tout fait sens dans l'écriture de la Torah, et la tradition juive se caractérise par une incomparable liberté d'interprétation. Les chrétiens eux-mêmes gagneraient à s'initier à la langue dans laquelle priait Jésus, dont les paroles prennent des connotations insoupçonnées à la lumière de leurs résonances sémitiques. Julien Darmon en livre maints exemples et démontre ainsi que, loin de lui être opposé, l'Esprit réside au coeur de la Lettre.
Figure majeure de l?histoire de France, saint Louis constitue pour les juifs un symbole ambigu. D?un côté, il représente la bigoterie antijuive puisqu?il fait bruler le Talmud, impose le port de la rouelle (l?ancêtre de l?étoile jaune), et cherche à expulser les juifs du royaume de France. D?un autre côté, le xiiie siècle qu?il incarne constitue pour les juifs de France un certain âge d?or. Au-delà de la figure personnelle de Louis IX ? plus pragmatique qu?on ne l?imagine ? l?auteur dresse un portrait clair de la société juive dans son rapport au pouvoir politique, témoignant de son intégration socio-économique en cette période de naissance du capitalisme et de la richesse de sa vie culturelle. Cet ouvrage de synthèse, très accessible, nous fait découvrir une époque clé de l?histoire juive mais aussi à un aspect méconnu de l?histoire de France.
Selon la légende, le Juif errant était un cordonnier à de Jérusalem qui, voyant Jésus faire une halte devant son échoppe sur le chemin de la Passion, le repoussa sans ménagement. Le Christ l'aurait alors maudit, le condamnant à marcher sans cesse jusqu'à son retour en gloire à la fin des temps. Cette légende, née au Moyen Âge, a connu un succès incroyable dans toute l'Europe. Elle a inspiré quantité d'images et de récits populaires, et fourni également aux écrivains certaines de leurs oeuvres les plus singulières, d'Eugène Sue à Apollinaire en passant par Alexandre Dumas. Étonnamment, si le mythe plonge ses racines dans l'antijudaïsme chrétien et connaît des traitements antisémites, le Juif errant est bien plus souvent une figure positive, voire un héros proche des petites gens, doté du prestige d'avoir parcouru le monde et les siècles.Par-delà l'histoire foisonnante de cette légende, Pierre-Henry Salfati nous invite à suivre le Juif errant dans ses pérégrinations inattendues à travers l'histoire des lettres, des arts et des hommes.
Après vingt-cinq ans passés à observer le vécu et le comportement des femmes dans des zones de conflit du monde entier (Bosnie, Afghanistan, RDC, Kurdistan...), Carol Mann, historienne et sociologue, a voulu étudier dans la même perspective « genrée » un sujet qui la touche personnellement : l'expérience des femmes pendant la Shoah en France, ce qui jusqu'ici n'avait pas été traité en profondeur. Elle l'a fait à partir de la lecture de journaux intimes (Hélène Berr, Tereska Torrès et d'autres inédits) et surtout des milliers de lettres, et cartes postales, écrites principalement dans le camp de Drancy et rassemblées au Mémorial de la Shoah, dont certaines n'avaient pas été ouvertes depuis la guerre. À côté d'une analyse rigoureuse de la sociologie des victimes (israélites françaises et réfugiées de l'Est, bourgeoises et femmes du peuple...), on a ici la présentation d'un matériau unique : la tragédie en direct, écrite dans l'urgence sur des cartes réglementaires ou des feuilles à carreaux cachées dans des paquets, voire sur des bouts de papier jetés des wagons plombés. Leurs autrices, obsédées jusqu'au bout par la survie de leurs proches, ignorent encore ce qui les attend dans les camps de la mort, ce qui rend la lecture de ces documents d'autant plus poignante.
Rachel Ertel a consacré sa vie à faire connaître et reconnaître la littérature yiddish aux lecteurs francophones. Par ses essais, ses traductions et son enseignement, elle a oeuvré pour la sauvegarde et la transmission de ce riche espace culturel. Son parcours personnel est bouleversant : c'est celui d'une petite fille aux parents écrivains rescapés de la Shoah, qui fut déportée en URSS pendant la guerre avant de trouver refuge en France et de voyager aux États-Unis ; c'est aussi celui d'une femme de conviction, déracinée mais passionnée, amie des artistes, des poètes et des grands auteurs yiddish du XXe siècle. Au fil des souvenirs convoqués émergent les grandes problématiques au coeur de la création littéraire, et en particulier les enjeux de toute traduction : Comment transmettre une mémoire perdue, ressusciter un monde aboli ? Comment transposer une langue mourante, liée à un vécu et à une destruction hors parole, en une langue vivante ? Comment concilier le deuil de la langue et la jouissance esthétique de la translation, de la transposition, de l'écriture ? À travers la voix forte d'une grande passeuse de la mémoire du monde yiddish, nous entendons la langue des assassinés. Rachel Ertel nous rappelle que l'Anéantissement est au-delà des pleurs, du temps, comme une entaille dans l'histoire de l'humanité, dont seule l'écriture peut porter témoignage, afin qu'il ne soit jamais oublié. Rachel Ertel a enseigné la littérature américaine à Paris 7 où elle a fondé le Centre d'études judéo-américaines. Elle est également présidente d'honneur de la maison de la culture yiddish.Stéphane Bou est journaliste.
Pluriel et ancré dans son histoire, le judaïsme n'en obéit pas moins à une loi, la torah, dont le développement est soumis aux époques et aux territoires qu'elle traverse. Les huit siècles couverts ici sont ceux du glissement du judaïsme des prêtres à celui des chrétiens et des rabbins, du judaïsme de Palestine à celui de la Diaspora. À la suite notamment de l'échec des révoltes contre Rome, il a fallu à ce peuple forgé dans la déportation, qui ne reconnaît d'autre dieu que le sien, affirmer mais aussi - bien plus qu'on ne le croit - adapter son identité. Dans cette somme sur le judaïsme ancien, nouant les histoires politique et religieuse, il apparaît évident que l'évolution de la religion judéenne - juive -, mais aussi de la culture et de la société qui en découlent, n'est pas le produit d'une autarcie. Le judaïsme s'est moulé dans son époque, a évolué avec elle et les civilisations qui l'ont faite. Cette histoire antique y est décryptée dans une étude qui fera date pour tous ceux qui cherchent à comprendre réellement les racines d'un judaïsme bien moins figé que l'historiographie ne l'a laissé transparaître jusqu'ici.
Présente depuis l'époque de l'Empire romain, la communauté juive d'Italie est riche d'une histoire plurimillénaire. à la Renaissance, elle a pleinement participé à cette formidable aventure culturelle que nous fait revivre Alessandro Guetta. Les études bibliques, talmudiques, la philosophie et la kabbale, mais aussi la linguistique, la poésie, le théâtre, connaissent une effervescence sans pareille, avant et après l'institution des ghettos. Pendant cent cinquante ans, les Juifs d'Italie ont su développer une culture à la fois fidèle à leur tradition et ouverte aux nouveautés de l'époque : en un mot, une culture juive « moderne ».
1929, Europe en crise. Albert Londres, pionnier du grand reportage, part à la rencontre des communautés juives, des ghettos de Varsovie aux rêves de Palestine.
L'écriture de l'histoire est un geste éminemment politique. Des chroniques royales au « roman national », c'est autour de l'écriture de l'histoire que s'est constituée l'histoire des nations. L'Émancipation des Juifs, initiée par la Révolution française et diffusée en Europe par les guerres révolutionnaires, a incité les Juifs à vouloir prendre place dans les cultures nationales. Confrontés à une société chrétienne qui les considérait comme « sortis de l'histoire » depuis près de deux millénaires, des intellectuels et rabbins juifs, érudits accomplis, se firent historiens pour promouvoir une approche scientifique du judaïsme qui devait leur permettre d'intégrer le panthéon culturel des nations. Quelles sont les méthodes et les pratiques mises en oeuvre par ces pionniers, quels étaient leurs objectifs affichés ou inavoués ? En quoi l'étude des fragments de la Geniza du Caire, de l'histoire de la dynastie hasmonéenne, de l'attention portée à l'histoire des « Juifs de France » ou encore à la préservation et la transmission de la culture yiddish peut-elle être porteuse d'un projet de civilisation ? Et, dans quelle mesure le regard porté par ces constructions historiques s'exerce-t-il, sur l'histoire juive elle-même ? Autant de questions fondamentales pour la compréhension du présent auxquelles viennent répondre les auteurs réunis ici par Sylvie Anne Goldberg, parmi les plus éminents des études juives contemporaines.
Au 12ème siècle, Benjamin quitte sa Tudèle natale pour rejoindre jusqu'en Inde, les communautés juives de son temps, celles qui ont apporté une partie du financement et de la logistique des Itinéraires de pèlerinage et des Routes de la Soie. Pour Jules Verne, Benjamin de Tudèle fut le meilleur géographe du Moyen-Âge, le premier qui parle de la Chine. Le livre de Robert Lanquar retrace un parcours fascinant pour comprendre les racines actuelles des relations religieuses et commerciales entre l'Europe, le Moyen-Orient et l'Asie. Il tente de résoudre une énigme et de rendre justice à une omission, celle du rôle clé des communautés juives sur les Itinéraires de pèlerinage, de Saint Jacques de Compostelle à Rome, Constantinople et Jérusalem.
L'histoire des Juifs après leur expulsion d'Espagne en 1492 jusqu'à leur nouvelle installation dans les villes de l'Empire Ottoman a été une vraie odyssée. Certaines de ces villes, parmi lesquelles celle qui hébergeait la plus importante communauté, Salonique, sont devenues grecques à l'aube du xxe siècle. Les Juifs espagnols sont devenus au fil des siècles des Sépharades de l'exil, puis des Juifs Saloniciens bien enracinés dans leur ville et finalement, après 1912, des Juifs grecs. Il en fut de même pour tous les Juifs sépharades d'une quinzaine de villes dans le Nord de la Grèce. C'est en tant que Juifs grecs qu'ils vont être exterminés à Auschwitz-Birkenau et à Treblinka en 1943 et 1944. Dans cet ouvrage, les étapes les plus importantes dans la construction et la transformation de leur identité sont suivies de près, en constituant un de ses fils conducteurs. Le sort de tous les Juifs grecs (sépharades et romaniotes) pendant l'Occupation et la mémoire de leur extermination constitue le second fil : déportation et extermination pour la majorité de la population, engagement dans la Résistance ou fuite et survie en se cachant pour une minorité. Le silence qui a recouvert l'événement pendant de longues décennies et ses causes, l'émergence de cette mémoire et les voies qu'elle suit, les jalons de la mémoire culturelle de la Shoah en Grèce font aussi l'objet de cette étude. Cette mémoire, si longtemps occultée, commence ces toutes dernières années à se faire une place dans la mémoire collective grecque.
Le modèle français de la laïcité, impliquant une séparation entre Église et État, est-il exportable ? L'histoire des relations entre religion et pouvoir politique dans l'État moderne d'Israël est particulièrement remarquable, comme nous le fait découvrir ce livre. L'idée même d'un État juif naît, à la fin du XIXe siècle, dans un contexte européen où domine l'idée de nation et où, le « positivisme » aidant, on perçoit, dans certains milieux, une désaffection grandissante à l'égard du fait religieux. Les circonstances historiques contribuent à rendre séduisante l'idée d'un État juif. Mais pour la majorité des rabbins, elle paraît contraire à une conception théologique de l'histoire, qui voit dans la dispersion du peuple juif un châtiment qui ne pourra être racheté que par le pardon divin. Les événements du XXe siècle feront que cette idée d'une patrie juive sera acceptée par les courants religieux, au moins pour garantir la survie des juifs, au prix d'un compromis (le statu quo) entre les dirigeants de l'État et le judaïsme orthodoxe.
Les Juifs ont souvent entretenu un rapport singulier à la modernité. C'est particulièrement vrai en France où, très tôt émancipés, ils prirent pleinement part à l'épanouissement du pays. En même temps qu'elle leur accorde la citoyenneté, la Révolution française leur ouvre l'accès à la science.Héritiers d'une culture où sacré et profane, loin d'être opposés, s'entremêlent, ils sont les premiers à s'engager dans l'aventure des sciences de l'homme qui marque le XIXe siècle. En effet, les savants juifs conservent de la tradition une conception du temps et de l'histoire qui leur permet d'échapper aux dilemmes auxquels sont confrontés les érudits protestants ou catholiques. Leur familiarité avec l'Orient et l'absence de dogmes, autorisant l'inclusion du religieux dans leurs objets d'étude, expliquent leur rôle fondateur dans l'essor de la science des religions mais aussi de la philologie, de la linguistique, de la mythologie comparée ou de la sémantique. Salomon Munk, Michel Bréal, Adolphe Franck, James et Arsène Darmesteter sont les grands ancêtres des intellectuels du XXe siècle.Cette rencontre entre judaïsme et modernité éclaire d'un jour nouveau l'histoire politique et intellectuelle française, restituant au religieux la part qui lui revient. Elle permet de saisir comment, depuis leurs disciplines respectives, les savants juifs contribuent à poser l'une des questions centrales de la modernité : celle de l'identité. Directrice de recherches au CNRS, Perrine Simon-Nahum est professeur attaché au département de Philosophie à l'École normale supérieure. Elle a publié en 2017 une nouvelle édition du Journal de Michelet.
Communauté aux origines obscures, qui revendique l'héritage du roi Salomon et de la reine de Saba, les juifs d'Éthiopie ne cessent de fasciner. L'épopée de leur « montée » en Israël au milieu des années 1980 les a brutalement fait passer d'un mode de vie archaïque à l'ultra-modernité. Dans cet ouvrage appelé à devenir la référence en français, l'auteur fait le point sur ce qu'on sait de leur histoire ancienne et met surtout l'accent sur leur installation en Israël, la difficile question de leur intégration et les défis actuels. Elle montre en particulier comment leur identité en tant que nouveau Israéliens, juifs et noirs, les place au carrefour de problématiques contemporaines : identité nationale ou religieuse, conscience de couleur et de genre, transnationalisme, re-diasporisation globalisation...
à l'époque de la destruction du Second Temple de Jérusalem, en 70 de notre ère, le peuple juif qui vivait en majorité en Palestine et en Mésopotamie travaillait la terre et ne savait ni lire ni écrire. En 1492, date de son expulsion d'Espagne, il est devenu un modèle de communauté citadine et éduquée, particulièrement dynamique dans les domaines de l'artisanat, du commerce, de la banque. Comment expliquer un tel changement ? Pour Maristella Botticini et Zvi Eckstein, il existe une corrélation entre le niveau d'alphabétisation des populations juives et leur degré de fidélité au judaïsme. Urbains et lettrés, les Juifs perdurent ; ruraux et analphabètes, ils disparaissent. Revisitant quinze siècles d'histoire, les auteurs montrent que ce ne sont pas les contraintes extérieures qui ont poussé les Juifs à se lancer dans les professions liées à l'argent, mais que le processus s'est amorcé auparavant, notamment grâce à l'usage de l'hébreu et aux fortes ramifications de réseaux juifs marchands à une échelle internationale. En effet, l'éducation favorise non seulement l'écriture, mais aussi la maîtrise des questions juridiques, notamment dans l'établissement des contrats. Ce livre original apporte une contribution remarquable à l'histoire juive, revisitée sous l'angle économique et démographique, et invalide bien des idées reçues.
La légende du « pape juif », transmise d'abord oralement, puis par écrit, date du Moyen-Âge. C'est une « légende de consolation » élaborée par les juifs persécutés alors que le catholicisme domine l'Europe. Le thème : un jeune juif est enlevé à ses parents, et élevé par des prêtres. Il accède aux plus hautes fonctions jusqu'à la papauté, puis il retourne au judaïsme. Il existe plusieurs versions en yiddish de cette légende, la première date de 1605, la dernière de 1955. Doris Engel a traduit ces textes, les a commentés et mis en relation avec des faits historiques avérés. Ce travail s'inscrit dans le mouvement actuel de traductions de textes yiddish, et il s'adresse aux lecteurs intéressés par les relations entre christianisme et judaïsme.
« Je suis juif... si je n'avais pas été un Juif du ghetto, l'idée de l'unification de l'humanité ne me serait jamais venue à l'esprit ». Ainsi s'exprimait en 1905 Louis-Lazare Zamenhof. Cela l'amena, dès le début des années 1880, à une activité sioniste. Pourtant, au fil des ans, il révisa ses convictions. En 1901, il proposa comme solution d'unification du peuple juif, l'hillélisme, en référence au sage rabbin antique, Hillel. Ainsi, il rejoignait les critiques de Bernard Lazare, grand défenseur d'Alfred Dreyfus. Pour les deux auteurs, il s'agissait de parvenir à un réel universalisme en échappant à la tentation du nationalisme inévitable pour le sionisme. Vers la fin de sa vie, Zamenhof, plus nuancé, concèdera : « Il est vrai que le nationalisme des peuples opprimés est bien plus excusable que le nationalisme des peuples oppresseurs ». Pourtant, même là, le penchant vers le nationalisme est toujours prêt à s'éveiller. Il anticipe, ainsi, les critiques de Yechayahou Leibovitz, à l'égard du sionisme.
Le Temple de Jérusalem incarna la centralité de l'expérience juive dans ses dimensions religieuse, sociale et politique jusqu'à sa disparition à l'aube de l'ère chrétienne. La question se posa alors de la pérennité de cette expérience collective à travers l'Histoire. Si le mont du Temple cristallise toutes les passions politico-religieuses contemporaines, la réalité historique et la fonction sociale et cultuelle de ce que furent les Temples de Jérusalem restent assez méconnues, y compris dans le monde juif. C'est une des raisons qui a conduit l'auteure à proposer un ouvrage, qui rappelant les caractères essentiels de ce temple antique et sa fonction, invite à s'interroger sur l'héritage qu'il transmet, autant dans les principes fondamentaux de la vie juive que dans des menus détails du quotidien d'une religion devenue celle du Livre et de son interprétation. Au-delà de sa disparition physique, le Temple de Jérusalem demeure une donnée inéliminable de la conscience juive qui resurgit dans l'Histoire jusqu'à nos jours et peut tout à la fois nourrir un questionnement ou une radicalité, voire mettre en péril la recherche d'une paix durable.
Henry Léon, d'une très ancienne famille de Juifs de Bayonne, était en 1893 commerçant et juriste, philosophe et historien, qualités partagées par plusieurs grands noms de Bayonne à cette époque. Son livre a d'ailleurs les louanges dans la préface d'origine, d'Edmond Ducéré. Henry Léon a exhumé de nombreux documents des archives locales et départementales, de la communauté, de sa famille, et bâti un bel ouvrage à la gloire de son milieu bayonnais et juif, de sa « nation ». Trente-sept chapitres situent le judaïsme médiéval espagnol, son expulsion, l'arrivée des juifs à Bayonne et dans le Sud-Ouest, s'arrête longuement sur les rapports souvent difficiles établis entre la ville de Bayonne et ces « Séfarades » du bourg Saint-Esprit, sur leurs occupations, leur vie culturelle et cultuelle, leur encadrement communautaire. Des biographies animent le texte de l'auteur, soucieux de publier la plupart des documents utilisés, in-extenso le plus souvent et armés de leur exacte référence, y compris des extraits des chants liturgiques et des armoiries, enfin des relevés des pierres tombales, en espagnol et en hébreu, du cimetière de Champ Saint-Étienne. Commerçants du chocolat (leur gloire pour Bayonne), du lin et de tout textile, des draps et participant à la vie maritime, les Léon, Pereire, Nounes, Furtado, Frois, Salzedo, Brandon, Cardoze et bien d'autres peuplent l'histoire de Bayonne, sa vie culturelle ... Vie juive et vie bayonnaise s'entrelacent et s'entre-expliquent dans le livre si sérieux d'Henry Léon, et de lecture si prenante. Préface à la nouvelle édition : Anne Zink. Elle poursuit des recherches dans le cadre de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris. Ses travaux se situent au carrefour de l'histoire, de la géographie, de l'ethnologie et du droit. Avant-propos : Béatrice LEROY, Professeur honoraire d'histoire médiévale. Édition complètement recomposée d'après l'édition Slatkine 1970.
La tradition hébraïque est en phase de nos jours avec les aspirations légitimes de spiritualité soufflées par des êtres de lumière à nos contemporains. L'héritage de la mystique juive, la kabbale, serait utile à tous les humains s'ils se libéraient de leurs doutes, s'ils se libéraient du joug du mental. Une vérité se révèle : si le "Tikoun", la réparation, la prise de conscience indiviudelle est réalisée, alors la mémoire et le ciel se combineront en Mémoire du Ciel.
Et si la question juive n’était qu’un miroir tendu aux nations ? Dans Les Juifs et les nations, Jacques Nantet, intellectuel catholique et observateur avisé, interroge avec audace les rapports complexes entre identité juive et regard des peuples.
« L'histoire séfarade commence avec la Genèse, avec la promesse de Dieu à Abraham, avec l'appel de Dieu à son peuple, son peuple choisi ; avec la première aventure de l'humanité, la sortie d'Égypte du peuple d'Israël, le premier au monde à avoir refusé l'esclavage, à avoir choisi un seul Dieu, une seule terre, un seul Livre et un Temple à Jérusalem.Les séfarades représentent en effet le peuple juif, du moins une partie de ce peuple. Aujourd'hui, ce sont les juifs de la Méditerranée, distincts des juifs de l'Europe centrale et septentrionale, les ashkénazes.Pour expliquer la vie séfarade, il faudrait expliquer le judaïsme. Aucune autre définition n'est aussi essentielle ; toutes les autres complètent, nuancent, mais ne retranchent ni n'ajoutent rien à cette première évidence, les séfarades sont des juifs. [...]Ainsi la Loi l'a-t-elle fixé, ainsi les juifs l'observaient-ils au moment de leur dispersion, ainsi l'observent-ils toujours, la Bible étant toujours leur Livre de Vie. Les séfarades ont vécu de cette Loi et de son observance, dans les étapes séculaires de leur exil.Béatrice Leroy
Et si le plus grand historien du ier siècle, celui dont les écrits corroborent le récit des Évangiles, n'avait pas encore livré tous ses secrets ? En 70, Jérusalem est détruite par les Romains. La guerre avait commencé en 66, et Flavius Josèphe, prêtre de Jérusalem, avait alors été envoyé les combattre en Galilée. Mais pourquoi, après avoir été capturé, a-t-il soudain été gracié et entretenu par ces mêmes Romains, qui lui ont ainsi permis de devenir écrivain ? Quelles furent les raisons de ce revirement ? De Massada au Colisée, voici enfin publiée la biographie de ce grand historien juif de l'Antiquité qui rêva follement d'être fidèle à Jérusalem et à Rome. Une destinée moderne au sein du monde ancien, à lire comme un roman. Une fresque étonnante sur l'histoire politique. Dominicain, Étienne Nodet enseigne depuis 1977 à l'école biblique de Jérusalem. Il est l'auteur de nombreux ouvrages - notamment Essai sur les origines du judaïsme, Essai sur les origines du christianisme, et La Porte du Ciel : Les esséniens, Qumrân et ensuite -, tous publiés aux éditions du Cerf.
De 1942 à 1944, plus de 76 convois ont déporté, depuis la France, 75 000 Juifs - dont 11 400 enfants - vers les camps d'extermination. L'historien Jean-Luc Pinol propose une nouvelle lecture de cette histoire, analysant les ressorts de la déportation, le rôle des acteurs (armée allemande, Gestapo, État français...), et les parcours de ses victimes, enfants, femmes et hommes originaires de toute l'Europe. Jean-Luc Pinol a cartographié et étudié les données du Mémorial de la déportation des Juifs de France établi par Serge Klarsfeld qui comprend, outre les déportés, les Juifs fusillés ou massacrés sur le territoire français (plus de 1 200) ainsi que les morts dans les camps français (2 500). La persécution ne se manifeste pas de la même manière pour les natifs de Varsovie, de Berlin, de Salonique ou de Paris. De même, l'ancienneté de l'installation en France et le lieu d'habitation conditionnent bien souvent les circonstances des arrestations. Pourquoi tant de Strasbourgeois ont-ils été arrêtés en Dordogne ? Pourquoi de nombreux originaires de Pologne ont-ils été raflés dans les Ardennes ? Ainsi, Convois donne à lire dans l'espace et le temps l'ampleur de l'événement (toute la France est touchée et souvent très durement) mais aussi les spécificités de chaque communauté. Se lit aussi la complexité des destins individuels et collectifs.
Les Juifs seraient absents de la mémoire historique de la France. À contre-courant de cette idée, ce livre propose de relire le processus de construction de l'histoire des Juifs de France en partant à la recherche de ses sources. Centré sur le XIXe siècle, il prend pour point de départ les ardents débats relatifs à la citoyenneté des Juifs sous la Révolution française. Tandis que la recherche historique se voit portée en France, à partir des années 1830, par la volonté politique de mise en ordre du passé archivé au sein des dépôts publics, de nombreux documents se voient identifiés, classés, inventoriés et publiés. Parmi eux, des documents relatifs à l'histoire des Juifs. Certains sont disséminés dans les fonds des archives locales, d'autres au contraire sont retrouvés au coeur même des collections les plus prestigieuses de la royauté française. Parallèlement, la fièvre archéologique qui gagne les élites provinciales cherchant à célébrer les racines chrétiennes de la France, fait émerger, presque par hasard, des inscriptions hébraïques. Celles-ci sont néanmoins intégrées difficilement et marginalement au domaine alors florissant des antiquités nationales. Il faudra attendre la fin du XIXe siècle pour qu'un cercle restreint de savants ancre une histoire française des Juifs depuis le Moyen Âge, non pas séparée, mais intégrée à l'histoire de France. Cette histoire " judéo-française ", répondant à distance aux attaques antisémites de la presse nationalisted'alors, permet de révéler la part juive insoupçonnée de l'histoire de France. Mais cette reconnaissance a un prix : la perte et la dislocation de nombreuses archives issues des anciennes communautés juives de France, fragilisant à terme la possibilité de reconstituer leur histoire " intérieure ". Préface de Yann Potin
Hérode, auteur du massacre des Innocents ? Voici une grande étude sur l'une des figures les plus énigmatiques de l'Évangile et de l'Antiquité. Roi de Judée pour le compte de Rome de 37 à 4 avant notre ère, Hérode le Grand fait toujours l'objet de nombreuses controverses. Alors que les Romains confient généralement un pouvoir de délégation à des chefs populaires, ils choisissent cette fois un représentant à la légitimité contestée. Issu par son père d'une noble famille iduméenne convertie au judaïsme, d'origine nabatéenne par sa mère, et citoyen romain, Hérode est porteur d'identités multiples qui influent sur sa politique. Cet ouvrage entend réexaminer le personnage d'Hérode sous l'angle de son action au cours de son règne. Avec méthode, Jonathan Bourgel analyse la façon dont les diverses facettes de son identité se sont manifestées dans ses réalisations notamment politiques et architecturales. Une contribution majeure à la connaissance du monde de l'Évangile. Spécialiste du judaïsme de l'époque du Second Temple, Jonathan Bourgel enseigne à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l'université Laval (Québec, Canada). Il a publié récemment aux Éditions du Cerf D'une identité à l'autre ?
Des communautés juives sont établies en France depuis l'Antiquité et ont été florissantes durant toute la première partie du Moyen Âge, avant les expulsions de 1306 et de 1394 - le caractère le plus remarquable étant leur éparpillement jusqu'au début du XIIIe siècle. Partie intégrante de la population de la Gaule puis de la France, elles ont contribué notablement à sa culture, dans divers domaines (le corpus ancien le plus riche de termes techniques français se trouve dans des commentaires juifs du XIIe et du XIIIe siècle).Le présent recueil propose une série d'études éclairant les conditions de cette présence, faite de coexistence mais aussi de tensions, avec une détérioration de leur situation au XIIIe siècle, accompagnée de diverses accusations, comme celle de profanation d'hostie, lors de l'affaire des Billettes en 1290. Si le dialogue entre chrétiens et juifs se poursuit malgré tout, la condamnation de la littérature rabbinique entre 1239 et 1244 rend difficile l'enseignement traditionnel - mais fait connaître au monde chrétien le Talmud et ses commentaires. L'attitude de l'Église est examinée, avec ses aspects opposés, condamnation du judaïsme mais aussi protection (comme le montre le cas exemplaire de Bernard de Clairvaux). Sont présentées deux figures majeures de la culture juive de France médiévale, dont le rayonnement se constate aussi chez les intellectuels chrétiens, Rashi et Gersonide. Enfin, trois études examinent l'« image du juif » dans deux genres de la littérature française du Moyen Âge, le théâtre religieux et les miracles de Notre Dame.L'auteurGilbert Dahan, directeur de recherche émérite au CNRS, directeur d'études à l'EPHE /section des sciences religieuses, a commencé par travailler sur le théâtre liturgique en France médiévale. Puis ses recherches ont porté sur les relations intellectuelles entre juifs et chrétiens en Occident médiéval. Depuis plus de vingt ans, il travaille sur l'exégèse chrétienne de la Bible au Moyen Âge, dans ses méthodes et son herméneutique. Il a publié de nombreux travaux dans ces trois domaines, notamment aux Éditions du Cerf : Les intellectuels chrétiens et les juifs au Moyen Âge (1990), L'exégèse chrétienne de la Bible en Occident médiéval, XIIe-XIVe siècles (1999). Il dirige la collection « Les Conférences de l'École pratique des hautes études » et co-dirige les « Études d'histoire de l'exégèse », toutes deux publiées également au Cerf. Dernier livre paru : Études d'exégèse médiévale. Ancien Testament, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2016.
Au cours des vingt années qui suivirent la création d'Israël en 1948, une puissante vague d'immigrants juifs venus des pays arabes (Irak, Yémen, Libye, Égypte et Syrie) et du Maghreb s'établit dans l'État juif. Ils ont d'emblée le sentiment d'être mis à l'écart d'une société dominée par l'élément ashkénaze et, de fait, ont du mal à considérer comme faisant partie de leur histoire la Shoah, tragédie qui reste celle d'un monde ashkénaze qui les regarde souvent avec mépris. À travers l'analyse de discours politiques, de manuels scolaires ou de témoignages, l'auteur montre que si la destruction des Juifs d'Europe ne fut pas une mémoire partagée dès le début par tous les Israéliens, un tournant s'opère lors du procès d'Adolf Eichmann, véritable choc politique, dont le résumé des audiences est suivi chaque soir à la radio par des dizaines de milliers d'Israéliens. Mais c'est surtout dans les années 70 que progresse l'idée d'une catastrophe juive globale, et donc d'unité du destin juif : sans distinction d'origine, la Shoah aurait dû impliquer, en effet, tous les Juifs désignés pour la mort. Le rapport des Juifs orientaux à la Shoah démontre combien cette catastrophe n'est pas à l'origine de l'État juif mais a renforcé l'identité israélienne pour figurer peut-être aujourd'hui son lieu de mémoire cardinal.
« Salut, je m'appelle Anon, je pense que l'Holocauste n'a jamais eu lieu. » Tels sont les mots qu'a prononcés Stephan Balliet juste avant de commettre l'attentat de Halle contre une synagogue, le 9 oct. 2019. C'était un jour de kippour. Cette « pensée », tout droit issue du négationnisme, terme qui désigne la négation de la réalité du génocide des Juifs durant la Seconde guerre mondiale, octroie ainsi un permis de tuer : les Juifs sont le mal par essence. Affabulateurs, ils n'ont pas été tués en masse par les Nazis et perdent leur statut de victimes. Sous couvert d'une pseudo-démarche rationnelle, les négationnistes prétendent le démontrer et réhabilitent le nazisme en le disculpant de ses crimes. Partant de ce constat, cet ouvrage remonte le cours de l'histoire et observe le négationnisme dans sa dimension internationale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu'à nos jours. Exhumant des archives de France, d'Angleterre, d'Allemagne, des États-Unis et du Canada, l'historienne Stéphanie Share a enquêté sur l'émergence d'un mouvement, sa pénétration dans la sphère publique des démocraties occidentales, et analysé les scandales négationnistes qui ont défrayé la chronique de ces différents pays. Ce livre alerte sur l'urgence du combat à mener : les idées fausses ne meurent jamais et peuvent tuer.
On prétend parfois que l'« homme occidental » serait le seul être humain pouvant vivre sans mythes. Il n'en est rien. À l'aune d'une lecture inédite de l'Ancien Testament, Ron Naiweld nous plonge dans ce grand mythe, support de la rencontre, fondatrice pour l'Occident, de la Bible et de la philosophie. Contre le récit traditionnel d'un dieu créateur unique et tout-puissant, sa lecture fait émerger une autre histoire. Son héros est un dieu motivé par le désir d'être reconnu comme tel par les hommes. Avec le temps et au contact des empires assyrien, babylonien et perse, le dieu développe son intelligence politique. Il apprend la puissance du peuple, l'utilité de l'ordre impérial et, de sa rencontre avec la pensée grecque, l'intérêt de l'idée monothéiste. Mais c'est avec saint Paul qu'il assouvit pleinement son désir. En suivant pas à pas l'histoire de ce dieu, cet essai fascinant montre comment, à force de torsions, de relectures, d'appropriations, le mythe d'un peuple marginal dans la fabrique culturelle du monde ancien est devenu l'un des mythes fondateurs de la civilisation occidentale. Comment Yahvé est devenu Dieu. Historien du judaïsme ancien au CNRS, Ron Naiweld a notamment publié Les antiphilosophes. Pratiques de soi et rapport à la loi morale dans la littérature rabbinique classique (Armand Colin, 2011).
L'histoire que Simon Schama entreprend de nous conter ici est à nulle autre pareille. Tout au long des dernières décennies, des découvertes archéologiques ont renouvelé notre vision de la manière dont a vu le jour la Bible, qui allait devenir le patrimoine d'une bonne partie de la planète. D'une extrémité du monde juif à l'autre ont été exhumées des mosaïques qui bouleversent notre idée de ce qu'étaient une synagogue et le culte juif, mais aussi de tout ce que cette religion, dans ses formes, partageait avec le paganisme et le christianisme primitif. Cette histoire s'étend sur les millénaires et les continents - de l'Inde à l'Andalousie, des bazars du Caire aux rues d'Oxford. Elle nous emmène d'un royaume juif dans les montagnes de l'Arabie du Sud à une synagogue syrienne aux murs peints étincelants, en passant par la colonie juive installée dans l'île d'Éléphantine, en Haute-Égypte, dès le vie siècle avant notre ère. Simon Schama nous conte avec maestria cette épopée où l'héroïsme de la vie quotidienne côtoie les grandes tragédies, et pose son regard d'historien de l'art sur les trésors qu'elle nous a légués. L'histoire des Juifs n'est pas, comme on l'imagine souvent, celle d'une culture à part, mais celle d'un monde juif immergé dans les peuples au milieu desquels il a vécu et marqué par eux, des Égyptiens aux Grecs, des Arabes aux chrétiens. C'est en cela qu'elle est l'histoire de tous. Simon Schama est professeur d'histoire de l'art et d'histoire à l'université Columbia. Il a publié plusieurs ouvrages récompensés et traduits dans une quinzaine de langues, et a écrit et présenté une quarantaine de films pour la BBC2 sur des sujets aussi divers que Tolstoï, la politique américaine et Shakespeare.