Ethnologie
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Héritière de la tradition des voyages, des découvertes et des explorations - des conquêtes aussi -, l'ethnologie est une discipline jeune mais qui n'a cessé de redessiner les frontières de son territoire d'étude. Si son champ d'analyse s'est longtemps limité aux sociétés dites « primitives », laissant à d'autres disciplines le soin d'élaborer une connaissance du monde occidental moderne, les transformations politiques et sociales radicales du XXe siècle l'ont conduite à une profonde remise en cause de son approche, au point que fut parfois claironnée la « fin de l'ethnologie »... Aujourd'hui pourtant, le regard de l'ethnologue, en se portant sur de nouvelles thématiques, n'a rien perdu de son acuité, car il interroge le « vivre-ensemble » : comment se construisent et se disent des manières d'être ensemble ? Comment des individus se reconnaissent-ils en des collectifs distincts les uns des autres ?
L'absence de conflit ouvert ou de révolte n'est pas nécessairement l'expression de la soumission des dominés à leur condition ni de leur acquiescement à l'ordre social en place. James C. Scott a consacré deux ans (1978 - 1980) d'enquête ethnographique au sein d'un village rizicole au nord-est de la Malaisie à observer et interroger les villageois pauvres et aisés afin de comprendre les rapports de pouvoir régissant une société paysanne bouleversée par la « révolution verte » - la mécanisation de la récolte du riz ayant provoqué le doublement des rendements de la riziculture et la concentration des richesses. Comment, s'interroge Scott, les villageois pauvres et marginalisés répondent-ils à ces bouleversements qui menacent leurs conditions d'existence ? Sa description minutieuse met en lumière un conflit de classe qui comprend un niveau économique et un niveau symbolique ou idéologique. Si les paysans aisés et les grands propriétaires jouissent de nombreux avantages, les dominés leur opposent les « armes des faibles » pour atténuer les effets de la domination. Relevant de la « résistance quotidienne », celles-ci prennent la forme de dérobades, de petits larcins, de blocages temporaires, mais aussi, sur un plan symbolique, de calomnies, de racontars, d'attribution de surnoms visant à ternir la réputation des riches propriétaires. Scott ouvre un débat important sur les concepts de « fausse conscience » et d'« hégémonie » puisqu'il avance que ces concepts ne suffisent pas à expliquer les rapports de classe. Contrairement aux conclusions des traditions marxiste et gramscienne, Scott montre ainsi que, lorsqu'ils esquivent une part des contraintes liées à leur position de classe, les dominés agissent de manière rationnelle, dans la pleine conscience des limites de leurs ressources politiques, économiques et symboliques. Les analyses développées dans Les Armes des faibles préfigurent les travaux ultérieurs de Scott.
Découvrez les mythes érotiques amazoniens, où l'amour, la jalousie et la séduction se mêlent à la violence et à l'humour.
La population kurde, en majorité musulmane, compte 30 à 40 millions de personnes réparties surtout entre la Turquie, l'Iran, l'Irak et la Syrie. À la fois repaire de populations indociles, mais aussi antre de tribus et d'émirs puissants, le Kurdistan n'a jamais été unifié sous une même autorité politique. Le démembrement de l'Empire ottoman, au début du XXe siècle, provoque la division de cet immense territoire. Aujourd'hui, on ne peut ignorer la « question kurde », l'omniprésence des revendications et la prégnance des conflits qui lui sont liés. Pourtant, la longue histoire du fait kurde dépasse cette actualité et témoigne d'une formidable diversité culturelle, sociale et politique. Boris James raconte l'histoire mouvementée de ce peuple, les enjeux auxquels il a dû et doit encore faire face et la façon dont il s'enracine dans une région géopolitiquement complexe. Et de s'interroger à son tour : quels sont les ressorts de l'unité et les facteurs de division de ce peuple ?
« La Guadeloupe est à nous, la Guadeloupe n'est pas à eux, nous ne les laisserons pas faire ce qu'ils veulent dans notre pays. » Lors de la grève qui a paralysé la Guadeloupe début 2009, cet hymne faisait office de cri de ralliement pour le collectif contre la « profitation » (LKP). Mais que recouvre le « nous » dans ce slogan et au-delà ? Comment peut-on faire communauté, penser un avenir commun sur un territoire insulaire transformé par l'histoire de la colonisation, de l'esclavage, de l'installation massive de travailleurs engagés, notamment indiens, et encore fortement marqué par la domination économique des descendants de colons ? En enquêtant sur les manières dont se définissent les habitants de la Guadeloupe, Ary Gordien met en lumière des systèmes de représentation divers, souvent conflictuels, qui ont résulté de l'histoire de la colonisation et de l'exploitation mais aussi des luttes pour l'émancipation.
Le préhistorien et ethnologue que fut André Leroi-Gourhan livre ici les premières synthèses de sa recherche qui devait déboucher sur l'ouvrage désormais classique : Le Geste et la Parole. Théoricien, André Leroi-Gourhan retrouvant la tradition des artistes-ingénieurs de la Renaissance savait aussi tailler un silex, manier d'anciens métiers à tisser et utiliser toutes les autres techniques qu'il a passé sa vie à décrire, classer, suivre dans leurs lentes évolutions historiques. C'est l'incroyable aventure de l'esprit humain et de sa capacité à transformer la nature sous les contraintes de la matière que Leroi-Gourhan explore ici. Et la grande héroïne de cette histoire, c'est la main.
Ce livre est construit en deux parties : « Souvenirs » et « Définitions ». « Souvenirs » est le récit de la rencontre de Patrick Williams avec les Manouches de la Creuse et avec les Rom Kalderash de Paris. Il plonge d'emblée le lecteur dans un véritable roman initiatique, le héros s'émerveillant (avec le lecteur) à chaque découverte. Mais, bien que marié à une Romni kalderash et devenu chef d'une famille rom, Patrick Williams reste un gadjo, et un intellectuel. Cette partie s'achève sur son engagement dans l'ethnologie, laquelle, citant Leonardo Piasere, « invente un domaine qui est "comme-la-vie" ». Et Patrick Williams d'ajouter : « M'installer dans le "comme", voilà qui me convenait ». La deuxième partie, « Définitions », explore ce qui n'a jamais cessé de l'intriguer : que les Manouches et les Roms apparaissent à la fois si différents et si semblables. Qu'en est-il dès lors de la totalité tsigane ? L'ethnologue s'appuie pour cela - entre autres - sur sa connaissance de la grande majorité des travaux d'ethnologie publiés sur les « Tsiganes » et cherche constamment à rebondir du particulier au général, du général au particulier. Cette partie traite d'une question fondamentale pour tout chercheur(e) en anthropologie sociale : en quoi, au-delà du groupe humain plus ou moins défini qui est étudié, leur sujet de recherche peut nous en apprendre sur la société environnante, voire sur l'humanité en tant que telle ? OEuvre majeure qui dépasse les limites d'une simple ethnographie des Tsiganes, cet ouvrage est le magnifique testament d'un grand anthropologue, rigoureux et libre, souvent poète, qui vient éclairer la vie.
À travers l'analyse des techniques de la chasse et de l'agriculture, de la cuisine et de l'habitation, le grand préhistorien et ethnologue que fut André Leroi-Gourhan nous livre sa compréhension de l'univers techno-économique. « La technologie doit d'abord être vécue, pensée ensuite si le besoin s'en fait sentir (...). Il est bon d'avoir récolté un sac de pommes de terre avec un bâton pointu avant d'envisager la description des outils agricoles, et rien ne fait mieux désirer la découverte des métaux qu'un arbre abattu et débité avec une hache de silex. » Fidèle à ce conseil, l'auteur du Geste et la Parole éclaire ici tous les pans de la vie en société et fait prendre conscience de l'industrieuse alliance entre la main et le milieu.
« Le terme de Berbère, écrivait Jean Servier, par lequel nous avons l'habitude de désigner les plus anciens habitants de l'Afrique du Nord est, en fait, un terme inadéquat puisque dérivé du grec barbaroi et, par-delà, du sémitique, puis de l'arabe brabra. Il désigne en premier des gens dont on ne comprend pas la langue. C'est une appellation méprisante donnée par un vainqueur à un vaincu ou par un voyageur sûr d'appartenir à une civilisation supérieure. Ce n'est pas le nom qu'un peuple se donne à lui-même. » Embrassant l'art, la civilisation, la population, la langue et l'histoire, cet ouvrage propose, pour reprendre les mots d'Ibn Khaldoun, « une série de faits qui prouvent que les Berbères ont toujours été un peuple puissant, redoutable, brave et nombreux ». À lire également en Que sais-je ?... [[Que_sais-je:La_guerre_d%27Alg%C3%A9rie-La guerre d'Algérie]], Guy Pervillé [[Que_sais-je:L%27ethnologie-L'ethnologie]], Sylvaine Camelin et Sophie Houdart
À travers l'étude du sacrifice, Hubert et Mauss s'intéressent au sacré et au rapport au sacré, dont l'étude ouvre une fenêtre sur la nature de la société puisque les choses sacrées sont choses sociales. À partir de l'idée de l'unité générique du sacrifice qui repose sur le postulat de l'unité du genre humain, la démarche suppose de s'intéresser à toutes les formes de sacrifices rituels pour en tirer le schème général ou type idéal. Ce parti pris méthodologique comparatiste, issu de l'école durkheimienne, fait toute l'originalité de l'essai à son époque et sa pertinence de nos jours, évitant les spéculations généalogiques qui établiraient l'antériorité d'une forme sur une autre. Ce texte classique permet de formuler une série de questions toujours actuelles pour l'ethnographie.
Héritière de la tradition des voyages, des découvertes et des explorations - des conquêtes aussi -, l'ethnologie est une discipline jeune mais qui n'a cessé de redessiner les frontières de son territoire d'étude. Si son champ d'analyse s'est longtemps limité aux sociétés dites "primitives", laissant à d'autres disciplines le soin d'élaborer une connaissance du monde occidental moderne, les transformations politiques et sociales radicales du XXe siècle l'ont conduite à une profonde remise en cause de son approche, au point que fut parfois claironnée la "fin de l'ethnologie"... Aujourd'hui pourtant, le regard de l'ethnologue, en se portant sur de nouvelles thématiques, n'a rien perdu de son acuité, car il interroge le "vivre-ensemble" : comment se construisent et se disent des manières d'être ensemble ? Comment des individus se reconnaissent-ils en des collectifs distincts les uns des autres ?
De la possession rituelle et du chamanisme à la Silicon Valley, l'anthropologie élargit aujourd'hui son champ d'observation. Elle réinterroge ses concepts et ses méthodes pour appréhender la complexité de notre monde contemporain en proie aux mouvements contradictoires d'une prolifération des diversités et d'une abolition des barrières. Cet ouvrage nous propose de suivre le travail de l'anthropologue, du choix d'un champ d'étude à l'écriture du résultat de recherches, en passant par les principales hypothèses théoriques de sa discipline, l'enquête de terrain, les concepts qu'il peut utiliser.
Entretiens : un exercice inhabituel pour l'auteur des "Mythologiques", plus familier des traités savamment ordonnés que des caprices de la conversation imprimée. Caprices qui lui donnent l'occasion de revenir sur les grands thèmes de sa réflexion : le statut de l'anthropologue, la question du "naturel", les fonctions de l'art dans les sociétés primitives et dans nos sociétés. Jouant le jeu de l'impromptu, tout en suivant le fil de sa pensée, il en propose une présentation claire et brillante, synthétique et précise, qui va à l'essentiel et ouvre de nombreuses portes. Ce texte est une introduction irremplaçable, sûre et complète, à la pensée du plus grand anthropologue de notre temps. Docteur ès lettres et sciences humaines, Georges Charbonnier était producteur délégué à France Culture et enseignant à l'université de Paris-I Sorbonne. Il a notamment publié Entretiens avec André Masson (1989) et Entretiens avec Jorge Luis Borges (1992). Claude Lévi-Strauss (1908-2009) est le fondateur de l'anthropologie moderne. Devenu célèbre avec Tristes Tropiques en 1955, il est nommé professeur au Collège de France en 1959, puis élu à l'Académie française en 1973.
Beaucoup de travaux de science politique se revendiquent de la méthode ethnographique, mais peu la définissent plus précisément ou en exposent les apports. L'objet de cet ouvrage est de prendre en compte le développement en science politique de cette méthode initialement conçue comme la méthode propre à l'anthropologie. Il s'appuie sur les contributions de chercheurs et chercheuses spécialistes qui se fondent sur cette méthode dans leur étude de certains objets canoniques de la science politique. Qu'apporte de travailler de manière ethnographique sur des élections, des partis politiques, des événements protestataires, des moments révolutionnaires ou des modes informels de politisation ? Comment cette méthode permet-elle de mieux saisir des politiques culturelles dans le contexte de leur internationalisation ? Dans quelle mesure une ethnographie de la circulation des idées politiques peut-elle en affiner l'étude ? Dans quelle mesure la méthode ethnographique permet-elle de travailler de manière critique sur l'État, les pratiques administratives et les rapports entre bureaucrates et usagers ? Telles sont certaines des questions que les auteurs et autrices de ce livre se sont attaché·es à traiter. Ce faisant, ils et elles s'efforcent également de montrer comment cette méthode met en dialogue la science politique avec l'anthropologie, la sociologie ou l'histoire, réaffirmant ainsi l'idée de sciences sociales.
L'auteur, un jeune ethnologue, est envoyé à Berkeley dans les années 1980 pour enquêter sur l'« écologie humaine ». À la suite de Henry David Thoreau et de Henry Miller, il vit dans une communauté de Big Sur des aventures tendres et cocasses que le regard aigu de l'ethnologue et son écriture curieuse et amusée transforment en une sorte de fable écologique. On se laisse emporter avec bonheur par cette relecture de nous-mêmes où l'on retrouve à la fois nos inquiétudes, notre modernité et nos espoirs. Sortant de cet ouvrage éminemment humain et politique, on se demande surtout pourquoi on n'a pas écouté ni pris au sérieux ces « rêveurs d'avenir » qui, il y a quarante ans de cela, nous avertissaient déjà de l'état catastrophique dans lequel nous nous trouvons aujourd'hui. Un récit candide et vif sur un essai de construction d'un monde plus vivable et respectueux de la nature, un texte en résonance avec les débats actuels.
Le besoin d'empathie n'a jamais été aussi grand, à hauteur de la réponse nécessaire à la peur de l'autre et aux appels à son rejet, dans les urnes tout comme dans la rue. Ce que peut en dire l'anthropologue (ou l'ethnologue, c'est-à-dire l'anthropologue lorsqu'il mène ses enquêtes de terrain) n'est pas de l'ordre du jugement, de l'indignation ou de la compassion. C'est le récit d'une expérience : le monde vu depuis le lieu qu'occupent celles et ceux que Michel Agier rencontre, sur son « terrain ». Tout commence donc par la décision d'une rencontre, puis d'un échange et enfin d'une description du monde sans début ni fin, comme un exercice à la fois utile, permanent et accessible à toutes et tous. Tout ce qu'il peut comprendre, le savoir qu'il peut produire et transmettre, l'anthropologue le doit à l'histoire renouvelée d'une rencontre et d'une relation qui s'établit avec le monde qu'il découvre. Une relation qui, par méthode, le conduit vers l'empathie, seul moyen d'échapper aux préjugés et aux idées reçues.
Pourquoi les hommes se mirent-ils à cultiver des végétaux qui poussaient en abondance autour d'eux ? Et comment l'idée d'une transformation de plantes sauvages en domestiques a-t-elle pu germer à l'esprit pour la première fois ? Le présent ouvrage apporte une nouvelle réponse à ces vieilles questions. Il montre que la mise en culture des plantes au Proche-Orient ne répondit pas à des soucis de sécurité alimentaire. Elle reflète un désir de transférer les forces vitales des défunts vers les plantes germant sur les sépultures. Il y a plus de 12 000 ans, un pareil stimulus conduisit à la constitution de lignées de graines-ancêtres d'où surgirent progressivement les premières plantes domestiques. En parallèle, la relation entre l'univers mortuaire et les plantes en domestication amorça une révolution des mentalités dont les religions et mythologies du Proche-Orient, de l'Égypte et de la Grèce ont préservé la mémoire. S'appuyant sur les découvertes de l'archéologie et de la biologie les plus récentes, cet ouvrage invite à découvrir un univers mental aussi subtil qu'éloigné des motivations purement pragmatiques, et fondateur des premières civilisations. Il dévoile au nom de quoi l'homme s'est positionné au centre d'un nouveau monde façonné par ses ancêtres, une place qu'il n'abandonnera plus jamais.
Bénarès, Banaras, Kasi ou Varanasi, est sans doute la ville indienne la plus célèbre, symbole d'une « Inde éternelle » hindoue, rythmée par les flots du Gange. Cet ouvrage s'intéresse à la manière dont cette « idée de Bénarès » (M. S. Dodson), souvent présentée comme immémoriale, est en fait et avant tout un produit de la modernité, construit en dialogue avec les enjeux sociaux qui traversent la ville. Bénarès tient ainsi davantage d'une multiplicité de « lieux de mémoire », selon la formule de Pierre Nora, que du symbole monolithique et sacré de l'hindouisme, tant y cohabitent de nombreux acteurs, monuments et espaces significatifs de mémoires collectives, locales comme globales.Les contributions d'historiens, anthropologues, sociologues et politologues réunies ici abordent Bénarès autant par l'histoire coloniale et post-coloniale que par les études des pratiques contemporaines. L'ouvrage fait dialoguer les représentations régionales comme nationales (via le cinéma) et internationales (à l'instar de la communauté hindoue de l'île Maurice et de générations d'artistes et voyageurs européens), dévoilant, par-delà l'image archétypale de la ville, un entrelacs de communautés, de savoirs et savoir-faire ainsi que d'imaginaires, eux-mêmes objets de divergences, voire de controverses.À rebours des clichés et stéréotypes sur son apparent « immobilisme », Bénarès apparaît comme un lieu de débats politiques, de conflits religieux et d'enjeux sociaux qui ont participé à transformer et redéfinir le sous-continent indien jusqu'à nos jours.
Avec La Mouridiyya en marche, Cheikh Anta Babou nous invite à faire un voyage captivant au coeur des migrations et des transformations culturelles d'un ordre soufi emblématique. L'étude retrace plus de cinquante ans d'histoire de la confrérie mouride, en explorant son rayonnement transnational à travers le prisme de la mobilité urbaine et des dynamiques culturelles. S'appuyant sur des archives multilingues collectées dans cinq pays et une riche tradition orale, l'auteur propose une analyse novatrice des migrations musulmanes et de l'adaptation des Mourides dans des contextes variés, de l'Afrique de l'Ouest aux États-Unis en passant par l'Europe. Histoire, sociologie et anthropologie, s'enchâssent pour mieux mettre en lumière la manière dont les Mourides créent des espaces d'identité religieuse à travers des pratiques culturelles telles que l'habillement, la musique dévotionnelle et la construction de récits sacrés. Nous découvrons grâce à cette étude transnationale comment la confrérie s'est adaptée et a prospéré dans des contextes aussi divers que les villes sénégalaises, ivoiriennes, gabonaises, françaises et américaines depuis la Seconde Guerre mondiale. L'examen des stratégies employées par les immigrants mourides pour s'intégrer dans leurs sociétés d'accueil, tout en maintenant leur identité et leurs valeurs révèle des enjeux contemporains et donne des clés inédites pour explorer la richesse de cet ordre soufi.
Tziganes, Gitans ou Roms : quel que soit le terme pour les désigner, ils comptent parmi les peuples les plus incompris de la planète. Tantôt crainte, décriée, idéalisée ou méprisée, cette diaspora de douze millions de personnes reste encore largement méconnue. Le livre d'Isabel Fonseca lui rend hommage, s'imposant comme un document et un témoignage exceptionnels. À travers une formidable galerie de portraits, l'auteur, qui a sillonné les routes d'Albanie, de Slovaquie et de Roumanie, nous fait partager leur diversité, leurs traditions, leur langue, leur vitalité et leurs peurs. Elle retrace l'exode de ce peuple depuis l'Inde, il y a mille ans, et la terrible persécution dont il a toujours été victimes : réduit à l'esclavage par les souverains de la Roumanie médiévale, massacré par les Nazis, assimilé de force par les régimes communistes, chassé de leurs territoires par les nationalistes en Europe de l'Est et, plus récemment, de l'Ouest. Boucs émissaires ou figures de l'imaginaire romantique, les Tziganes font partie intégrante de notre univers, mais aucun livre ne les avait approchés de manière aussi vivante et humaine. Traduit dans le monde entier, aujourd'hui enrichi d'une postface inédite, Enterrez-moi debout est un classique indispensable.« Ce livre fascinant dévoile un monde à la fois ignoré et secret, persécuté et inconnu. » Salman Rushdie« Un ouvrage passionnant qui tient autant du récit de voyage que de l'enquête ethnographique. » Libération« Ni larmoyant ni prosélyte, un formidable témoignage sur la condition des Tziganes au lendemain de l'effondrement du bloc communiste. » L'Express
« Je suis convaincu que nombre d'entre nous avons cette faculté de pouvoir soigner le vivant d'une manière ou d'une autre. Plus nous serons nombreux, mieux la planète se portera. » Grégory Taane est un être rationnel. Rien dans sa culture familiale, son mode de vie ou ses aspirations n'aurait dû le pousser à échanger avec un arbre ou soigner des patients avec cette « énergie du vivant universel », aussi mystérieuse qu'impalpable, qu'il évoque dans cet ouvrage. Esprit carré, formé à la rationalité scientifique, marié à une médecin, ce kinésithérapeute se perçoit aujourd'hui comme un intermédiaire bienveillant qui aide les patients à se soigner, sans magie ni superpouvoir, grâce à une énergie qu'il capte et retransmet. Un apprentissage semé de doutes et d'émerveillements que Gregory Taane accepte de décrire, sans fards, loin des mystifications new age trop souvent associées à la pratique.
Ce livre est d'abord l'histoire d'une rencontre, celle entre l'auteur, Sorel Eta, et les Aka. Sorel Eta est un Bantou, ethnie dominante qui, comme il le raconte lui-même, méprise habituellement les Pygmées Aka, peuple de la forêt du Nord-Est de la République Démocratique du Congo. C'est donc d'abord l'histoire d'amitiés réciproques enjambant les préjugés, de part et d'autre. C'est aussi celle d'une aventure commune car Sorel Eta a créé avec ses amis un groupe musical se produisant à l'international, Ndima. Les Pygmées sont en effet célèbres pour leurs chants polyphoniques, une tradition musicale vocale complexe, basée sur la transmission orale, forme complexe de polyphonie contrapuntique à quatre voix, maîtrisée par l'ensemble des membres de la communauté. C'est enfin la découverte progressive par l'auteur de l'art de vivre en forêt propre aux Aka. À ses côtés, nous découvrons leur art de la chasse et de la cueillette du miel sauvage, leurs croyances, les relations entre hommes et femmes, leur usage de la magie, leur art très particulier de se déplacer plus rapidement que quiconque dans la forêt... Sorel Eta offre ainsi aux lecteurs un condensé d'humanité riche d'enseignements.
À l'heure où l'Amazonie connaît une crise majeure affectant la planète dans son ensemble, il est indispensable de (re)lire ce classique de l'anthropologie de la nature, qui a fait l'objet d'un nouveau travail éditorial et propose une préface inédite. Isolés dans la forêt du haut Amazone, les Jivaro Achuar d'Amazonie équatorienne domestiquent dans l'imaginaire un monde sauvage qu'ils ont peu transformé. En peuplant la jungle, les rivières et les jardins de parents animaux et végétaux qu'il faut séduire, contraindre ou cajoler, cette ethnie guerrière donne à la nature toutes les apparences de la société. À partir d'une ethnographie minutieuse de l'économie domestique, l'auteur montre que cette écologie symbolique n'est pas réductible à un reflet illusoire de la réalité, car elle influence les choix techniques des Achuar et, sans doute même, leur devenir historique.
Voici un travail encyclopédique présentant les traditions marocaines, l'essentiel de leur esprit et de leur âme. Les traditions, rites et coutumes marocains sont aussi nombreux que d'origines multiples : berbères, juives, arabes, africaines, méditerranéennes...Les richesses sont celles de plusieurs sociétés en une seule, sociétés paysannes, microsociétés de climat très froid en montagne, société berbère, sociétés citadines avec leurs particularités...Ce livre est l'expression d'une passion pour ce pays, ses habitants, son climat, sa lumière : Maroc éternel, Jardin des Hespérides avec ses pommes d'or. Le monde entier passe par le Maroc. Ce livre permet de le sentir et le savourer !
« Que restera-t-il de l'humanité lorsque toutes nos forêts auront été brûlées, nos rivières asséchées, nos ressources naturelles épuisées ? » L'itinéraire de l'Indonésien Iwan Asnawi, qui a renoncé à son métier d'avocat pour devenir guérisseur, est extraordinaire à plus d'un titre. Iwan Asnawi a grandi dans la jungle indonésienne, sur un territoire qui deviendra l'un des plus déforestés de son pays, et socialement le plus dangereux. Par son histoire, il est le témoin de la vie politique de son pays, des conséquences écologiques, culturelles et sociales désastreuses de la déforestation massive imposée par la dictature militaire qui a sévi pendant plus de trente ans en Indonésie. Cet ouvrage rend honneur à l'histoire indonésienne, à ses clans, à ses croyances, à son syncrétisme spirituel si étonnant d'un point de vue européen. On comprend que détruire la jungle, c'était détruire une spiritualité ancestrale. Mais Iwan est animé par l'espoir d'un avenir possible, qui renouerait avec les valeurs qui ont construit l'identité indonésienne, dont de nombreux clans spirituels perpétuent aujourd'hui la transmission.
Betty Mindlin est arrivée en mai 1979 chez les Suruí, le long de la BR-364 qui relie Cuiabá à Porto-Velho, alors qu'ils conservaient encore intactes leurs coutumes et leur système traditionnel. Lors de ce premier séjour, elle a rencontré un paradis. On pourrait dire que les habitants du paradis l'ont trouvée à leur goût. Pas un jour où elle ne fut demandée en mariage malgré la protection et la prude affection du chaman Náraxar. C'est là, à l'abri des ocas, grandes maisons communautaires, entre les corps invitants de l'intérieur et les fantômes de l'extérieur, enveloppée par un choeur de rires amicaux, entre invites, jalousie, menace, cajoleries et petits travaux de la vie quotidienne, qu'elle apprend tout de ses hôtes et se découvre dans sa vérité de femme blanche et de mère éloignée des siens. Au long de sept voyages, elle connaît avec eux la guerre contre les trafiquants de diamants, la modernisation et la découverte du travail salarié...
Grand classique de l'histoire de l'anthropologie française du XVIIIe siècle, l'ouvrage de Michèle Duchet, professeur à l'ENS de Fontenay, a paru pour la première fois en 1971. En analysant les pensées sur l'homme de Buffon, Voltaire, Rousseau et Diderot, Michèle Duchet y définissait la nature de ce nouveau savoir encore profondément marqué par la philosophie. La postface de cette nouvelle édition, signée par l'historien de l'anthropologie Claude Blanckaert, nous rappelle le contexte intellectuel de cette publication et son importance dans les vifs débats de ces trente dernières années autour de la question de l'homme. Entre anthropologie structurale et "mort de l'homme", Michèle Duchet aura plaidé pour un humanisme pratique.
Dans la salle des urgences, considérée comme l'un des rares espaces universels au sein d'une société fragmentée, les équipes cliniques rencontrent une multitude de patients aux valeurs et aux croyances diverses. Malgré les contraintes matérielles et temporelles dans un contexte souvent difficile, les soignants doivent s'engager dans un dialogue éthique, à la recherche du bien-être de chacun. Cet ouvrage relate l'enquête ethnographique inédite qu'a menée l'auteur sur la vie quotidienne aux urgences. Il rend compte de quelle manière, dans cet environnement pluraliste, les professionnels de la santé trouvent des solutions et s'adaptent aux particularités des patients pour leur garantir des soins optimaux.
Au premier plan de l'actualité nationale, les sept millions de Kikuyu, principal groupe bantou du Kenya, sont connus depuis l'insurrection mau-mau de 1952 qui aboutit en 1963 à l'indépendance de cette ancienne colonie britannique. Près d'un demi-siècle plus tard, Michel Adam fait une incursion dans l'intimité de l'obscur chez les habitants paisibles de la circonscription d'Othaya, au pied du célèbre mont Kenya. Évoquant la mémoire toujours vivante d'un passé récent, l'auteur s'attache à décrire les transformations de la modernité : des rituels qui s'effacent, un patrimoine festif dissous dans les antiennes des nouvelles Églises, les tressaillements des conflits sociaux contemporains. Mais il laisse avant tout la parole à la nuit : l'amour et les contes, la chasse et la collecte du miel, les fantômes et les sorciers. L'aube et le crépuscule sont de faibles frontières entre soleil et lune qui se livrent un éternel combat. Accompagné par les illustrations de l'auteur, et guidé par un texte qui fourmille de notes précises et passionnantes, le lecteur voit la gazelle dik-dik, écoute l'engoulevent au crépuscule, sent le parfum des fleurs mellifères, goûte la garbure et (comme le disent les Kikuyu dans leur langue) « caresse les vaches » (guthathaya). Tout est dit avec la discrétion qui nous permet d'écouter chuchotements, non-dits et silence de cet « autre monde ».
Âgé de cinquante ans, Wayne a vécu plusieurs morts et plusieurs renaissances. Arraché à sa mère au berceau pour être placé dans une « école résidentielle » dans la province du Saskatchewan, au Canada, il a subi comme des milliers d'enfants autochtones un processus d'assimilation forcée qui l'a conduit sur le chemin de l'auto-destruction. Si la natation lui permet un temps de s'intégrer dans une culture qui n'est pas la sienne, ses bienfaits ne s'avèrent pas durables face au traumatisme qu'il a subi. Sa vie bascule lorsqu'il rencontre Tony, un homme-médecine qui va lui transmettre l'héritage spirituel et culturel de sa tribu d'origine, les Fishing Lake First Nation. Commence alors son initiation à la « voie rouge », dont il nous transmet les précieux enseignements dans cet ouvrage.
Pour l'anthropologue Bernard Arcand, écrire Les Cuivas a été le projet de toute une vie : celui d'offrir à un large public un portrait intime d'une petite population de chasseurs-cueilleurs nomades vivant dans les Llanos, en Colombie. À la fin des années 1960, à l'époque des ferveurs révolutionnaires, le jeune anthropologue a vécu deux ans avec les Cuivas, partageant leur quotidien et étudiant leur rapport au monde. Il a tiré de cette expérience une réflexion inspirante sur les problèmes classiques de l'anthropologie sociale : les causes de la richesse et des inégalités, l'origine de la hiérarchie, l'organisation de l'espace et du temps, l'identité collective ou individuelle.
Il [existe] une autre façon de plaider pour la protection de notre planète: exiger de la communauté internationale la reconnaissance du bien-être environnemental comme un droit humain fondamental. Sans la jouissance d'un climat stable et sécuritaire, les peuples ne peuvent exercer leurs droits économiques, sociaux et culturels. Pour les Inuit, comme pour nous tous, c'est ce que j'appelle «le droit au froid». Cette formule singulière du «droit au froid» concentre bien tout l'esprit de la lutte que Sheila Watt-Cloutier a menée durant plus d'une vingtaine d'années sur la scène internationale pour faire des changements climatiques un enjeu de droits humains. C'est d'ailleurs sous sa présidence au Conseil circumpolaire inuit qu'une pétition en ce sens a été déposée en 2005 auprès de la Commission interaméricaine des droits de l'homme, la première action juridique internationale du genre. Comme la culture et l'autonomie économique des Inuit sont tributaires du froid et de la glace, le réchauffement planétaire d'origine anthropique constitue une négation de leurs droits sociaux, culturels et sanitaires. «L'impact des changements climatiques sur l'Arctique est un signe précurseur de ce qui attend le reste du monde», dira-t-elle. De son enfance à Kuujjuaq, dans le nord du Québec - à une époque où la culture inuit traditionnelle du transport en traîneau à chiens et de la chasse sur glace était encore dominante -, à son engagement pour l'environnement dans les instances internationales, Le droit au froid est le récit d'une femme inspirante, devenue un modèle de leadership pour le XXIe siècle.