Linguistique
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Et si l’art de bien parler était la clé de la démocratie et de la justice ? Plaidoyer pour la rhétorique de Maurice Garçon, avocat légendaire et membre de l’Académie française, réhabilite avec brio la puissance de la parole structurée.
C'est avec ce court essai que Chomsky fait irruption, en 1967, sur la scène politique américaine comme principal critique de l'impérialisme américain. Décrit comme « la pièce la plus influente de la littérature anti-guerre », ce texte pose les jalons de ce qui sera le combat de tout une vie et de toute une génération. Fondateur dans la pensée de l'auteur et cardinal pour toute analyse du statut d'intellectuel, cet essai reste d'une dérangeante actualité : celles et ceux qui se mettent au service du pouvoir (États et multinationales) choquent d'autant plus qu'ils jouissent de plusieurs privilèges notoires, ceux d'avoir eu « le loisir, les infrastructures et la formation nécessaires pour rechercher la vérité qui se cache derrière le voile de distorsion et d'altération, d'idéologie et d'intérêt de classe à travers lequel les événements de l'histoire en cours sont présentés » Parce que ces privilèges donne aux intellectuels des possibilités inaccessibles au commun, celles-ci leur imposent des responsabilités impérieuse et une mission : éclairer ses lecteurs, et d'abord ses contemporains. L'article fondateur (inédit en français) est complété dans notre édition par les commentaires et actualisations que l'auteur a donnés à l'occasion de son cinquantenaire. Un essai qui redonne tout leur sens aux mots « responsabilité » et « intellectuel », salutaire dans un pays où les intellectuels (de gauche) sont coutumiers de la trahison de leurs idéaux.
De quoi le genre est-il fait ? De langage, comme le montre l'approche de Judith Butler ? Ou de matière, si l'on suit le courant néo-matériel ? Luca Greco, sociolinguiste et spécialiste en études de genre, nous propose ici une nouvelle issue à ce débat qui a divisé les études queer ces dernières années. Remettant en cause les contours entre matière et langage, Luca Greco questionne les frontières entre humain et non-humain, et redéfinit ce que sont le genre et le langage. À travers de nombreux exemples - les mouvements éco-transféministes, les relations entre virilité, nationalisme et alimentation, le statut du foetus dans les échographies prénatales ou dans les gender reveal parties, les campagnes contre le droit à l'avortement ou les interactions entre travesties et partenaires dans les espaces de rencontre en ligne -, ce livre nous invite à penser le genre comme un assemblage multi-matériel, à queeriser l'humain, et à adopter une vision holistique pour rendre compte de l'accomplissement de toute pratique sociale, y compris le genre.
« C'est quoi déjà le mot en français ? » Qui ne s'est pas déjà posé cette question... De fait, les anglicismes envahissent notre quotidien, nos dictionnaires, notre langue. Je n'ai pourtant rien contre l'anglais. Rien du tout. Je suis simplement un amoureux de la diversité culturelle. Or, nous sommes en train de passer d'un échange jubilatoire avec les langues du monde à la domination d'une seule d'entre elles, avec un risque réel de standardisation et d'uniformisation. Le problème n'est pas seulement linguistique. Il est aussi social et politique. Car si l'anglais est souvent considéré comme la langue de la modernité, il peut être aussi perçu comme celle de l'impérialisme et d'un capitalisme sans foi ni loi.
Dans ces entretiens enregistrés pour France Culture de 1991 à 1996 à l'Infirmerie Spéciale de la Préfecture de Police puis à l'hôpital Sainte-Anne, Marcel Czermak, psychiatre psychanalyste, et Jean Daive, écrivain, radiographient ensemble, chacun dans son registre de parole - analytique pour l'un, phonétique pour l'autre -, un nouveau « malaise dans la civilisation », tel que le donnent à interpréter les pathologies psychiques auxquelles Marcel Czermak est confronté aux urgences psychiatriques : disparition, délire de négation, égarement, phobie, traumatisme, deuil, mélancolie, psychose... Les patients sont parfois présents dans la pièce, et leurs voix donnent relief à ce que Fitzgerald nommait « la fêlure » (The Crack up), ces coups qui viennent du dedans et « qu'on ne sent que lorsqu'il est trop tard pour y faire quoi que ce soit ». Écouter, soigner en écoutant, entendre les bouches qui ne parlent pas ou qui parlent sans s'ouvrir est le travail de Marcel Czermak. La clinique et la pratique de la cure lui permettent de faire apparaître les structures individuelles et transindividuelles à partir desquelles se lève un diagnostic sombre sur notre temps.
Yves Bonnefoy (1923-2016) est l'auteur de nombreux poèmes, mais il a aussi été traducteur de Shakespeare, de Yeats et de Keats pour le domaine anglophone, de Pétrarque, de Leopardi et de Pascoli pour l'italien. Il a également livré des réflexions et travaux critiques, tant sur la poésie que sur la traduction. Par ailleurs, les oeuvres de Bonnefoy lui-même ont été traduites dans de nombreuses autres langues-cultures. Pour célébrer le centenaire de la naissance de ce poète-traducteur, des spécialistes de différents pays (France, Italie, Chine...) qui ont, pour certains, connu Yves Bonnefoy et collaboré avec lui, présentent ici un panorama de l'oeuvre d'Yves Bonnefoy qui permet de donner une idée de l'étendue de son travail de poète-traducteur et de critique de la traduction, ainsi que de sa postérité dans une langue éloignée comme le chinois.
Gabriela Mistral découvre la Provence par la lecture des poèmes de Frédéric Mistral à l'âge de 15 ans, alors qu'elle vit au Chili. Habitée, dès lors, par des paysages imaginés qu'elle fusionne avec ceux de sa terre natale, elle commence à écrire. Devenue poétesse et chroniqueuse, elle s'installe dans le sud de la France pendant la seconde moitié des années 1920, à la faveur de missions diplomatiques. Elle réside à Aix-en-Provence, à Bédarrides, à Nice. Ces séjours prolongés - escales dans sa quête de chaleur - attisent sa production littéraire en vers ou en prose, alimentent le flux constant des correspondances qu'elle entretient avec les intellectuelles et les intellectuels de son temps, et avec ses proches.En 1945, Gabriela Mistral reçoit le prix Nobel de littérature. Quatre-vingts ans après cette distinction, Benoît Santini rend hommage à la poétesse en retraçant son cheminement intime et créatif au coeur de la Provence.
En traduisant Eugène Onéguine de Pouchkine, Nabokov propose une version littérale en anglais très contestée. Ce travail de près de vingt ans le conduit à une rupture avec son ami et critique littéraire Edmund Wilson. Au-delà de leur querelle, c'est la possibilité même de la traduction qui est interrogée. Ce volume, qui réunit tous les essais de Nabokov sur la traduction, retrace l'évolution de la pensée traductive du grand auteur multilingue, jusqu'à sa défense radicale du littéralisme. Une plongée dans l'histoire de la traduction au travers d'une traduction, qui a fait date.
Au fil du temps, la langue française que nous parlons et écrivons aujourd'hui s'est enrichie de multiples influences. Sans oublier les racines indo-européennes de son origine qui seront fortifiées par la puissance du latin sous toutes ses formes évolutives, puis du gallo-roman et du roman qui précède l'ancien français. Aujourd'hui encore, en ce début de XXIe siècle, il suffit de parcourir notre pays en prenant le temps de se baguenauder et de bavarder avec quelques autochtones " du coin " pour vérifier qu'il existe ici et là des vocables imagés que l'on ne comprend pas forcément d'un bout à l'autre de l'Hexagone. Mais chacun de ces termes possède une force évocatrice, qu'elle soit affective, émouvante ou amusante. Ce livre a pour objectif de les faire vivre et de leur redonner force et vigueur.
Philosophia facta est quæ philologia fuit (ce qui était philologie est devenu philosophie) sont les derniers mots de la leçon inaugurale sur Homère et la philologie classique que Nietzsche prononça le 28 mai 1869, lors de son entrée comme très jeune professeur à l'Université de Bâle. Il s'agit de l'inversion d'une phrase de Sénèque qui déplorait que ce qui autrefois était philosophie était désormais devenu philologie. À travers l'examen de la question homérique, Nietzsche énonce donc l'exigence de donner un sens philosophique au travail philologique. La même expression revient dans l'avant-propos du cours Encyclopédie de la philologie classique que Nietzsche tint en 1871 et qui est publié ici pour la première fois en traduction française d'après les manuscrits originaux. Le terme « encyclopédie » indique, selon l'usage de l'époque, un compendium de la discipline et de ses méthodes, « une carte qui sert à s'orienter », comme l'écrit Nietzsche. Dans le cadre de notre édition, ce volume fait également office d'introduction à d'autres cours tenus par Nietzsche, car un certain nombre de sujets ici présentés réapparaîtront dans d'autres cours et écrits. Mais surtout, cette Encyclopédie nous permet de comprendre quelle est la fonction philosophique de la philologie qui, en faisant revivre la culture de l'Antiquité, est en mesure de produire un renouvellement profond de la culture du présent. On pourrait supposer que le renouvellement auquel Nietzsche fait allusion ici correspond à celui présenté dans son premier livre, La Naissance de la tragédie, qu'il était d'ailleurs en train d'écrire à la même période. Mais la renaissance à laquelle pense le jeune professeur de philologie est en réalité assez différente de celle énoncée par le philosophe et publiciste wagnérien. Ce cours nous restitue ainsi un Nietzsche inédit qui nous permet de mieux comprendre son détachement futur à l'égard du mythe germanique et de la métaphysique de l'artiste de La Naissance de la tragédie.
Pourquoi les personnes courageuses ont-elles des couilles, alors que les mauviettes doivent s'en faire pousser une paire ? Pourquoi dit-on d'une femme qu'elle tombe enceinte, mais d'un homme qu'il la met enceinte ? Pourquoi les femmes sont-elles bavardes comme des pies si ce sont les hommes qui mecspliquent ? D'où vient notre tendance à disséquer les femmes en un panier de fruits : des melons ou des prunes à la poitrine, une peau d'orange, la cerise pour l'hymen ? Pourquoi les blagues de blondes font-elles rire ? Depuis combien de siècles les femmes sont-elles hystériques ? Pourquoi l'homme est-il conquérant quand la femme est facile ? La réponse à ces questions et à bien d'autres se trouve dans ce Dictionnaire critique du sexisme linguistique, recensant des centaines d'expressions sexistes. Un projet qui invite les féministes à passer des actes à la parole ! Suzanne Zaccour et Michaël Lessard vous invitent à la rencontre d'une trentaine de voix féministes québécoises de différents milieux, qui relèvent le pari de faire rire, sourciller, décrier, sourire et grimacer avec des textes aussi riches que colorés. Avec la collaboration de : Dorothy Alexandre, Dalila Awada, Isabelle Boisclair, Marie-Anne Casselot, Catherine Chabot, Sarah R. Champagne, Élise Desaulniers, Audrey-Maude Falardeau, Catherine Dussault Frenette, Rosalie Genest, Marilyse Hamelin, Naïma Hamrouni, Céline Hequet, Caroline Jacquet, Sarah Labarre, Diane Lamoureux, Louise Langevin, Louise-Laurence Larivière, Widia Larivière, Annick Lefebvre, Judith Lussier, MamZell Tourmente, Catherine Mavrikakis, Emilie Nicolas, Florence Ashley Paré, Julie Podmore, Marie-Michèle Rheault, Sandrine Ricci, Camille Robert, Annelyne Roussel, Marie-Ève Surprenant, Cathy Wong, Suzanne Zaccour
Loin d'aborder uniquement les métiers et les formations en milieu scolaire, l'orientation doit de plus en plus composer avec le renouvellement de questions classiques (faut-il promouvoir le remplissage des filières, au risque de reproduire leur composition sociale ? Doit-on inciter les élèves à anticiper leur professionnalisation, et soumettre ainsi le système éducatif aux évolutions projetées des marchés du travail ?) comme avec l'émergence d'interrogations plus récentes en matière d'inégalités sexuées de parcours, d'autocensure des élèves de milieux populaires, d'inclusion scolaire et professionnelle des élèves en situation de handicap... En individualisant leur accompagnement et en reconnaissant l'importance du développement personnel dans la fabrique des choix scolaires et de ce qu'ils autorisent, les conseillers d'orientation de l'Éducation nationale - devenus les psychologues de l'Éducation nationale depuis la circulaire d'avril 2017 - consolident à leur manière une conception psychologisante du « projet » de l'élève. Prescripteurs d'orientations institutionnelles dans un secteur scolaire soumis au feu de la critique, ouvert à d'autres formes d'interventions, n'illustrent-ils pas une mission et un « métier impossible » dans une conjoncture où l'institution scolaire n'en finit pas de chercher à se recomposer ?
Après une duodécennie d'enseignement et de recherche au Collège de France, Jean-Noël Robert retrace avec enthousiasme son parcours consacré à la philologie japonaise. Grâce à ce domaine d'étude, il a pu mettre en lumière la dialectique sino-japonaise scellée par la doctrine bouddhique qui, du haut Moyen Âge à l'époque moderne, a insufflé sa dynamique à la civilisation du Soleil levant. Cette dialectique s'est traduite par un apport fondamental de la culture écrite chinoise dans les sphères à la fois littéraires et religieuses dont le Japon a su éviter l'emprise totale en instituant, dès les plus anciens textes, la langue japonaise comme langue des dieux autochtones, et donc irréductible à l'apport continental. Au-delà de l'exemple sino-japonais, l'auteur propose d'étendre son approche « hiéroglossique » à d'autres aires culturelles et linguistiques pour mieux comprendre notre monde actuel.
Depuis plus de soixante ans, des chercheurs du monde entier collaborent à une vaste entreprise de description et d'analyse des langues humaines au sein de ce qu'on a appelé la « linguistique générative ». La question fondatrice de ce programme de recherche est liée au caractère illimité des capacités linguistiques. Elle conduit à la formulation d'hypothèses sur la combinatoire syntaxique, son noyau invariant, les mécanismes de variation à travers les langues ainsi qu'à la production d'une cartographie précise des structures étudiées. Bien que complexes, ces structures peuvent être ramenées à l'application récursive de mécanismes extrêmement simples, objet d'étude du Programme minimaliste. Ce domaine de recherche se nourrit aussi des études très éclairantes sur l'acquisition du langage menées dans un cadre interdisciplinaire de sciences cognitives.
La rhétorique des Anciens avait tout pour intéresser Nietzsche : elle fut décisive pour l'élaboration d'une prose ouvragée, donc de la littérature ; elle touchait aux relations de puissance entre les hommes et aux conditions historiques, sociales et politiques d'une culture ; elle s'incarnait dans une éloquence magnifiée par des personnalités singulières, rivalisant dans des joutes mordantes ; enfin, elle fut prise rapidement dans un conflit avec la philosophie, conflit dont Platon traça les lignes de front pour la suite des temps. Les cours sur la rhétorique que Nietzsche donna à l'Université de Bâle nourrissent sa réflexion sur la culture, la puissance, les types psychologiques, la littérature et le langage, tout autant qu'ils l'ont aidé à modeler son propre style d'écrivain. Le présent volume offre pour la première fois en France la traduction de la totalité de ces cours dans leur version intégrale, élaborée de manière critique à partir des manuscrits, et accompagnée de présentations et d'explications facilitant leur compréhension par le lectorat non spécialiste de l'Antiquité gréco-romaine.
Alors que la Théorie Interprétative de la Traduction fondée par Danica Seleskovitch et Marianne Lederer a d'abord été élaborée en vue de la formation des interprètes, dont le travail vise avant tout à l'efficacité pratique, l'apport de Fortunato Israël, angliciste de formation et auteur d'une thèse sur les traductions françaises de Shakespeare, a consisté à élaborer des concepts et des procédures prouvant que cette théorie reste pertinente en matière de traduction littéraire. En littérature, la forme revêt une importance primordiale : une oeuvre ne saurait se réduire à la transmission d'un message. Avoir à tenir compte de l'union étroite de la forme et du sens oblige donc le traducteur à prendre des risques et à faire preuve de créativité. Selon quelles démarches, quelles règles et dans quelles conditions ? C'est ce qu'expose ce livre dont l'auteur, opérant un choix dans ses nombreux travaux, avait arrêté le plan peu avant sa disparition. Les concepts qu'il élabore ici sont au coeur de la traductologie moderne et de l'enseignement de la traduction.
Langue vivante et ô combien vivace, le français évolue et se transforme en se nourrissant de néologismes, voire de barbarismes, de dialectes, de patois et de moult mots puisés aux meilleures sources d'autres cultures. Nombreux sont les mots qui ne figurent plus dans les dictionnaires usuels de ce début de XXIe siècle. Des vocables que l'on a bêtement laissés choir en favorisant un fringuant synonyme badigeonné d'une modernité éphémère. Les parlers familiers ou populaires reposent tous, à leur origine, sur la seule pratique orale du langage. Il en existe une multitude, liés à une région, ou, surtout, à une corporation : l'argot, le canut, le faria, le jargon, le largonji, le louchébem, le verlan, et bien d'autres... Amoureux du verbe, Daniel Lacotte, convoque dans cet ouvrage les mots que l'on croyait perdus. Grâce à eux, tout propos qui aurait pu être banal prend sensibilité, extravagance, charme, cocasserie, vivacité, élégance et finesse.
Plato amicus sed - (« Platon est un ami, mais - ») : le frontispice calligraphié du grand cours que Nietzsche donna sur Platon à l'Université de Bâle, dès l'hiver 1871-1872 et jusqu'à la fin de son activité de professeur de philologie, dit déjà l'essentiel. Platon a toujours obsédé Nietzsche, lequel fit de lui son plus grand adversaire. Les oeuvres publiées ou destinées à la publication par Nietzsche portent régulièrement la trace de cette joute philosophique. Mais celle-ci s'est nourrie d'un cours de philologie, dont on donne ici pour la première fois une traduction française intégrale, élaborée de manière critique à partir des manuscrits. Platon, de la « génération de la peste », comme le souligne à maintes reprises le cours, y est sourdement mis en opposition à Thucydide, comme le fera explicitement par la suite le Crépuscule des idoles. Mais le philosophe athénien est surtout réintégré dans le complexe littéraire spécifique de l'Antiquité, qui ne produisait pas de « littérature » à proprement parler, ce qui permet de dégager la figure d'un Platon comme « révolutionnaire de la plus radicale espèce ». À côté de ce cours se trouve en outre une courte et dense introduction de Nietzsche pour l'étude de l'Apologie de Socrate, trop méconnue à ce jour. Appuyée sur ses connaissances en rhétorique (domaine auquel il consacra plusieurs cours), cette brève ouverture magnifie comme jamais sous la plume de Nietzsche le talent de Platon.
L'orthographe française fait l'objet de débats animés qui portent le plus souvent sur son enseignement ou sa réforme, sans évaluation scientifique de sa maîtrise par les adultes. Deux enquêtes récentes ont proposé une dictée à un échantillon représentatif de près de 4 500 adultes. Le présent ouvrage propose une analyse sociolinguistique des productions récoltées. Il fournit des résultats statistiques précis qui permettront aux lecteurs d'évaluer la véracité des affirmations les plus courantes concernant les différences de maîtrise entre hommes et femmes, entre les plus âgés et les plus jeunes, etc. Il aborde également la méthodologie de ces enquêtes et de nombreuses questions liées à l'orthographe.
Figure de proue de la nouvelle danse des années quatre-vingt, la chorégraphe Anne Teresa De Keersmaeker n'a cessé depuis de maintenir le corps dansant au centre de ses préoccupations artistiques. Cette analyse met en exergue les éléments qui permettent de définir son style chorégraphique, marqué par une volonté d'assimilation intime et physique des éléments de la composition. Centrée sur le mouvement, ancrée dans un étroit rapport à la musique, la structure compositionnelle met également en valeur une vision exigeante mais éthique de l'interprétation. Ce livre est issu d'une recherche sur le statut de la description, ainsi que son rôle dans l'activité critique et le débat esthétique. L'auteur tente de donner ici au matériau même de la danse l'importance qui lui revient, en alliant étude des textes et analyse des oeuvres composant le répertoire de la compagnie Rosas, de Fa se (1982) à Raga for the rainy season (2005).
Le long effort des grammairiens pour masculiniser le français a suscité de vives résistances chez celles et ceux qui, longtemps, ont parlé et écrit cette langue sans appliquer des règles contraires à sa logique. Initiée au XVIIe siècle, la domination du masculin s'est imposée à la fin du XIXe siècle. Depuis, on apprend à l'école que "le masculin l'emporte sur le féminin"... Ce livre retrace l'histoire d'une entreprise à la misogynie affirmée ou honteuse, selon les époques. Il nous convie à un parcours plein de surprises où l'on en apprend de belles sur la "virilisation" des noms de métier, sur les usages en matière d'accords, sur l'utilisation des pronoms ou sur les mutations "trans" subies par certains mots en vertu de la "loi du genre".
Dans cette troisième livraison des « Économies », Alain Deneault suit le mouvement spéculaire entre des oeuvres esthétiques qui traitent d'économie marchande et d'argent, et des critiques d'arts qui recourent au vocabulaire économique pour commenter les oeuvres. Le mot « économie » ressort de cette analyse fine comme une puissante métaphore, mais surtout comme le nom même d'un régime de production des métaphores. C'est à l'économie que s'en remet la rhétorique pour traiter d'« économie du discours », la littérature et le cinéma d'« économie du récit » et les arts en général d'« économie d'une oeuvre ». Cet essai, court et dense, s'appuie sur des penseurs de l'économie esthétique comme Denys d'Halicarnasse, Genette, Arasse et Derrida, pour analyser le fonctionnement sémiologique et social des oeuvres d'art ainsi que leur récupération dans le champ de l'idéologie politique. La science économique est une construction fictionnelle qui a recours à l'esthétique pour se donner des allures de vrai.
Trente ans d’expérience, des anecdotes savoureuses et une passion contagieuse : Le Bruissement des matins clairs lève le voile sur le métier de traducteur, entre exigence et poésie.
Éric Chevillard publie à partir de 1999 plusieurs romans dont la figure centrale est l'auteur, s'inscrivant dans une tendance forte de la littérature contemporaine qui multiplie ces représentations fictionnelles. Ce foisonnement n'équivaut cependant pas à un retour en grâce de l'auteur après sa mort décrétée par le Nouveau Roman, tant il est vrai que ces personnages, marqués par une dissolution de leurs attributs, voire une aspiration à disparaître, portent précisément les traces de la crise d'autorité consécutive à ce bouleversement. Alors qu'Éric Chevillard est assimilé par la critique à cette tendance à la figuration dépréciative de l'écrivain et considéré comme le représentant le plus radical de l'héritage du Nouveau Roman, cet ouvrage, analysant à nouveaux frais les figures d'auteurs dans sept romans, en fait une lecture toute différente, mettant en lumière leur extrême complexité et la singularité de l'auteur au sein de la production contemporaine.
L'étude des variations linguistiques rappelle que toute langue est hétérogène, et possession de chacun. À partir de quel moment la langue n'est-elle plus « correcte » ? Dialectes, argots, néologismes divers... tantôt perçus comme un patrimoine linguistique, tantôt comme une déviance linguistique : quelles en sont les conditions ? Quelles en sont les conséquences ? Cet ouvrage est une proposition de réponse à cette interrogation plurielle fondamentale en sociolinguistique. Il est donc question d'analyser pratiques et représentations des usages linguistiques supposément situés en marge des normes admises, ainsi que les discours produits par ou sur les groupes marginaux.
En yoruba, en zoulou, en swahili, en wolof, en poulâr : les littératures s'écrivent en langues africaines, souvent à l'insu des langues européennes comme le français ou l'anglais. Célébrées par Ngugi wa Thiong'o comme chaînon principal de la « décolonisation de l'esprit », ces littératures sont néanmoins peu étudiées et parfois peu disponibles. Reprenant une vaste histoire de ces textes depuis la période coloniale jusqu'à leurs circulations contemporaines sur les réseaux sociaux, Xavier Garnier propose de les lire à l'aune de l'écolinguistique. Parfois au coeur même des institutions coloniales, les littératures en langues africaines ont inventé des « milieux » littéraires qu'il serait grand temps aujourd'hui de redécouvrir. Émergent alors des galeries de figures comme D. O. Fagunwa, Boubacar Boris Diop, Shaaban Robert qui racontent « au ras du sol » des expériences littéraires en écho avec le monde.
Dans cet ouvrage, l'auteur nous convie à une réflexion poussée sur les échanges entre individus issus de cultures différentes. Avec la mondialisation, nous notons une interdépendance croissante des pays, l'apparition d'équipes multiculturelles ainsi que le développement de la mobilité et des rencontres internationales. Mais comment peut-on appréhender la communication dans un monde qui ne connaît plus de frontières ? Bien plus qu'une étude qualitative de la communication inter-culturelle, ce livre est un compagnon de voyage, un guide qui présente les définitions et les théories liées à la communication et à l'interculturalité. L'auteur propose des outils performants pour améliorer notre compréhension de l'autre, ajuster notre vision du monde et enrichir nos compétences interculturelles. Il décide d'explorer, à travers une méthodologie basée sur des entretiens et une démarche ethnographique, deux environnements interculturels : le tourisme responsable et la formation d'enseignants européens.
La notion de adab est très importante dès lors qu'on aborde le monde arabe dans sa période dite classique. Le terme est généralement traduit par « littérature », mais à l'origine il recouvre un sens plus large, davantage lié à un savoir-être courtois et urbain, comprenant notamment la maîtrise de la prose par des auteurs qui furent en premier lieu de hauts fonctionnaires oeuvrant aussi bien à l'administration qu'aux domaines juridiques et religieux. C'est principalement leurs écrits narratifs ou ceux renvoyant à la morale et à l'éthique que la tradition académique a retenus comme étant le noyau dur à partir duquel se sont développés les canons du adab. Mais qu'en est-il de la riche production qui existe en dehors de ces domaines ? Le présent ouvrage s'inscrit dans une nouvelle orientation des études arabes visant à redessiner les frontières du littéraire dans le domaine des sources arabes. Le parti pris est ainsi de s'intéresser aux écrits classiques dont on considère, à tort ou à raison, qu'ils ne relèvent pas de ce registre. Neuf contributions issues des études littéraires, islamologiques et historiques sont rassemblées ici afin de permettre à des textes, pourtant différents par leur nature, leur genre ou leurs origines intellectuelles, d'entrer en interaction, révélant ainsi des territoires dont l'approche par des outils littéraires est encore rare, voire inédite.
Dans l'oeuvre aussi diverse que déconcertante de Guillaume Postel, infatigable savant, penseur illuminé dont les historiens des religions, des langues, des voyages et même du genre se servent pour mesurer toutes les audaces de la Renaissance, le Livre de la concorde entre le Coran et les Évangélistes est l'une des pièces les plus curieuses. Le parallèle en vingt-huit axiomes qu'il dresse entre l'islam et le protestantisme, afin d'avertir les chrétiens des calamités qui les menacent, forme un précieux document sur la controverse confessionnelle vers le milieu du xvie siècle. Il nous renseigne sur ce qu'on sait de la religion musulmane alors que l'humanisme français est dans la fleur de l'âge. Il nous frappe par une certaine qualité d'indignation et nous touche par les maladresses même de son opportunisme. Souvent à contre-temps, quoique entièrement conçu pour être de son temps, le livre de Postel s'élève sur le fond d'une pensée qui, elle, est en avance d'un temps et qui n'arrive pas à le dissimuler.
Cet ouvrage s'adresse aux chercheurs, aux professionnels et aux étudiants qui s'intéressent au langage et aux inégalités sociales dans le monde de la petite enfance. Il réunit des textes de chercheurs en sociolinguistique et en acquisition pour qui le langage participe de la constitution même de la pensée et des relations sociales. Ces travaux ont été menés en France et en Suisse et portent sur les interactions ordinaires en crèche. Plusieurs dispositifs sont étudiés avec une démarche collaborative, par exemple le programme Parler Bambin à travers le projet de recherche Vipaje. L'analyse des diverses situations langagières quotidiennes conduit à des propositions de formation en vue de prévenir les inégalités.