Psychanalyse
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Cet ouvrage propose une lecture contemporaine des théories du corps en psychanalyse. Partant du constat qu'il n'existe pas d'articulation ni de synthèse possible entre le fonctionnement psychique et les phénomènes biologiques, et qu'il faut renoncer à faire du cerveau le siège de l'esprit, il s'agit d'envisager le corps tout entier comme point de départ du fonctionnement psychique et de la pensée. Non pas le corps biologique, mais le corps habité, le corps vécu, le corps érogène, c'està-dire un deuxième corps. Présentant les oeuvres des psychanalystes qui ont été en quelque sorte les défricheurs d'une métapsychologie du corps, ce livre en propose une relecture, et montre pourquoi tous les praticiens qui se confrontent aux pathologies graves ont besoin d'en passer par une théorie du corps.
Et si le vrai courage n’avait rien à voir avec l’héroïsme ? Antonia Birnbaum interroge cette idée en explorant la modernité, de Sophocle à Lacan, pour révéler un courage ancré dans l’expérimentation d’une vie sans mesure.
L'homme est-il assez fort pour supporter la liberté ? Peut-il affronter les dangers et la responsabilité qu'elle induit ? Car la liberté est avant tout un problème psychologique. Erich Fromm, par son analyse magistrale des origines psychanalytiques du totalitarisme, fait la lumière sur les forces qui façonnent la société moderne. Si l'avènement de la démocratie a apporté la liberté, elle a donné naissance à une société dans laquelle l'individu se sent aliéné et déshumanisé. L'homme moderne, dégagé des liens de la société primitive, qui le limitaient, mais le rassuraient, n'a pas encore pleinement conquis son indépendance. La liberté provoque en lui un sentiment d'isolement qui engendre à son tour l'insécurité et l'angoisse. Il met alors en place des mécanismes de fuite : l'autoritarisme, la destructivité ou un conformisme d'automate.
L'oeuvre de Stefan Zweig éclaire la façon dont, au début du XXe siècle, la littérature s'est emparée des questions fondamentales de l'être. Elle a saisi qu'avec Freud l'inconscient n'est ni un réservoir obscur, ni un résidu stagnant de l'âme, mais une ombre qui s'entend à la surface du discours. Zweig a attrapé cette ombre par la structure du récit enchâssé de celui qui, sorti de l'ombre justement, s'adresse au narrateur dans une expérience de parole. De cette opacité au coeur de ce qui fait l'humain vécue comme étrangère, il appréhenda la jouissance indicible. La logique de ses écrits se soutient de cette Ombre devant soi et l'élégante solution de sa plume mélancolique trouve, dans l'encre de sa bile noire, la substance de ce qui touche à la pulsion de mort.Se décrivant comme le « Juif errant », Zweig aimait l'Europe des langues à laquelle il adressa de véritables déclarations d'amour pour la soulager de sa souffrance, de sa maladie mentale. Sa réponse aux événements politiques et à la montée du nazisme fut celle d'un combattant pacifiste révélant la persécution de la barbarie nazie dans Le Joueur d'échecs. L'essentiel de ses conférences et écrits porte la marque de son combat pour une Europe de la culture, des arts et des sciences. Ayant perdu les racines de sa langue assassinée par le IIIe Reich, Zweig ne se compta plus parmi ceux dont il disait : « Seuls les vivants créent le monde », son corps ne pouvait plus résonner avec la poésie de la langue perdue. Privé de sa plume, il décida de s'effacer tandis que seuls les vivants de ses romans et nouvelles demeureraient.
Ce livre est issu du dernier des séminaires annuels que Pauline Prost donna à la Librairie des Temps Modernes, à Orléans. Il propose une réflexion psychanalytique sur l'amour. Il nous invite à lire ce que Freud et Lacan en ont dit en revenant sur les sources qu'ils ont utilisées, dans la philosophie, la théologie, la mythologie, le théâtre et la littérature. Le résultat est un trésor de clarté et d'inspiration.
La question de la race fait aujourd'hui l'objet de polémiques virulentes : si le racisme s'exprime de manière décomplexée, on s'oppose également à l'antiracisme, aux études intersectionnelles, post et décoloniales, et l'on discrédite en permanence l'expérience des personnes racisées. Or la race n'existe pas. Elle n'en définit pas moins les relations entre groupes et entre sujets. Quels effets psychiques ces rapports sociaux, le plus souvent démentis, ont-ils alors sur les sujets et leur inconscient ? Comment aborder les impensés de la race, leur impact subjectif et leurs conséquences sur la pratique et la théorisation de la psychanalyse ? Comment écouter la race sur le divan ? La visée de cet ouvrage est d'analyser les productions de subjectivité en contexte de racialisation, en combinant à la fois le psychique et le politique, le subjectif et le social, l'individuel et le collectif. L'objectif est de définir une psychanalyse située, interdisciplinaire et indisciplinée, soucieuse de renouveler ses outils théoriques et de repenser l'analyse du transfert dans une perspective intersectionnelle. Thamy Ayouch pratique la psychanalyse, est professeur à l'université Paris-Cité, et a été professeur invité à l'université de São Paulo. Ses recherches portent sur les effets psychiques des discriminations et des rapports sociaux de domination, et analysent les interactions de la psychanalyse avec la philosophie, la théorie politique, les études de genre, les études critiques sur la race, et les études post et décoloniales.
Qu'est-ce que la schizophrénie, et la schizophrénie existe-t-elle ? Plutôt que de répondre directement et sans recul critique, le livre part de l'idée originale selon laquelle ce qui existe, c'est moins la catégorie clinique elle même, que des personnes singulières confrontées concrètement, dans le corps et le langage, aux conséquences de ce qu'on appelle schizophrénie. Énoncer le savoir du schizophrène est un acte qui vise à extraire le sujet du pessimisme thérapeutique. Avec la psychanalyse et les enseignements de Freud et de Lacan, l'ouvrage opère donc un choix éthique, stratégique et politique en proposant, à partir de la fonction du sujet, une autre approche de l'incurable. Dès lors, c'est le savoir du schizophrène qui va concerner le statut de l'être humain en tant que corps parlant.
Einstein et Gould sont devenus les « autistes » les plus cités sur Internet. L'image de l'autisme est passée en quelques décennies d'une pathologie gravissime à une identité valorisante, mais cette évolution s'accompagne d'une dissolution de la notion même d'autisme. S'efforcer de la cerner par une approche psychanalytique structurale permet de l'appréhender non comme une maladie mais comme une structure subjective originale qui persiste toute une existence. L'émergence contemporaine des faux autistes s'en dégage plus précisément.
Quelle est l'importance du cas Anna Freud pour l'histoire et la théorie de la psychanalyse ? Quel est l'impact du texte de Freud « Un enfant est battu » qui proviendrait directement du cas d'Anna ? Prenant la forme d'une véritable enquête biographique, l'essai montre que tous les textes freudiens qui ont trait à la sexualité féminine doivent presque tout à l'analyse faite par Freud sur sa fille. L'histoire de ce suivi analytique reste pourtant énigmatique sauf à l'éclairer par la notion de contre-transfert qui, pour une fois, prendrait toute sa pertinence. On n'ira pas jusqu'à affirmer que le père a scellé le destin de sa fille, mais force est de constater que les destins de Freud et de la psychanalyse se confondent avec l'histoire personnelle d'Anna Freud.Juan Pablo Lucchelli est psychiatre et psychanalyste. Il est membre de l'École de la cause freudienne et a notamment publié Sexualités en travaux avec Jean-Claude Milner et Slavoj Zizek; Ce que Lacan doit à Lévi-Strauss; Lacan, de Wallon à Kojève; Introduction à l'objet de Lacan et Le transfert de Freud à Lacan.
Jorge Luis Borges a construit une oeuvre centrée sur le concept de l'infini, qu'il a cherché à capturer dans le motif du labyrinthe pour éviter de se perdre dans les abysses. Cependant, l'infini reste insaisissable et échappe à toute représentation. Malgré cela, l'écrivain persiste à tenter de saisir l'insaisissable, ce qui se reflète dans son écriture marquée par l'illimité. Lire Borges peut donner le vertige. C'est précisément cet effet que nous avons cherché à explorer à travers cette question : en quoi l'infini de Borges est-il unique ? C'est un réel au sens de Lacan, un impossible à écrire.
Après le visage, les seins ou les fesses, le sexe féminin est l'un des nouveaux territoires de la chirurgie esthétique. La nymphoplastie de réduction consiste à réduire la taille des petites lèvres de la vulve à des fins esthétiques ou de confort. Sara Piazza, psychologue clinicienne, sonde cette pratique. Esquissant d'abord une histoire des actes chirurgicaux sur le sexe féminin, elle convoque ensuite un ensemble de représentations de la vulve, de l'histoire de l'art à celles, plus contemporaines, où le sexe est réduit à une fente, tel le « sexe de petite fille » ou le « sexe net » que les femmes souhaitent obtenir. L'image infantile interroge la confrontation à certains enjeux psychiques - la sexualité féminine comme incontrôlable et démesurée, le danger que peut représenter la vulve, le rapport au sexe maternel, et enfin la dimension de la vieillesse et de la mort. Ce livre, éclairé par les sciences humaines et sociales, porte un regard psychanalytique sur une pratique encore méconnue, où sexualité, identité et représentation se mêlent.
Les douleurs chroniques de cause inconnue et les fibromyalgies constituent l'un des problèmes de santé les plus fréquents dans les cabinets médicaux. Nous constatons que le symptôme de la douleur se présente sans être clairement classé ; ou s'il l'est, comme dans le cas de la fibromyalgie ou du syndrome de fatigue chronique, il n'existe pas de directives thérapeutiques standardisées. Dans ces cas, l'expérience douloureuse convoque automatiquement la relation entre le mental et le corporel, nous obligeant à orienter la clinique à partir du récit du patient, territoire propre à la pratique de la psychanalyse.Le livre soutient la thèse selon laquelle une clinique d'orientation psychanalytique est possible pour traiter les symptômes du corps douloureux, juste à la frontière où le discours de la science rencontre une limite. Cette clinique est démontrée par la présentation de nombreux cas qui ont été traités avec les outils de la psychanalyse. Elle propose une alliance résolue avec le champ de la médecine pour aborder l'un des problèmes de santé contemporains les plus pertinents.
Le désir de vivre n'est pas d'évidence. Impensable, irreprésentable, la mort s'immisce pourtant au coeur du vivant, comme une aspiration profonde que Freud avait nommée pulsion de mort. Elle est à l'origine de toutes les passions tristes qui poussent l'être parlant à lâcher prise sur la réalité et à céder sur ses désirs les plus chers, au profit de l'illusion mais au prix de l'impuissance. Pas de réalisations possibles pour celui qui n'a pas voulu savoir la loi de son désir. C'est bien ce cheminement de l'être, seul antidote à la mort psychique que Lacan a nommé désir. La parole en analyse est un médium inégalé pour renouer avec son désir et s'engager dans les choix éthiques qu'impliquent le fait d'être vivant. A l'heure où la fin de vie et le « bien vivre sa mort » focalisent les débats de société, cet ouvrage donne à lire une éthique fondée sur le choix existentiel qui sous-tend la vie.
De toujours la psychanalyse a suscité méfiance et rejet, et les tentatives d'arraisonner cette pratique singulière et dérangeante n'ont pas manqué au fil de l'histoire. L'article 52 de la loi du 9 août 2004, qui réglemente l'usage du titre de psychothérapeute, a franchi un pas : en incluant les psychanalystes, cette loi sert de cheval de Troie à la logique des évaluations, des garanties d'Etat et à l'idéologie du risque zéro, pour envahir le champ psychanalytique. Loin des insipides controverses "pour ou contre la psychanalyse", ce livre propose un état des lieux du mouvement psychanalytique et une réflexion sur ce qui fait la singularité et la richesse de l'expérience analytique. L'ambition des auteurs - qui en 2004 ont été, avec quelques autres, à l'origine du Manifeste pour la psychanalyse est de créer un espace politique pour que l'impact insurrectionnel de la découverte freudienne et de sa refonte lacanienne ne soit pas perdu, mais au contraire revivifié à l'aune des impasses de nos civilisations, qu'elles soient déclinantes ou émergentes. Sophie Rouillé, psychanalyste à Paris, est membre de la lettre lacanienne, une école de la psychanalyse et du comité de rédaction de la revue Essaim. Pierre Bruno, psychanalyste à Paris. est membre de l'Association de psychanalyse Jacques Lacan. A créé et dirigé la revue Barca ! (poésie, politique, psychanalyse), puis dirigé la revue Psychanalyse. Vient de publier Lacan passeur de Marx (Erès, 2010). Franck Chaumon exerce la psychanalyse à Paris. Il anime l'association Pratiques de la folie. Parmi ses publications: Lacan. La loi, le sujet et la jouissance(Michalon, 2004). Guy Lérès pratique la psychanalyse à Paris, il est membre de la lettre lacanienne, une école de la psychanalyse. Michel Pion, psychanalyste à Paris, est membre du comité de rédaction de la revue Essaim et de La Quinzaine littéraire.
Depuis Philippe Pinel au moins, quelque chose ne cesse pas de s'écrire dans le fil structuré de la nosographie et de ses termes. Partant de l'identification des formes moindres de folie, des folies « sans délire » au XIXe, en passant par la psychiatrie classique, la découverte de l'inconscient par Freud et la psychanalyse, jusqu'au DSM 5, il semble qu'une faille originale supporte et emporte avec elle divers enjeux : épistémologique, clinique, philosophique, éthique, politique également. C'est dans le prolongement de cette trame que le terme de « psychose ordinaire » et sa doctrine apparaissent dans les années 1990, soutenant alors l'émergence d'une nouvelle forme de psychose non déclenchée ou compensée dans l'ordinaire des apparences. Loin de pouvoir simplement s'appréhender en terme d'entité clinique, la notion viendra interroger tour à tour l'essor d'une subjectivité de l'époque, un voeu de réforme fictionnelle et d'expansion anglo-américain, l'histoire contemporaine des mouvements analytiques lacaniens et l'entendement de la clinique différentielle. Situant au final l'égarement d'un état d'esprit et la tournure raisonnante d'une hébétude discursive, elle démontrera après-coup le préalable de son ressort : une débilité du mental.
Pourquoi les Juifs suscitent-ils une haine irréductible ? L'examen nécessaire de ce phénomène récurrent est ici étudié à partir du discours analytique. La lecture de Moïse et le monothéisme ainsi que celle des nombreuses correspondances de Freud dévoile l'impossibilité de cerner l'antisémitisme sans s'interroger sur ce que signifie « être juif ». La question de la judéité et de l'antisémitisme a préoccupé Freud tout au long de sa vie. Quant à Lacan, qui lui a connu le réel qu'est la Shoah, il aborde cette question à partir de la logique. Cette logique rapproche la « femme » et le « juif », dans la mesure où ces deux sujets remettent la notion d'universel en question.Sarah Abitbol est docteure en psychanalyse, psychologue clinicienne et psychanalyste. Elle est membre de l'École de la Cause freudienne et de l'Association mondiale de psychanalyse. Elle a participé à l'ouvrage collectif La psychanalyse à l'épreuve de la guerre (sous la direction de Marie-Hélène Brousse, Paris, Berg International, 2015).
Le spectre de la folie hante l'homme occidental. Née pour conjurer cette menace, la psychiatrie mise aujourd'hui sur un savoir médical déshumanisé qui, par la trivialité de sa technicité et par son pragmatisme scientifique, dilue la question du délire dans une sémiologie psychiatrique superficiellement rassurante. Or, l'effet en est d'autant plus redoutable, qu'à ne plus savoir penser ce qu'est le délire, c'est le délire qui se met à nous penser. Notre culture télécommandée, numériquement pulvérisée, où la démarcation entre le délire et la rationalité n'a jamais été si évanescente, définit ainsi un enjeu clinique majeur : soigner la psychose dans le monde qui pousse à la folie.Face à ce défi, le praticien ne peut se trouver que désarmé, car en enfermant l'incidence du délire dans une pure extériorité biochimique du cerveau, la médecine se prive de la possibilité même de pénétrer dans l'architecture raisonnée de cette extériorité à soi qui caractérise effectivement le sujet délirant, et plus largement la psychose.Pour remédier aux risques de cette errance, l'ouvrage entend se situer dans une perspective théorique inusitée qui est celle de l'étude de la constitution subjective du délire dans le temps. Le chemin qu'il propose mobilise la psychanalyse structurale et la philosophie transcendantale dans une relecture attentive de la clinique classique du délire. Ce chemin conduit à découvrir une profonde solidarité structurale de la subjectivation et de la temporalisation. La clinique du temps qui s'en dégage alors renouvelle l'abord structural de la psychose en indiquant le sens et la portée d'une véritable thérapeutique contemporaine.
En psychanalyse, la topologie des noeuds de Lacan constitue une révolution. C'est par le noeud borroméen que Lacan choisit de représenter la structure du sujet, le R du réel, le S du symbolique et le I de l'imaginaire. Quels en sont les ressorts, et en quoi cette topologie est-elle décisive pour la clinique ? Voilà quelques-uns des axes dépliés dans cet ouvrage. Le livre sillonne le tout dernier enseignement de Lacan, et la lecture qu'en propose Jacques-Alain Miller, afin d'en tirer un certain nombre de conséquences. En effet, Lacan y opère un changement de paradigme décisif en introduisant les noeuds et leur maniement. L'inconscient n'est plus abordé à l'aune de l'Autre, du sujet et de ses symptômes à lire, mais comme serrage singulier des éléments constitutifs de l'expérience humaine. Ouvrage publié avec le soutien du département Psychanalyse de l'université Paris 8 (laboratoire - La section clinique EA 4007)
L'autisme est abordé par la psychanalyse contemporaine comme un mode de fonctionnement spécifique, nettement différenciable de la psychose et nécessitant une prise en charge adaptée. À l'encontre d'une opinion reçue, l'autiste s'intéresse beaucoup aux autres, sa solitude n'est pas fondée sur une volonté de retrait social, mais sur un évitement du désir de l'Autre, lequel suscite son angoisse majeure. La difficulté à engager la voix dans l'échange suscite deux manières distinctes d'investir le langage. La première produit une langue verbeuse, impropre à la communication, mais auto-satisfaisante ; la seconde génère une langue factuelle de signes, qui permet la communication, mais qui est coupée des affects. Pour se protéger du désir de l'Autre, l'autiste élit un bord, composé de trois éléments : l'objet autistique, le double et l'intérêt spécifique. L'autisme apparaît ainsi comme une structure subjective originale compatible avec les réussites existentielles les plus hautes, mais aussi avec des détresses sévères. Quand l'autisme s'accompagne d'un mal-être, le traitement orienté par la psychanalyse passe, non par l'élucidation d'un passé enfoui, mais par la construction, le développement et l'évidement du bord. Cet epub est au format maquette fixed : vérifiez la compatibilité de vos appareils de lecture.
En France, la réputation du psychiatre suisse Carl Gustav Jung (1875-1961) semble, depuis plusieurs décennies, fortement marquée du sceau de l'ambivalence. Bien que souvent ignorés au sein des facultés de psychologie et honnis par de nombreux critiques, les ouvrages de l'ancien collaborateur et rival de Sigmund Freud n'ont paradoxalement jamais été aussi présents sur les étals des libraires qu'actuellement. Signe que l'oeuvre de cette figure majeure de l'histoire de la psychiatrie, de la psychanalyse et de la psychothérapie, continue de faire l'objet, plus de soixante ans après sa mort, d'interprétations conflictuelles et passionnées. Fruit d'une vaste enquête archivistique, C. G. Jung en France analyse de façon vivante et érudite les multiples voies de circulation empruntées par la psychologie analytique, de même que les différents modes d'appropriation et critiques dont celle-ci a pu faire l'objet tout au long du XXe siècle. Redonnant vie aux nombreux débats suscités par cette doctrine complexe, parfois déroutante et controversée, cette enquête captivante traverse des domaines aussi variés que les sciences du psychisme (Flournoy, Binet, Janet, Lacan, Dolto, Ey), la philosophie (Bergson, Bachelard, Deleuze), l'anthropologie (Lévi-Strauss, Durand), la théologie (Teilhard de Chardin, Beirnaert), l'orientalisme (Guénon, Massignon, Corbin), l'histoire (Dupront, Le Goff), ou le champ artistique et littéraire (Valéry, Cocteau, Simenon, Hergé), tout en rendant compte de la structuration progressive d'un mouvement autochtone se réclamant de sa théorie de l'inconscient, conçu comme un puissant réservoir de créativité. À rebours du freudo-centrisme dominant le plus souvent l'historiographie du genre, ce livre, qui regorge d'une foule d'informations inédites, jette en somme une lumière originale sur des pans refoulés ou encore méconnus de l'histoire sociale, culturelle et intellectuelle de la France contemporaine.
Comme leurs patients, les psychanalystes vieillissent. Qu'en est-il alors de l'écoute des états de souffrance psychique, du repérage des potentialités de changement, du contre-transfert...? De tout ce qui fait la pratique thérapeutique ? Et réciproquement que provoque le vieillissement du clinicien chez le patient ? Et peut-on rester psychanalyste indéfiniment ? Parmi les thèmes abordés dans ce livre : l'intemporalité de l'inconscient et du sexuel, la créativité psychique, mais aussi la fatigue et la recrudescence des oublis... Et les champs de réflexion sont multiples : comment le clinicien peut-il faire face aux pertes et à la tentation mélancolique de certains patients quand il est lui-même confronté au réel du temps qui passe ? Comment penser le projet thérapeutique dans la durée face à la finitude ? Des psychologues cliniciens, psychiatres, psychanalystes d'âges variés se penchent sur la question. Un livre passionnant, riche de nombreuses ouvertures cliniques et théoriques, qui intéressera tout clinicien.
La psychanalyse lacanienne, en tant que praxis radicalement atypique, est susceptible d'apporter du nouveau au sein de la réflexion contemporaine sur les normes. Là où dominent aujourd'hui la norme chiffrée et la biopolitique qui standardisent les corps, la psychanalyse s'intéresse plutôt à ce qui demeure inéluctablement hors domestication et hors discours établis : les symptômes, les angoisses, le trauma - ce qui, de la jouissance, échappe toujours aux normes des sujets. Son apport dans les débats actuels est ainsi précieux car la psychanalyse ne se contente pas d'éclairer les processus de normalisation sociale : elle porte aussi bien le regard sur l'inventivité des sujets et leur puissance de création de normes dans ce qu'elles peuvent avoir de subversif. Le concept de norme constitue ici le terrain commun de contributions issues de champs du savoir différents, toujours en dialogue avec l'abord psychanalytique de la question. Christiane Alberti est psychanalyste, membre de l'École de la Cause freudienne, Présidente de l'Association mondiale de psychanalyse et maître de conférences au département de psychanalyse de l'Université Paris 8 Saint-Denis. Elle a dirigé notamment les ouvrages Être mère (Navarin 2014) et Lacan Redivivus avec J.-A. Miller (Navarin 2021). Aurélie Pfauwadel est psychanalyste, membre de l'École de la Cause freudienne, membre de l'Association mondiale de psychanalyse, maître de conférences au département de psychanalyse de l'Université Paris 8 Saint-Denis. Elle est l'auteur de Lacan versus Foucault. La psychanalyse à l'envers des normes (Cerf, 2022).
Les rédacteurs du Talmud se sont passionnés pour le monde des rêves au point de développer une véritable doctrine d'interprétation. Leur approche ressemble à bien des égards à celle d'une cure psychanalytique. Elle s'en distingue néanmoins, car ils appréhendent les rêves comme pouvant être annonciateurs de nouvelles qu'il faut savoir déchiffrer. « Les rêves vont d'après la bouche » nous dit le Talmud, c'est-à-dire qu'ils ne présagent de rien tant qu'on ne leur attribue pas d'interprétation. Quels sens doit-on donner à nos rêves ? Ariel Toledano nous invite à découvrir la doctrine talmudique des rêves et les interprétations des récits oniriques de la Bible, ceux de Jacob, Joseph, Pharaon, Salomon ou Nabuchodonosor dans un ouvrage qui mêle une connaissance profonde des textes de la sagesse juive, l'approche psychanalytique et celle, plus récente, des neurosciences.
Comment devient-on femme ? Qu'est-ce que le féminin ? Jacqueline Schaeffer qui questionne depuis des années cette thématique nous livre cette synthèse accessible à tous. « Mon corps est à moi » ! clamait-on en 1968. Hélas non ! Le corps féminin est encore à conquérir. Il est soumis aux forces de la destinée que sont les règles, la grossesse, l'accouchement, la ménopause. « On ne naît pas femme, on le devient », énonce Simone de Beauvoir. On ne naît pas femme, certes ! Mais bébé de sexe féminin. De fille, on devient femme, souvent mère. Mais le féminin, érotique, libidinal, au sens où il se différencie de la féminité, se conquiert, s'arrache. Plus qu'un « deuxième sexe », le féminin est un sexe « autre ». Freud l'énonce sans ambages : « Peut-être ce qui fonde cette crainte, c'est le fait que la femme est autre que l'homme ». Une femme peut être perçue comme hostile et castratrice. « Le refus du féminin » pourrait être une mesure de protection. Mais qu'en est-il alors du maternel, puisque la première femme de tous est la mère ? L'ouvrage différencie le féminin du maternel et précise ce qui à la fois les distingue et les fait se rejoindre. L'auteur propose une conception psychanalytique du féminin qu'elle élabore et précise depuis de longues années. Un féminin construit en fonction du masculin, qui se différencie de la personne de la femme et de la féminité, antagoniste mais non clivé du maternel, porteur de risques de souffrance mais aussi des chances d'un destin d'ouverture et d'épanouissement.
Raconter sa propre histoire de vie à un autre ; voilà une activité qui peut paraître banale à l'heure où tant d'individus étalent leur quotidien sur les réseaux socio-numériques. Mais ce dont nous parlons dans cet ouvrage est d'une autre nature. Un récit de vie, ce n'est pas l'accumulation de petites histoires personnelles pour faire rire, pleurer ou se faire admirer ; c'est la construction toujours inachevée d'une histoire qui donne sens à notre existence et soutient notre identité. Parfois, les personnes sont confrontées à des impasses qui font obstacle à la possibilité de se mettre en récit : événements traumatiques, secrets familiaux, vécus de honte ou de culpabilité, etc. De nombreux artistes (Annie Ernaux, Jorge Semprun, Art Spiegelman...) ont tenté, par leurs oeuvres, de surmonter ces obstacles et nous y trouverons un appui pour mieux comprendre et accompagner les personnes dont l'existence semble entravée ou alourdie par un héritage pesant.
Les Essais sur la topologie clinique considèrent que sont cliniques un cas psychopathologique ou un fait social symptomatique s'ils sont étayés par une lecture structurale donnant lieu à une écriture topologique. Ces essais réunissent donc sur une définition rigoureuse de la clinique psychanalytique quatorze contributeurs dont la diversité d'approche en la matière intéressera le lecteur.
L'adolescent d'aujourd'hui est confronté au déclin de l'autorité et des idéaux. Sans orientation, il est livré à la solitude de jouissances sans limite et à la question angoissante de comment faire avec son corps et avec ses semblables. Face à la tempête de la puberté, les parents sont en grand désarroi et ils oscillent entre laxisme et tentation punitive. Recevoir un adolescent ou un parent pour un traitement court et gratuit orienté par la psychanalyse, tel est le pari d'un Centre psychanalytique de consultations et traitement (CPCT). À une époque où chacun cherche une réponse immédiate sur Internet ou via les réseaux sociaux, le CPCT propose à un adolescent déboussolé de vivre une expérience différente en prenant le temps de s'adresser à un Autre sans être jugé, ni poussé à s'inscrire dans une norme. Le traitement - court - vise à désamorcer une conduite à risque, ébaucher une sortie du malaise ou de l'exclusion et ouvrir à un lien social plus vivant, en pariant sur les inventions de l'adolescent venu s'adresser à un psychanalyste. Plus qu'un lieu d'écoute parmi d'autres, le CPCT se veut un lieu de réponse. Des exposés de situations d'adolescents et de parents venus consulter démontrent, au cas par cas, que prendre la parole au CPCT peut amener à un ancrage plus solide de sa place dans le monde et éveiller à la dimension du désir.
Les avancées récentes en neurobiologie du cerveau ouvrent un nouvel espace d'exploration de la pensée, de la vie psychique et de l'inconscient. Cet ouvrage pose une question particulièrement brûlante aujourd'hui : celle du rapport entre la psychanalyse et les découvertes de la neurobiologie rendues possibles par les progrès techniques. Ces dernières exercent une grande séduction, car elles révèlent ce qui était invisible et en grande partie inconnu. L'auteur traite d'entrée de jeu des différentes théories des dépressions et des antidépresseurs, de l'empathie, des affects et des émotions primaires. De fait, dans les pratiques thérapeutiques et dans les théorisations, plusieurs abords s'avèrent souvent indispensables, étant donnée, par exemple, l'importance prise par les addictions et les psychotropes. Les connaissances des sites et des circuits cérébraux - et, plus récemment, de la neuropharmacologie - ont apporté de nouvelles bases aux recherches sur les rapports entre la neurobiologie du cerveau, les psychologies cognitives et la psychanalyse. En dépit des différences de méthodes et d'épistémologies, elles ouvrent un nouvel espace d'exploration des conditions biologiques de la pensée, de la vie psychique : de leur genèse et de leurs dysfonctions. Au-delà des divergences, peut-on concevoir des zones de convergence entre « l'inconscient neurocognitif », « l'inconscient émotionnel » et « l'inconscient pulsionnel » des psychanalystes ?
Pourquoi éprouve-t-on un jour ce besoin d'écrire ? Vouloir laisser une trace de soi, vouloir transmettre un savoir, des connaissances, une passion. Vouloir régler ses comptes avec les siens, avec les autres, avec la vie. Suffit-il d'écrire pour être écrivain ? Ces questions, je me les pose depuis longtemps. Patrick A., un patient que j'ai suivi depuis plus de trente ans m'a laissé un très grand nombre de « notes » comme il les nommait. Je voudrais essayer de montrer à quel point cela a été vital pour lui, et pourtant comment les qualifier ? La question reste ouverte, et j'ai voulu tenter une comparaison avec un célèbre écrivain schizophrène. Un écrivain, un auteur, un rédacteur ? D'où s'autorisent-ils ? Et qu'en est-il du lecteur ? A qui s'adressent ces écrits ? Je vous les transmets.
Florence Guignard questionne, au fil de cet ouvrage comprenant deux tomes, la validité des paramètres psychanalytiques pour aborder les formes actuelles de la souffrance psychique. Plus d'un siècle après la parution des Trois Essais sur la théorie sexuelle, le statut et le mode de fonctionnement de la sexualité infantile dans le développement psychique humain et dans sa psychopathologie ne sont pas à l'évidence les mêmes qu'en 1905. Ainsi, selon l'auteur, la théorie psychanalytique ne devrait pas être considérée comme un roc inamovible, mais plutôt comme un ensemble de modèles, dont il importe de remettre en question et de requalifier sans cesse les configurations conceptuelles. Ce premier tome se donne pour tâche de revoir et d'analyser plusieurs concepts majeurs de la métapsychologie, non seulement à l'aune des avancées de la méthode et des modifications de la technique, mais aussi à la lumière des changements anthropologiques et sociologiques survenus depuis la naissance de la discipline. Une telle recherche, profitable au clinicien d'aujourd'hui, se poursuivra dans le second tome par l'étude critique des configurations des transferts, du trauma et des identifications.
Dans les dernières années de son enseignement, Lacan redéfinit de façon radicale les ressorts de l'expérience analytique. Tout y passe : le transfert, l'interprétation, les références épistémologiques et les fins de la cure. Cette démarche critique l'amène à traverser sans aucune complaisance toute la théorie établie jusque-là ; or, elle était pour ses élèves une assise solide, et cet ébranlement a pu donner le vertige. Pour Lacan, l'analyse ne se transmet pas : elle s'invente à nouveaux frais, pour chaque sujet et pour chaque cas. Cette révision générale nous a apporté des outils dont se sont emparés les praticiens de l'analyse, frappés par leur pragmatisme et leur opérativité. Près d'un demi-siècle plus tard, ils participent d'une praxis rénovée, dont on tente ici de dresser un état des lieux partiel. Ce parcours trouve sa conclusion avec un mot d'esprit du dernier Lacan, folisophie, qui est une invite à faire de nos faiblesses et de notre singularité une forme inédite de sagesse.
Comment parler de la folie, ce terme aux contours parfois énigmatiques ? Cet ouvrage se propose d'en explorer les multiples facettes et expressions dans des contextes très divers. Dès lors qu'on l'associe à la psychanalyse et au lien transférentiel, ce mot, folie, prend un sens tout à fait singulier qui met au travail le psychanalyste et ceux qui s'adressent à lui quand il leur arrive de perdre la raison. Chaque chapitre offre une perspective nouvelle par des récits vivants et des réflexions qui illustrent la variété en même temps que l'unicité de chacun d'entre eux. C'est l'enseignement de Lacan qui marque l'orientation de la pratique - aussi bien privée qu'institutionnelle - avec ces sujets, remettant en question les idées préconçues et ouvrant des voies vers une approche plus profonde et plus nuancée. Avec la folie se pose la question de la liberté. Le fou serait l'homme libre et pourtant il se doit bien de constater que la réalité n'est pas conforme à cet idéal. Il peut s'y résigner ou, comme tout un chacun, s'adresser à un analyste. C'est aussi de ce choix éthique que parle ce livre.