Akoun André
Akoun André
Avec la démocratie moderne, s'est inventé, en Occident, bien plus qu'une nouvelle forme politique, une nouvelle grille de significations, qui organise autrement le rapport des hommes à eux-mêmes, aux autres, au monde, au pouvoir. Cet essai cherche à rendre intelligible, à partir de l'histoire des idées, le travail de ce que nous avons appelé l'illusion sociale, laquelle nous paraît s'incarner exemplairement dans le discours et la pratique des partis qui ont institutionnalisé le lyrisme de Marx. Alors que la modernité avait affirmé l'autonomie du politique et son fondement dans le sujet originellement libre, on voit naître, par la médiation d'une métaphysique de l'histoire, une forme originale de coagulation imaginaire de la société. Celle-ci redevient ce corps plein - que ne divise plus le principe de l'individualisme - dans lequel s'indifférencient espace privé, espace civil, espace politique.
Nos sociétés mettent la communication au coeur de leur être et, dans le même temps, ne cessent de s'interroger sur ce qui fonderait cette communication, sur ce qui l'empêcherait d'être un échange affiché de monologues sourds dans une société défaite. L'interrogation sociologique sur la communication moderne ne peut être qu'une interrogation sur le politique et son telos. Elle exige l'enquête empirique, mais on ne saurait la réduire à une étude sur l'impact des technologies nouvelles, les effets de la télévision sur les moeurs, l'usurpation du pouvoir par les nouveaux clergés médiatiques, les variations saisonnières des publics ou les conséquences du zapping et de l'image virtuelle. Toutes ces questions pertinentes sont ici envisagées, mais elles ne reçoivent sens que de leur assignation dans l'espace de l'individualisme démocratique et son destin publicitaire.