Alain Roussillon
Alain Roussillon
« Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés... » La pertinence de la métaphore médicale qui s'impose à la presse égyptienne pour traiter du problème de la drogue en Égypte se justifie de divers points de vue. D'une part, elle désigne le caractère « endémique » du phénomène, en même temps que le fait qu'il passe par différentes phases : l'Égypte a expérimenté, depuis le début de ce siècle, diverses formes de toxicomanies qui correspondent, dans l'analyse qu'en fait la presse, aux différentes phases d'une seule et même « épidémie ». Le haschisch, permanent dans le paysage égyptien depuis des temps immémoriaux, à propos duquel Clot bey écrivait déjà, au début de ce siècle : « Les Égyptiens sont, de toutes les races, la plus portée au haschisch, dont les effets répondent aux qualités propres et à la nature de ce peuple et au goût qu'il manifeste pour tout ce qui est étrange ou merveilleux. » L'opium, presque aussi constant, mais dont le coût plus élevé restreint quelque peu la propagation. Après la première guerre mondiale, la cocaïne et l'héroïne font dans le pays une première incursion, dans les classes enrichies par le boom du coton, mais aussi dans l'embryon de prolétariat égyptien employé dans les filatures ou le bâtiment. On raconte même que certains entrepreneurs peu scrupuleux payaient leurs ouvriers pour partie en cocaïne, d'une part, pour augmenter leur productivité, et d'autre part, pour se les attacher plus sûrement. Depuis le début des années 70, du fait de la flambée des prix des stupéfiants « naturels », occasionnée par une série de campagnes de répression, de nouveaux produits « de synthèse » ont envahi le marché - amphétamines, Maxiton, psychotropes divers, consommés seuls ou en « cocktails » - ainsi que, ces derniers temps, l'héroïne elle-même, qui effectue un retour en force en Égypte, si l'on en juge par la multiplication des saisies opérées par les services de répression.
Le présent dossier se donne pour objectif de présenter au lecteur les différentes prises de position que la révolution iranienne et l'instauration d'une République islamique en Iran ont suscitées en Egypte, telles qu'elles s'expriment dans les publications des principaux courants de la vie politique égyptienne. Il n'y aurait cependant pas eu grand intérêt à nous borner à mettre en évidence les grands clivages que le soutien ou l'hostilité au régime de l'Imam Khomeyni déterminent sur la scène égyptienne. Ainsi, nous n'avons pas tant cherché à souligner la position de tel ou tel dirigeant, de tel ou tel parti ou organisation, qu'à rendre sensibles les modalités et les enjeux de ces prises de position. En d'autres termes, nous avons choisi de nous intéresser aux raisons invoquées, aux légitimités au nom desquelles, en Egypte, on accorde ou on refuse son soutien à l'Iran de la révolution islamique. Nous nous sommes efforcés de montrer comment chacune des forces en présence sur la scène politique égyptienne a pu utiliser la révolution iranienne pour réaliser des objectifs propres ou pour formuler sa vision stratégique du rapport des forces dans la société égyptienne et au niveau du monde arabo-islamique en général. La révolution iranienne reste à définir. Les textes que nous présentons s'y emploient et, ce faisant, leurs auteurs sont amenés à préciser leur conception du statut de l'Islam dans la société, dans l'Etat et au niveau des relations internationales.
L'ouvrage met en relation l'autonomie tout à fait particulière du créateur avec celle de l'enfant surdoué, traite le processus créatif, et cherche une enfance de ce dernier chez l'enfant surdoué. Les expectatives et exigences du conformisme socialement valorisé obligent cependant l'enfant surdoué à renoncer à ce qui est au coeur de son surdouement pour appartenir au social dont il est dépendant, ou s'impliquer dans une lutte sans issue pour maintenir autonomie et appartenance.
Il est possible de pousser très loin - et de nombreux observateurs ne s'en sont pas privés - la mise en comparaison de l'Égypte et de l'Algérie, comparaison qui engage tout à la fois le cours des choses et de l'Histoire dans ces deux contextes et les catégories d'analyse mises en oeuvre pour en rendre compte.
Par beaucoup d'aspects, le mouvement de balancier qui parcourt les sciences politiques - et singulièrement les sciences politiques américaines - polarisant tour à tour l'attention des chercheurs sur l'Etat, et sur la société, communément qualifiée de civile, s'apparente dans sa structure et dans la logique de sa progression à un feuilleton ou, mieux, à une enquête policière, dont, le principal ressort consisterait en la difficulté, pour le spectateur, à identifier les "bons" et les "méchants". Ce qui l'apparente le plus sûrement à un feuilleton, c'est le rôle que le facteur temps joue dans ce débat : la durée dans laquelle il prend place révèle la vanité d'une attente, celle de voir l'Etat et ceux qui le contrôlent - de quelque façon qu'on les désigne : classes moyennes, bourgeoisie d'Etat, bureaucratie...- assumer leur rôle dans un scénario déjà écrit ailleurs, au terme duquel les sociétés "orientales" accéderaient au pinacle de la modernité, parées de tous ses ornements convenus (rationalité gestionnaire, industrialisation, démocratie, individualisation...).
En 2007, Alain Roussillon nous quittait, à seulement 55 ans, au Caire, laissant derrière lui une oeuvre sociologique et politique d'une rare profondeur. Français et égyptien, chercheur critique familier de ces deux univers intellectuels, Alain Roussillon a engagé la réflexion sur des sujets variés, de la dialectique « Occident-Orient » à la question féminine, de la formation des sciences sociales dans le monde arabe à l'« Égypte politique » d'Anouar al-Sadate et de Hosni Moubarak. Attentif aux contextes de production des savoirs dans le monde arabe, il s'attacha à situer les acteurs dans leurs filiations historiques et leurs champs d'interaction. En rassemblant quelques-uns de ses textes majeurs, Laure Guirguis et Hamit Bozarslan rappellent la place qui fut la sienne dans les études sur les sociétés arabes et soulignent l'actualité de nombreuses pistes de recherche qu'il poursuivit avec ténacité.
Loin d'établir un énième bilan des avancées et des reculs de la place des femmes dans le monde arabo-musulman, les auteurs étudient comment la « question féminine » est révélatrice de l'état global des sociétés égyptiennes, marocaines et jordaniennes. Les volontés émancipatrices de la femme provoquent le débat. Cependant, le clivage n'est pas aussi net entre les « modernistes » et les « traditionalistes ». La mouvance islamique est à la fois un lieu de résistance aux changements et un terreau où s'expérimentent des formes d'affirmation de la condition féminine. Néanmoins, une fracture existe entre des élites féministes, dites « occidentalisées », et les courants islamistes, qui trouvent écho dans de larges secteurs de la population féminine.