Albert Ogien
Albert Ogien
Les débats passionnels à propos de l'oeuvre de Pierre Bourdieu et de ses engagements publics ont longtemps limité l'expression d'une critique scrupuleuse de son travail. Alors que ces débats commencent à s'estomper, ce livre propose une analyse du coeur de son projet intellectuel : sa théorie de la pratique. Les textes qu'il réunit examinent l'usage des notions que Bourdieu a introduites dans le lexique de la sociologie et de l'anthropologie et qui en font désormais partie : champ, habitus, capital, réflexivité, familiarité, intérêt, désintéressement, critique, position scolastique. Sociologues, philosophes et linguistes s'attachent ainsi, chacun à leur manière, à rendre compte d'un aspect de la théorie de la pratique de Bourdieu, en ouvrant une réflexion sur sa pertinence et sur les lacunes et contradictions qui ont provoqué sa remise en cause ou son rejet. Ce livre n'est pas un plaidoyer pour ou contre Bourdieu. Il cherche plutôt à présenter une confrontation raisonnée de ses thèses avec celles qui ont été élaborées par les approches qui, depuis une vingtaine d'années maintenant, ont renouvelé l'enquête en sciences sociales, en l'orientant résolument vers l'analyse empirique de la pratique, dont la collection « Raisons pratiques » a été l'un des lieux majeurs de développement en France.
La légitimité des luttes sociales est généralement appréciée à l'aune de leur portée universaliste. Cette exigence universaliste a dominé la pensée de gauche tout au long du XXe siècle où la quête d'émancipation reposait principalement sur les épaules de la classe ouvrière. Albert Ogien démontre qu'aucune cause (féministe, décoloniale, homosexuelle, etc.), aussi "particulière" soit elle, ne fait le deuil de la part d'universel qu'elle contient nécessairement en elle.
Ce livre original, écrit par un sociologue et une philosophe, analyse le sens politique de la désobéissance, en l'articulant à une analyse approfondie des actes de désobéissance civile qui prolifèrent dans la France d'aujourd'hui
Le livre propose de substituer à la notion de "société civile" celle de "pratiques politiques autonomes", qui permet de saisir les caractéristiques particulières de chacune des initiatives prises par des associations ou des collectifs pour s'occuper d'un aspect de la vie collective ou politique d'une société. Il montre d'abord comment ces pratiques remplissent une fonction de socialisation politique que les institutions sociales ne parviennent plus à assurer. Il s'intéresse ensuite à un type particulier de ces pratiques : celles qui investissent le champ de la politique pour jouer un rôle dans l'activité de gouvernement. Ces pratiques composent ce qu'on nomme ici l'activisme sauvage. À partir des expériences d'exercice du pouvoir par des citoyens ordinaires, le livre analyse la légitimité de cet activisme, dégage ce qui le différencie du militantisme partisan traditionnel et montre comment il est en train de façonner une politique, en favorisant la vigilance des citoyens sur les conduites des pouvoirs en place ou en concourant aux élections locales ou nationales pour contribuer, si peu que ce soit, à changer de monde.
Dans son usage actuel, le terme " populisme " traduit une facilité de langage qui conduit à ranger sous la même étiquette d'un côté les discours racistes, misogynes ou homophobes, et de l'autre, le rejet des politiques néolibérales ou l'exigence d'honorer les promesses de la démocratie. Un anathème bien commode dont Sandra Laugier et Albert Ogien explorent ici la nature profondément antidémocratique, celle qui nie au " peuple " la capacité de prendre en charge les affaires publiques.
Après le succès et le grand écho rencontrés par (2010), les auteurs scrutent l'extension du domaine de la désobéissance en examinant les mouvements de protestation dans les pays développés, les révoltes contre les dictatures, les mobilisations globales et les luttes pour l'autonomie à travers la revendication de " démocratie réelle " qui s'y exprime souvent.
Cet ouvrage rend compte de l'intérêt manifesté par les sociologues contemporains pour Wittgenstein, et propose une réflexion innovante sur les conditions d'avènement d'une sociologie plus en phase avec la réalité fondamentale des processus sociaux. Le détour wittgensteinien, utile pour s'émanciper d'une certaine tradition "bourdivine", prend tout son sens avec la promotion d'une approche du social inspirée par une théorie de la connaissance. Ce livre répond de manière lucide et engagée à la question lancinante de la scientificité et de la fécondité réelles de la sociologie.