Anne Alombert
Anne Alombert
L'intelligence artificielle représente un bouleversement anthropologique. Selon ce dossier coordonné par Nicolas Léger et Adrien Tallent, l'IA entre en concurrence avec l'esprit humain et menace la démocratie. Mais le corps, les figures du bricoleur et du hacker, et les communs permettent d'organiser la résistance contre et avec l'IA. À lire aussi dans ce numéro : Un axe Poutine-Trump ? ; La nouvelle crise des Grands Lacs ; Kaléidoscope Lévi-Strauss ; Redécouvrir Calvino ; Révolutions laïques et contre-révolutions religieuses.
L'intelligence artificielle n'existe pas, c'est la bêtise artificielle qui caractérise notre époque. La simulation des capacités expressives - écrire, parler, créer - conduit à leur prolétarisation. Nous sommes désormais confrontés à l'automatisation du langage et à la disruption des relations. A l'ère des IA génératives, il est essentiel de saisir l'idéologie des entreprises qui s'approprient ces technologies, leurs modèles économiques et leurs conséquences politiques. Mais il est impossible d'opposer machines et humains. Au contraire, nous devons interroger leur co-évolution pour comprendre les effets des automates algorithmiques sur nos esprits, nos cultures et nos sociétés. Ainsi nous pourrons les mettre au service de l'intelligence collective et de la contribution. Anne Alombert est agrégée de philosophie, enseignante-chercheuse en philosophie contemporaine à l'Université Paris 8 et membre du Conseil National du Numérique. Ses recherches portent sur les rapports entre savoirs et technique dans l'histoire de la philosophie, notamment dans les travaux de Gilbert Simondon, Jacques Derrida et Bernard Stiegler, ainsi que sur les enjeux anthropologiques, épistémiques et politiques des transformations technologiques contemporaines.
Les technologies numériques ont envahi nos existences à travers des dispositifs que leurs créateurs ne semblent plus maîtriser. Et si le mythe d'une intelligence artificielle réalisée par la révolution numérique ne servait qu'à dissimuler ses conséquences désastreuses ? Comment sortir de cette schizophrénie numérique ? Ce ne pourra être en opposant une fois de plus humain et machine. Au contraire : il nous faut prendre soin de nos milieux numériques et ne pas laisser une poignée d'acteurs privatisés s'en emparer. Cet essai nous invite à transformer les technologies qui contrôlent nos cerveaux connectés en technologies réflexives et contributives. Pour, enfin, transformer le poison en remède. Anne Alombert est agrégée de philosophie, enseignante-chercheuse en philosophie contemporaine à l'Université Paris 8 et membre du Conseil National du Numérique. Ses recherches portent sur les rapports entre savoirs et technique dans l'histoire de la philosophie, notamment dans les travaux de Gilbert Simondon, Jacques Derrida et Bernard Stiegler, ainsi que sur les enjeux anthropologiques, épistémiques et politiques des transformations technologiques contemporaines.
Après avoir passé cinq années en prison, où il s'est converti à la philosophie, Bernard Stiegler s'efforce de « penser la technique ». Depuis les peintures rupestres préhistoriques jusqu'aux industries numériques contemporaines, en passant par le cinéma ou encore la télévision, il interroge la manière dont l'évolution des supports artificiels transforment nos consciences, nos mémoires, nos imaginations et nos sociétés. Bien que d'une grande actualité, la pensée de ce philosophe majeur du XXIe siècle demeure souvent hermétique, en raison de sa profondeur et de sa complexité. Ce livre a pour but de la rendre accessible en la resituant dans ses contextes historique et théorique et en montrant sa pertinence dans l'époque contemporaine. Il fournit ainsi aux lecteurs des points de repères pour circuler dans l'oeuvre de Stiegler tout en explicitant les nouveaux chemins théoriques et pratiques que cette oeuvre permet d'ouvrir, pour affronter l'urgence des enjeux actuels, en particulier ceux du transhumanisme, de l'intelligence artificielle et de l'Anthropocène.
Non, l'intelligence artificielle n'a rien d'intelligent. En collectant les savoirs humains, elle ne peut produire que la moyennisation et le mimétisme. Qui plus est, cette collecte s'opère à des fins lucratives, transformant notre vie quotidienne en source de profits. Formant un tandem inattendu, une philosophe et un économiste nous proposent une analyse croisée de ce grand mouvement de capitalisation des êtres. Ils démontrent que les logiques sous-jacentes au développement de l'IA sont loin de l'objectivité scientifique ou de la neutralité politique, et que les algorithmes engendrent le risque d'une disparition du corps et d'une automatisation des esprits. Mais ce livre est surtout une invitation à la résistance et à l'invention de nouvelles manières de vivre, en renouant avec le paradigme des communs et de l'économie contributive. Maîtresse de conférences en philosophie contemporaine à l'université Paris 8, Anne Alombert s'intéresse aux enjeux des technologies numériques. Elle est l'autrice de Schizophrénie numérique (Allia, 2023) et de Penser l'humain et la technique (ENS Éditions, 2023). Directeur de recherche au CNRS, économiste en chef de l'Agence française de développement jusqu'en 2019, jésuite, Gaël Giraud a fondé le programme de justice environnementale à l'université de Georgetown. Il est notamment l'auteur de Composer un monde en commun (Seuil, 2022).
Les pensées de Gilbert Simondon et de Jacques Derrida n'ont jamais été étudiées de manière conjointe, alors même que les deux auteurs partagent un contexte historique, un milieu théorique ainsi qu'un ensemble de problématiques communes qui animent leurs réflexions dans le champ philosophique des années 1960. Ce livre propose de remédier à ce manque en confrontant les pensées des deux auteurs autour de trois grandes questions : celle de la métaphysique et des rapports entre philosophie et sciences, celle de l'humain et des rapports entre vie et conscience, et celle de la technique et des rapports entre mémoire et archives. Autant d'interrogations qui ressurgissent aujourd'hui, face aux menaces de l'Anthropocène et du transhumanisme. L'articulation des pensées de Simondon et de Derrida constitue ainsi une ressource fondamentale pour dépasser les oppositions entre animalité et humanité, nature et culture ou nature et technique. Elle permet de repenser les rapports entre vie, technique et esprit hors des schémas dualistes, ainsi que d'appréhender les enjeux anthropologiques des mutations technologiques contemporaines.