Anne Chamayou
Anne Chamayou
Univers de la parole inconsistante, médisante ou scandaleuse quand la littérature prétend à la dignité du sens et à la pérennité de son discours ; activité des femmes bavardes, des badauds impuissants et des mondains désoeuvrés quand l'écrivain engage l'essentiel d'une vie, d'une vision, d'un art, fût-ce même d'un jeu, dans le travail fixé d'une écriture, le potin relève de ces pratiques délectables mais indignes et parfois délectables à proportion de leur indignité qui sont sans doute inhérentes à la vie sociale mais semblent sans relation, sans mesure commune avec cette autre pratique délectable mais souveraine qu'est la littérature. Opposés l'un à l'autre dans leurs modalités, leur vocation, leurs victoires, la littérature et le potin entretiennent pourtant des affinités que, malgré l'insolence du rapprochement, le colloque de Perpignan a souhaité explorer. Si l'on connaît les situations et les milieux où, dans l'histoire de la littérature, celle- ci a trouvé à s'épanouir, il reste à analyser par quels processus les propos tenus dans les cercles ou les salons deviennent matière d'oeuvres et au prix de quelles transformations. Comment le potin est-il fait littérature ? Inversement, pour autant que la littérature participe elle aussi d'un discours social à large spectre, on peut se demander quelle place elle accorde à cette forme de commérage, avec quelle autorité, quelle jubilation, au prix de quelle mauvaise conscience, au mépris de quelle représentation de l'écrivain ? Portrait de l'artiste en « potineur » ou comment la littérature se fait potin... D'autre part, la relation entre littérature et potin intéresse la fiction, à la fois comme catégorie morale et comme modalité de récit. En effet, si potiner consiste essentiellement à échanger ce qui est présenté comme une information, tout l'enjeu de cette information - qualité discriminante à quoi s'évalue le potin - est celui de sa vérité. Et pour peu que cette information soit développée, sa structure est celle du récit, au coeur le plus souvent de la conversation. On pourra donc confronter les oeuvres aux événements ou aux êtres qu'elles « potinisent » pour mesurer quel usage est fait des potins, quelle relation au romanesque ils entretiennent selon qu'ils sont vérifiés ou falsifiés, selon qu'ils engendrent, noyautent ou entravent le récit. Cette réflexion a pu s'étendre au-delà du roman, à l'ensemble des genres et des formes littéraires, ceux où le potin est le plus attendu (lettres, romans à clés, portraits, satires, ou caractères, pamphlets, gazettes, journaux, carnets), ceux où on ne l'attendrait pas (poésie, théâtre), et ceux où sa présence paraît trahir les exigences ordinaires du genre, celles du sérieux et de l'objectivité par exemple (mémoires, chroniques ...). Les actes de ce colloque, où le potin fut considéré dans tous ses rapports (thématique, structurel, métalittéraire, générique, stylistique etc...) avec la littérature et ceux qui la font, permettent à la fois de tenter une mise au point théorique et d'ouvrir des perspectives historiques.
Les écrivains du XVIIIe siècle ont réservé à la forme épistolaire le destin le plus brillant de son histoire : en déjouant les clivages traditionnels entre littérature et philosophie, réalité et fiction ; en donnant à la création littéraire les règles de l'échange social ; et surtout en reléguant au second plan la hiérarchie classique des genres. « Copyright Electre »
Parce qu'elle ne dénote pas un état mais un processus, la notion de Décomposition, voisine mais distincte de la Déconstruction derridienne, révèle un dynamisme singulier. Entre le tout dont elle est la trace et en même temps l'analyse, et la partie dont elle énumère les constituants ; entre l'avant et l'après; le vivant et le mort; le visible et l'invisible ; le dicible et l'implicite : la notion de Décomposition fournit non seulement des objets de fascination pour la rêverie moderne et des expériences de prédilection pour l'écriture - textuelle et cinématographique - et pour la création artistique, notamment contemporaine, mais aussi un sujet de réflexion inépuisable dans le domaine des passions, de la philosophie, de la linguistique, voire de la politique. Que la Décomposition donne matière à répulsion, compassion ou indignation, son potentiel de violence et sa puissance subversive s'expriment aussi dans le registre parodique et comique, des épopées scatologiques du Moyen-Âge aux machines à excrémentation de l'artiste contemporain Wim Delvoye. D'inspiration principalement littéraire, mettant à l'honneur des écrivains aussi majeurs que Karl Joris Husymans, Yukio Mishima ou Wajdi Mouawad, mais aussi les oeuvres d'auteurs moins connus tels que John Clare, Georges Hyvernaud, Patrick McGrath ou Ellen Melloy, cet ouvrage n'a pourtant pas retenu l'hétérogénéité comme principe (in)directeur. Les articles qui le composent, regroupés en quatre chapitre distincts et articulés, sont autant de pistes à emprunter pour mieux saisir comment la Décomposition, loin de pointer vers le Néant dont elle pourrait de prime abord sembler annonciatrice, ouvre au contraire maints chemins et horizons nouveaux pour l'analyse et le plaisir des textes.
« Le Colloque pluridisciplinaire et international, " l'Esclavage de l'Africain en Amérique du 16e au 19e siècle : les Héritages " a été organisé par l'Association Dodine les 19, 20 et 21 avril 2011 à Fort-de-France. Ce n'était pas, comme d'aucuns pouvaient d'emblée le penser, un colloque de plus eu égard aux multiples rencontres antérieures relatives à l'Esclavage vu du continent européen. La visée ici était tout autre. L'objet assigné se voulait différent, novateur : un colloque axé sur « Les Héritages », à savoir, « les créations des peuples nègres issus des abolitions de l'esclavage au 19e siècle en Amérique. » D'où la définition et la délimitation d'un champ d'interrogations et d'investigations ouvert sur les domaines de l'activité humaine. La manifestation, labellisée « 2011 Année des Outre-Mer Français » a vu ses travaux se dérouler dans d'excellentes conditions. La trentaine de communications fut déclinée en six sessions de demi-journées, animées par des modérateurs avertis. Elles reçurent un écho très favorable d'un public attentif, curieux, de plus en plus nombreux et motivé dans l'échange. En relation avec le colloque, le Vernissage de l'exposition « Prismes d'Artistes ». à l'initiative des Artistes Peintres de l'Association Martiniquaise PABE (Plastik Art Band Experimental) ». E.A « Quel grand honneur que celui d'avoir participé à ce colloque de très haut niveau et de penser qu'il est une graine qui va fertiliser de futurs projets entre nous tous ! » E.T « Je ne connais pas une seule personne qui n1ait parlé de sa satisfaction totale à la fin de la conférence. » M.B
Simon et sa cousine Déborah passent le mois de juillet à la « Datcha », la maison de famille. En fouillant dans le grenier pour tuer le temps, ils tombent sur une étrange photo. On y voit leur grand-père, en compagnie d'une certaine Anna, dont ils n'ont jamais entendu parler. Sans y croire, en y croyant un peu, Simon et Déborah décident d'éclaircir le « mystère ». Et l'affaire s'avère effectivement mystérieuse. Peu à peu, les enfants vont découvrir le passé de leur grand-père, amoureux en 1942 d'Anna, juive polonaise récemment réfugiée en France. Ils vont découvrir que la France n'aura pas longtemps servi de refuge à Anna puisque, le 16 juillet 1942, elle fut raflée en même temps que des milliers d'autres juifs pour être conduite au Vél d'Hiv, puis à Drancy, puis vers les camps de la mort. Pourtant les deux enquêteurs ne se satisfont pas de cet épilogue en forme de point d'interrogation.
Rabelais apprit jadis à l'Europe que le rire était le propre de l'homme. Sur ce point, il se peut que les Européens soient plus hommes encore que les autres : « inventeurs » de la comédie (grecque), de l'esprit (français), de l'humour (anglais), du Carnaval et de la caricature, « possesseurs » de Cervantès, de Charlie Chaplin et de Raymond Devos, ils ont fondé, au mépris des traditions sérieuses qui les ont également traversés, une culture où le rire est conçu à la fois comme un merveilleux conducteur de sociabilité et un irremplaçable instrument de la raison critique. À l'heure où, bon gré mal gré, les Européens se décident à se donner un destin politique commun, il a paru intéressant d'examiner les opportunités que leur offre le rire -pour se comprendre, mais aussi pour se différencier. Y a-t-il un rire européen ? Une façon particulière de rire ensemble malgré des sensibilités culturelles irréductibles à toute uniformisation ? Sur quelles connivences, soutenu par quelles valeurs, au sein de quelles tourmentes, dans l'espoir de quelles libérations, le rire européen fuse-t-il, d'une nation de l'Europe à une autre ou de l'Europe vers les autres continents ? Ces questions méritaient le concours d'historiens, de sociologues, de littéraires et de linguistes, venus de France et de Grande-Bretagne mais aussi d'Allemagne, d'Italie, de Roumanie, du Danemark et du Niger. Dans le vaste éventail qu'ils ouvrent ici, on verra se déployer toutes les facettes d'un rire qui, de Milan Kundera à Pier Paolo Pasolini et de l'Inde à l'Afrique noire fait entendre la voix d'une Europe complexe, à la fois sûre et inquiète d'elle-même, héritière (infidèle ?) et inventrice (épuisée ?) d'une certaine forme d'humanisme de la Joie.