Antón Arrufat
Antón Arrufat
"Je scrutai une dernière fois le visage de mon arrière-grand-mère. J'aurais tant aimé lui accorder cette humanité qui m'a ému dans ses livres, faire apparaître des irisations de délicatesse, de bonté. J'ai entretenu l'espoir de pouvoir relativiser la colère de mon grand-père, de dessiller le regard sur son histoire, espérant qu'il ait involontairement laissé des pistes de côté. Mireille était une femme blessée. Une orpheline confiée à l'Assistance publique. Une survivante, réduite à l'état de bête." Pour brosser le portrait de son arrière-grand-mère Mireille, Robin Josserand dispose d'un témoin privilégié : Jean-Claude, son grand-père. Celui-ci a quatre ans et demi quand sa mère est arrêtée et déportée pour faits de résistance. À son retour, neuf mois plus tard, elle n'est plus la même, désormais incapable de prendre soin de ses enfants. Sa peine, elle l'écrira dans deux livres. Fils mal aimé, Jean-Claude est devenu un homme meurtri. Grâce à de nombreuses conversations avec le narrateur, il pourra enfin saisir toute la complexité de l'histoire de sa mère, esquissant le début d'un pardon. Comment vivre après avoir connu les camps ? Roman familial aux entrées multiples, Après Mireille parle de mémoire et de transmission. Robin Josserand nous entraîne dans une enquête passionnante sur les traces de son aïeule.
La pomme et la flèche (recueil dont voici une sélection de textes) ouvre de nombreuses pistes de réflexion tant artistiques que sociales. Ni essais ni pièces de théâtre, ces textes redonnent vie à une pulsion de théâtre sous la forme d'entretiens et d'articles de presse. Nous pourrions nous aventurer à dire qu'ils constituent une archive vivante de littérature dramatique, et à la fois un manifeste en faveur du théâtre. Antón Arrufat nous y livre une réalité théâtrale aujourd'hui disparue, souvent insaisissable parce que précisément il nous manque, à nous lectrices et lecteurs d'aujourd'hui, le présent de jadis, le présent de l'auteur au travail. Il conviendrait alors d'en construire une mémoire culturelle, puisque celle-ci régit notre relation au théâtre. Véritables vignettes documentaires, ces écrits attestent d'une solide connaissance de la scène internationale et cubaine du xxe siècle, et mettent en regard différentes composantes théâtrales, loin de la logique actuelle du créateur scénique omniscient. Tous ces aspects nous ont convaincus de la nécessité de faire découvrir cette parole dramaturgique unique, pensée depuis l'expérience de l'écriture, dont le noeud névralgique de la destinée constitue l'enjeu majeur, tant dans la tragédie contemporaine que dans la vie quotidienne. Voilà donc un premier échelon vers un autre dialogue entre le théâtre français et le théâtre hispanophone qui donne à lire de de nouveaux récits sur le théâtre contemporain.