Benjamin Ferron
Benjamin Ferron
Comment des personnes mobilisées autour de la défense d'une cause - amélioration des conditions de travail, anti-racisme, défense de l'écologie, féminisme - peuvent-elles donner une large publicité à leurs revendications ? Comment transformer ces revendications en « débats de société » ? Doivent-elles jouer le jeu des médias ou chercher à les contourner en créant leurs propres moyens d'information ? Pour répondre à ces questions, ce manuel propose une synthèse des recherches sur la médiatisation des mouvements sociaux et les stratégies d'information et de communication des organisations protestataires. Ces stratégies renvoient à l'ensemble des pratiques journalistiques, militantes et citoyennes qui contribuent à donner sens, publiciser et politiser les activités et revendications de groupes d'intérêt tels que les partis d'opposition, les syndicats de travailleurs, les associations et ONG, les collectifs militants informels ou les réseaux d'activistes. Qu'il s'agisse de mobiliser le corps et les émotions des militants, de prendre la parole en public, de faire un usage stratégique de dispositifs d'information, de produire un discours collectif, d'accéder aux médias de grande diffusion et d'en séduire les journalistes, ou de créer des réseaux d'information et de communication indépendants en ligne, le répertoire de communication des mouvements sociaux inclut des moyens diversifiés. Un livre indispensable pour comprendre les nouvelles pratiques militantes qui contribuent à politiser les discours sur les médias et le journalisme et à reconfigurer les règles du jeu politique.
Face au poids électoral croissant de l'extrême droite en France, ce dossier met à l'épreuve l'hypothèse d'une « extrême-droitisation » de l'espace médiatique. Différentes dimensions de ce phénomène sont examinées : l'évolution des pratiques de communication médiatique et numérique au sein du FN-RN, les dynamiques d'engagement dans les mobilisations informationnelles des droites radicales, la visibilité exacerbée des acteurs et des thématiques d'extrême droite dans les médias audiovisuels en période électorale. Le dossier entend ainsi contribuer à l'analyse des récentes transformations des rapports de force politiques et médiatiques.
Les pratiques amateur, foisonnantes et hétéroclites, restent largement méconnues, en particulier dans le domaine des médias et du journalisme, alors qu'elles représentent bien souvent une part importante des activités culturelles et sociales. Les recompositions récentes de l'espace public médiatique ont fait émerger la figure du « journaliste amateur », tantôt perçu comme le fossoyeur du journalisme professionnel, tantôt célébré comme un agent de démocratisation de l'expression publique. Cette publication entend faire avancer les connaissances empiriques et la réflexion théorique sur ce « journalisme amateur » et les pratiques de diffusion des biens culturels ordinaires par les médias. Les relations entre espaces profanes et espaces professionnels, les médiations techniques et sociales des pratiques amateur, les conditions et les effets de leur inscription dans la durée, constituent autant de points d'entrée privilégiés sur le matériau empirique diversifié de l'ouvrage : les publications alternatives en Tchécoslovaquie, un réseau de médias libres à Mexico, les correspondant locaux d'un titre de presse quotidienne régionale en France, une entreprise de production de logiciels éducatifs en Grande-Bretagne, ou encore des blogs musicaux, de cinéma ou de bande dessinée. À rebours des discours normatifs dont le « journalisme amateur » est le plus souvent l'objet dans des débats publics récurrents, les analyses proposées ici s'appuient sur une étude sociologique fine des individus et des groupes considérés, ainsi que des données de cadrage pour articuler étroitement l'étude des relations entre champs professionnels et espaces amateur, d'une part, et entre les sujets et les objets de leurs passions politiques ou culturelles, d'autre part.
L'étude de Benjamin Ferron propose de revenir sur les stratégies politiques et médiatiques d'un réseau transnational de militants, le zapatisme mexicain, souvent considéré, après son émergence en 1994, comme le principal initiateur des mobilisations altermondialistes qui ont marqué les années 1990 et 2000. L'auteur compare les stratégies déployées par les militants de ce réseau pour construire publiquement une cause " globale " centrée sur la lutte contre la mondialisation néolibérale et, progressivement, le problème de la démocratisation des médias au Mexique et dans le monde.