Bernadette Lizet
Bernadette Lizet
Ouvrage à caractère pédagogique, proposant une méthode de lecture du paysage agraire : prendre des repères pour une découverte visuelle systématique puis la compléter par une enquête. L'analyse du paysage rural d'une commune de Haute-Savoie apporte un exemple détaillé d'interprétation.
Avec ce livre, à travers les subtilités d'une culture et d'un art du négoce, se révèle ainsi tout un pan méconnu, passionnant, de l'histoire rurale de la France. Enquête captivante sur l'apogée de la civilisation du cheval, ce livre retrace l'histoire de trois générations de maquignons. S'y déploient un éclatant savoir-faire et une relation intéressée, mais aussi intime, profonde, entre l'animal voué au travail et les marchands. À pied ou en train, pendant plus d'un demi-siècle, ces voyageurs acharnés ont placé des dizaines de milliers de poulains de Bretagne chez le paysan, l'artisan ou l'entrepreneur du Centre et l'Est de la France. Ils furent les derniers héritiers d'une longue histoire, d'un art de conduire les affaires en foire, dont ils maîtrisaient tous les codes et les secrets. À partir de centaines d'heures d'entretiens, de carnets et documents, Bernadette Lizet construit ici un récit précis et sensible. Elle nous plonge dans la vie des marchés aux chevaux, là où se pratique le "vol honnête", où les wagons de poulains arrachés à leurs mères traversent le pays en une nuit, où l'on masque leurs défauts et leurs tares, en les habillant en "robe de mariée". Daniel et ses frères bonimentent. Ils aiment donner la leçon aux orgueilleux et aux "petits-clients" en défendant leur honneur et leur respectabilité. Avec ce livre, à travers les subtilités d'une culture et d'un art du négoce, se révèle ainsi tout un pan méconnu, passionnant, de l'histoire rurale de la France.
En quelques dizaines d'années, le cheval de trait a disparu de nos villes et de nos campagnes. Cette éclipse brutale a fait perdre la mémoire d'un compagnonnage quotidien entre l'homme et l'animal. Jusqu'au début du XXe siècle, le cheval est partout au travail : il actionne la meule du moulin, le broyeur à ajonc, les rouages de la brasserie industrielle, le manège de la machine qui pompe l'eau au fond de l'ardoisière, ou celui de la batteuse de la ferme. Il tire la diligence comme la charrue et peuple par dizaines de milliers les grandes villes (14 000 pour la seule compagnie des omnibus à Paris en 1905). Aujourd'hui, alors que les signes d'un renouveau se font sentir dans les vignes, les espaces protégés, les forêts patrimoniales et certaines villes, la réédition de l'ouvrage classique de Bernadette Lizet paraît indispensable. S'appuyant sur une documentation unique, originale, et avec un style toujours clair, l'auteure invite ses lecteurs à s'écarter de l'image réductrice de l'équitation de sport et de loisir. Elle fait revivre l'histoire d'une relation intime et familière, en décrivant les gestes et les outils avec lesquels le cheval est conduit, ferré, harnaché, soigné, logé, accompagné depuis sa naissance jusqu'à sa mort. C'est tout un monde d'éleveurs, de guérisseurs, de maquignons, de charretiers, d'artisans et d'ouvriers qui renaît ainsi sous nos yeux. Un monde d'interactions subtiles, de savoir-faire, de plaisirs et de peines partagées entre les hommes et leurs chevaux.
Aussi massif qu'évanescent, le cheval noir de la Nièvre fut inventé, modelé, sculpté de toutes pièces voici un siècle. On l'a voulu reproducteur d'élite, voué aux concours de race et authentifié par un livre généalogique. L'objectif de ses créateurs était de prendre place sur le marché des géniteurs d'exportation, marché lucratif et prestigieux, mais très encombré. Quand le cheval noir fit son entrée, les éleveurs nivernais avaient déjà réalisé leur chef-d'oeuvre : le boeuf « blanc », charolais d'origine, affiné et « marqué » dans la Nièvre. Côté chevaux, les hommes du Perche tenaient alors le haut du pavé avec leur fameux percheron, le cheval de trait par excellence, qui fascinait la riche clientèle américaine. Sur tous ces fronts, le Nivernais dut mener un combat incessant. Aujourd'hui encore, en 1988, la presse se mobilise pour la cause du « trait nivernais », le « noir de velours », « fleuron du département » dont subsistent quelques rares spécimens, choyés par des éleveurs passionnés. L'exemplaire aventure de ce mastodonte montre comment des conflits sociaux peuvent se vivre par animal interposé, notamment autour du clivage entre cheval de trait et cheval de selle, si riche de sens dans notre histoire. À partir d'une patiente et minutieuse enquëte ethnohistorique, Bernadette Lizet interroge la notion de « sang sous la masse », et nous invite à une passionnante réflexion sur l'émergence des races de trait au siècle dernier. S'y confrontent les enjeux sociaux et les données biologiques, les contraintes techniques et les représentations collectives, au rythme des revirements de la mode, mais aussi des lentes inflexions de l'histoire.