Bernard-G. Landry
Bernard-G. Landry
Trop pris par son activité militante à la C.G.T., Gabriel n'a plus le temps d'écrire, mais il a toujours celui de rêver. Alors, il imagine qu'il pourrait écrire l'histoire de Louis, écrivant le roman de Claude en train d'écrire, Robert écrivant l'arrivée d'André à Bologne. Parcourant ainsi en tous sens les cercles de l'imaginaire en compagnie de femmes, qui ne sont jamais ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre, il finit par mettre à jour les véritables raisons qu'il a de ne plus écrire. Réflexion sur la littérature, mais aussi sur l'amour, l'érotisme, la politique, le communisme, la peinture italienne du Quattrocento, le livre pourrait n'être qu'un jeu intellectuel si, parmi les drôleries, les jeux de mots, les perspectives en trompe-l'oeil et en trompe-l'esprit, ne finissait par se dessiner l'inquiétude d'un homme qui cherche passionnément les réponses honnêtes aux questions qu'il se pose. Au bout du parcours, Gabriel renonce à écrire...
Quand, au V ème siècle, les Vikings débarquent sur l'Île Molle, ils y trouvent une tribu d'amazones noires et farouches. Tout semble prêt pour un affrontement mais un miracle se produit... Quand le lecteur débarque sur la contemporaine Ile Molle, il découvre les fastes séculaires des cérémonies funèbres organisées pour le défunt président... On songe à Swift et à Rabelais en lisant ce roman où il n'est pas interdit de percevoir quelques allusions à la France d'aujourd'hui.
« Filipa parut aussi surprise que moi. Sans esquisser le moindre geste, ni de défense ni d'attaque, elle regarda Lotte toute nue l'ajuster tranquillement avec le pistolet et tirer. Lotte revint vers le camion, sauta à côté de moi et claqua la portière de la cabine qui s'emplit aussitôt de l'âcre parfum de sa transpiration et du plaisir, sans doute, qu'elle venait de se donner à tuer Filipa. - Fonce, Alfonse ! dit-elle au pape... » Un homme part à la recherche de sa femme (de la femme ?). Il mène l'enquête, la quête, et se trouve précipité de mésaventures en mésaventures, ballotté par les événements et transporté par ses fantasmes. Un livre baroque, cocasse et grave, dont la cruauté ne parvient pas toujours à verrouiller la tendresse et qui laisse le lecteur essoufflé, abasourdi par tant de péripéties, tant de personnages incroyables et vrais. Mais, attention ! Le Rêveur au pistolet n'est pas qu'un polar à l'italienne sur fond de terrorisme et de libération de la femme... N'est-il pas aussi une sorte de bande dessinée sans dessins mais bourrée d'images, abordant avec cette irrévérence où la dérision est une forme de pudeur, quelques-unes des questions que chacun se pose ? Il se pourrait que ce livre primesautier soit tout simplement une belle histoire d'amour... d'amour de la littérature, bien entendu.