Bernard Kouchner
Bernard Kouchner
1979, Mer de Chine : un navire blanc s’ancre face à l’île de Poulo Bidong. À son bord, Bernard Kouchner et son équipe tentent l’impossible pour sauver des milliers de boat people vietnamiens.
1974, palais de l’Élysée : une tragédie politique en vers, où Giscard, Mitterrand et Chirac s’affrontent avec la verve de Racine et la mordacité de Charlie Hebdo. Qui sortira vainqueur de cette satire théâtrale aussi savoureuse qu’impitoyable ?
Deux enfants terribles de la politique racontent leurs parcours et leurs espoirs avec une honnêteté intellectuelle qui éclaire les cinquante dernières années. Comment ces deux acteurs atypiques de la vie publique, longtemps de chaque côté du rideau de fer, ont-ils vécu l'après-guerre, leurs racines juives, le communisme, les guerres coloniales, les évènements de 1968, le conflit israélo-palestinien, la guerre d'Irak, les crises européennes et les récents événements ukrainiens ? Pour la première fois, ils osent tout se dire, défendre leurs positions respectives et aussi - chose si rare en politique - reconnaître leurs erreurs. Un dialogue sans frontières entre deux amis dont les combats n'ont cessé de se rejoindre. Des "Mémoires croisées" où vibre le même idéal : l'esprit de résistance et la liberté des hommes.
Le fossé se creuse entre l'Occident et les pays démunis : nous bougonnons devant les difficultés d'une Europe dont les habitants ont en moyenne grossi de six kilos en quinze ans alors que deux milliards d'individus survivent à la limite de leurs forces... Fini, le coeur sur la main, voici la charité industrielle. Je sais que le sens se perd à utiliser à tort et à travers ce grand mot de Charité. Trop souvent, même chez les Chrétiens, on l'aura confondu avec l'aumône... Médecin, je ne me définis pas en face de la santé, mais dans le combat contre tout ce qui lui porte atteinte. Les plaies ont leur évidence propre quel que soit le grain de la peau. Il en est de même pour les Droits de l'Homme, objet d'un grand tumulte. Jamais je ne me suis interrogé sur l'aspect dévié ou manipulé de ces Droits de l'Homme. Il suffit de se trouver toujours du côté de ceux qui reçoivent les bombes et non de ceux qui les lancent. Une seule règle : se tenir au chevet des minorités. Sans illusion. Les minorités elles-mêmes peuvent devenir oppressives... B.K.
"J'ai écrit ce livre pour mes amis morts à Bagdad. Je les avais croisés au fil de ma vie, singulièrement dans les Balkans. C'était une si belle équipe ! Un groupe d'hommes et de femmes qui venaient de tous les pays, de toutes les croyances, et qui avaient en commun le désir d'apporter plus de douceur aux damnés de ce monde. Pendant deux ans, du Kosovo à l'Irak, ils se sont battus, pied à pied, afin de proposer une vie sans meurtre, une vie avec moins de haine, à des peuples que l'Histoire avait, depuis des siècles, jetés dans l'affrontement. J'ai eu le privilège de travailler avec ces militants du monde, ces "guerriers de la paix". Quand je pense à eux, je me dis : nous n'avons pas échoué. Et nous avons eu la chance immense de nous aimer. Auprès d'eux, j'ai appris qu'entre l'humanisme de ma jeunesse et le cynisme auquel je ne suis tant de fois heurté, il y a place pour la politique".
A douze ans, en 1951, il milite aux Jeunesses communistes. Il adhère ensuite à l'UEC pour s'opposer à la guerre d'Algérie, puis devient médecin. Il découvre à Cuba la violence castriste. Alors il passe de la politique à l'aventure et parcourt la plupart des guerres civiles et des lieux de désastre. Gastro-entérologue, il apprend sur le terrain la chirurgie de guerre. C'est l'époque des French Doctors, de Médecins sans Frontières puis de Médecins du Monde : la Jordanie de Septembre noir, les tremblements de terre en Amérique latine et en Afrique, le Kurdistan, l'Irlande du Nord, la chute de Saïgon, les boat-people en Mer de Chine, Beyrouth, l'Afghanistan, la Somalie, récemment le Rwanda massacré. Des millions de morts. Pour que tout cela trouve un écho, Bernard Kouchner prend souvent la parole. Très souvent. Devenir ministre de l'Action humanitaire et de la Santé donne plus de portée à sa voix. Ainsi peut naître son "droit d'ingérence", consacré par l'ONU. Dès la première phrase, Bernard Kouchner donne le ton : "Je crois qu'il faut s'attendre au pire : c'est la meilleure façon de rester optimiste...".