Blais Marie-Claire
Blais Marie-Claire
En écho aux derniers tomes de la série Soifs et dans le prolongement des Carnets américains, cet essai - chronique de l'actualité états-unienne et méditation sur les dangers de notre temps - enregistre, à la manière d'un sismographe affolé, les soubresauts de l'ère Trump, du scandale des enfants migrants séparés de leurs parents à la frontière du Mexique à la nomination du juge Kavanaugh à la Cour suprême. Marie-Claire Blais pose ici le même regard généreux et inquiet sur un monde ébranlé et dangereux, avec le même souci des opprimés, la même langue au service d'une urgence devant laquelle elle ne peut se taire. Exprimant d'un même souffle l'indignation, la colère, la consternation et l'angoisse de l'avenir, elle fait surgir des images qui saisissent et perturbent le lecteur, et qui font la force de son écriture.
Décembre 1999. Une île aux abords du golfe du Mexique. Renata est convalescente. Pendant les trois jours et les trois nuits de fête où l'on célèbre la mise au monde d'un enfant et la fin d'un siècle, dans cette île qui pourrait être Key West, ou la Jamaïque, des êtres se croisent, se rapprochent, puis s'éloignent à nouveau, comme des vagues qui roulent et se déroulent : des riches et des pauvres, des artistes des enfants, des jeunes sur qui plane la menace du Sida, un juge, des boat-people. Toute une humanité qui, comme Renata, partage les même soifs : de plaisirs, d'ivresse, mais aussi de justice.
Peintres, musiciens, poètes, photographes, chorégraphes multiplient les regards égoïstes ou généreux sur l'univers que décrit Marie-Claire Blais, le plus souvent impuissants face à sa destruction qu'ils fuient dans l'alcool ou la drogue, parfois l'amour ou plus souvent le sexe. Le monde lui-même explose, spatialement et temporellement, puisque ce récit très contemporain se projette souvent dans le passé ou dans d'autres continents (l'Afrique et la Chine, entre autres, mais aussi l'Iran ou l'Amérique du Sud, Uruguay, Colombie...). Cette vaste symphonie (qui a une cinquantaine de personnages traités presque à égalité et qui est écrite en très longues périodes) est aussi une réflexion sur les guerres, les racismes, les sexismes, la création artistique, les perversions familiales, les dérives, les désirs, les délinquances : tout s'entremêle dans un élan lyrique, très intense et enchevêtré, mais jamais confus. Il faut suivre la respiration intérieure du style et la vision globale que Marie-Claire Blais a de l'humanité et de l'histoire, à travers un filtre pessimiste, nocturne, mais aussi imprégné d'amour et de compassion, dans un paysage dominé par les tyrannies et les terreurs. Marie-Claire Blais, canadienne, est née en 1939. Elle a obtenu le prix Médicis en 1966 pour Une saison dans la vie d'Emmanuel (Seuil, " Points "). Son œuvre romanesque, théâtrale, critique et poétique, couronnée de nombreux prix et publiée en France chez Gallimard, Laffont, Grasset, Belfond, compte une cinquantaine de titres parmi lesquels : La Belle Bête, Le loup, Une saison parisienne, Les Nuits de l'Underground, Pierre, Le sourd dans la ville, Visions d'Anna. Les éditions du Seuil ont publié Soifs et Dans la foudre et la lumière. Elle fait partie de l'Académie Royale de Belgique et de l'Académie des Lettres du Québec.