Blanche Leridon
Blanche Leridon
Il n'existe aucun mot dans la langue française pour désigner la fratrie au féminin. Un oubli dont on peut aisément déterminer les causes : une fratrie uniquement composée de filles a longtemps été considérée comme un échec dans nos sociétés où la descendance passe par les fils. Pourtant, des Petites filles modèles à Kate et Pippa Middleton, de Simone et Hélène de Beauvoir à Venus et Serena Williams, des sept Pléiades antiques aux soeurs Halliwell de Charmed, les exemples héroïques et ordinaires sont nombreux. Soeurs rivales, complices ou sorcières : ce livre nous plonge dans un univers familier et mystérieux, plus politique qu'on ne le pense, où l'on entrevoit les prémices de la solidarité féminine. Par cette traversée à la fois intime et universelle, Blanche Leridon, elle-même cadette d'une fratrie de filles, explore un impensé du féminisme et se livre à une passionnante archéologie de la sororité. Essayiste, directrice éditoriale d'un think tank et enseignante à Sciences Po, Blanche Leridon s'intéresse aux liens entre quotidien, intimité et politique. Elle a déjà publié Odyssées ordinaires. Le matin, mode d'emploi (Bouquins, 2022).
Nous avons un problème avec la fin. Interrompre la lecture d’un livre, disparaître alors que la fête bat son plein, précipiter son retour de vacances, s’accrocher à une relation qui s’épuise, ne jamais terminer l’aménagement de son appartement… Ces inachèvements, des plus sérieux aux plus anodins, sont une matière vibrante pour réfléchir à notre époque dans laquelle rien ne semble devoir se terminer. Pourtant, celle-ci est plus que jamais traversée par l’angoisse de sa propre fin. Loin de réduire cette tendance au mal contemporain de l’inattention, Blanche Leridon explore les ressorts intimes de ces abandons que nous vivons le plus souvent comme des échecs ou des renoncements coupables. Peut-on les accueillir plus généreusement ? Et si l’inachevé n’était pas seulement une fuite, mais aussi une forme de lucidité, de courage et de liberté ? Nourri de références littéraires, cinématographiques et de récits personnels, cet essai sensible et percutant touche à un endroit particulier de nos vies où se croisent l’enfance, l’amour, la mort, les rêves. Il explore avec humour et mélancolie les chantiers perpétuels que sont les « territoires d’inachèvement » de nos existences. Blanche Leridon est essayiste et enseigne à Sciences Po. Elle est l’autrice d’Odyssées ordinaires. Le matin, mode d’emploi (Bouquins, 2022) et du Château de mes soeurs. Des Brontë aux Kardashian, enquête sur les fratries féminines (Les Pérégrines, 2024 ; Points, 2026). Ce dernier a obtenu le prix de l’essai Psychologies Magazine en 2024.
Le matin nous appartient-il encore ? Dans cette variation tout à la fois profonde et divertissante, il apparaît comme un enjeu résolument contemporain.Le matin est représentatif de notre rapport schizophrène au temps, un temps que beaucoup préfèreraient passer à l'horizontal mais que de présumées bonnes moeurs - la morale, la religion ou la société capitaliste - ont imposé comme vertical ; où l'intimité du quotidien côtoie sans résistance le tumulte du monde. Un temps également saturé d'images qui ont façonné nos comportements : la publicité, les séries télé, l'art ou la littérature ont construit des représentations d'un matin tantôt homogène, rassurant et familial tantôt solitaire, routinier et banal. Travaillé ou contraint pour les uns ; amoureux ou créatif pour les autres : nous ne sommes pas tous égaux aux premières heures du jour, et entre " double journée " et walk of shame, les femmes semblent tout particulièrement touchées par les clichés tenaces et les injonctions contemporaines nouvelles. Autour de la même table du petit-déjeuner, ce livre énergisant, le premier consacré au matin, réunit Georges Perec et les Chocopops, Albert Cohen et Angela Merkel, Marc Aurèle et Jean-Jacques Goldman, avec une ambition : montrer autrement ce que chacun de nous voit tous les jours sans jamais le voir véritablement.