Carole Frechette
Carole Frechette
Invitée à raconter sa version de la tragédie de sa soeur Antigone, Ismène la discrète, l'oubliée, revit les doutes qui l'ont traversée à l'époque et qui la taraudent toujours vingt-cinq siècles plus tard. Seule avec ses notes et ses immenses questions, elle livre une conférence d'abord hésitante qui se mue en confidence enfiévrée, à mesure que les souvenirs affluent et que les conversations passées refont surface.Au-delà du mythe, ce monologue inquiet sonde le conflit intime entre deux soeurs que tout oppose : Antigone la radicale, qui rayonne dans la pureté de la mort, et Ismène la modérée, qui hérite de l'imperfection de la vie et qui cherche à exister avec sa honte, sa peur, son besoin d'amour. Devant l'héroïsme et l'absolu, l'humanité et le réel font-ils le poids ? Un texte ample à la parole fine, tendue, brûlante.
Marie-Odile, agricultrice, est à Ouagadougou pour un colloque international. Son tour de parole approche. Tandis que l'émotion la submerge - douleurs anciennes, joie des enfants accourus la veille lui donner la main en criant « nassara » : le Blanc, la Blanche -, la porte de la salle s'ouvre violemment. Entre Ali.Habitée par les voix multiples d'un choeur invisible, portée par une narratrice qui suit à la trace les pensées des deux personnages, la pièce entremêle chagrins privés et chocs du monde en une écriture soyeuse, haletante, aiguë. Quel est ce feu dans le ventre qui donne lieu aux déflagrations ? Et comment l'éteindre ?
Alors qu'elles amorçaient chacune l'écriture d'une nouvelle pièce, Nassara pour l'une, Le chant de la tortue pour l'autre, Carole Fréchette et Lise Vaillancourt ont entrepris une correspondance sur leur travail. Il en résulte une incursion précieuse dans leurs ateliers d'artistes, une conversation riche qui embrasse leur métier, ses joies et ses écueils, mais aussi tout ce qui, au fil des jours, les a traversées ou bouleversées : littérature, art, secousses du monde, chocs de leurs vies.D'écrivaine à écrivaine, un dialogue frémissant sur la création.
Une jeune femme qui a du mal à communiquer avec ses contemporains décide de se prendre en main. À travers ses proches, elle observe les humains et leurs tentatives malhabiles d'entrer en contact, de "parler petit". Traversant la pièce, un jeune homme croise son destin...
"Je pense à Yu se situe au coeur de la question qui me hante comme auteur : comment parler du monde sans faire abstraction de soi ? Comment parler de soi sans oublier le monde ? Mon écriture est en tension entre l'intime et le monde." (Carole Fréchette) Madeleine, entre diverses obligations dans lesquelles elle n'arrive pas à investir son temps, est un jour attirée par un entrefilet dans le journal. Il s'agit d'un prisonnier politique chinois, enfin libéré dix-sept ans après sa condamnation pour avoir jeté de la peinture rouge sur le portrait de Mao à Tiananmen en 1989. Secouée plus qu'elle ne l'aurait cru, elle se met à reconstituer l'histoire de ce résistant, entraînant dans ses questions un voisin et une étudiante chinoise à qui elle donne des cours de français. Entrefilet est une sorte de "making off" de Je pense à Yu, une réflexion sur le rapport à l'information, au journal comme lien entre l'individu et le monde, mais aussi un petit coin de voile soulevé avec humour sur la genèse de la pièce, sur les chemins de la création et de l'écriture.