Chowra Makaremi
Chowra Makaremi
Pourquoi certaines morts soulèvent-elles des foules ? Comment les émotions et les relations peuvent-elles devenir des formes de résistance ? De Baltimore à Téhéran, de Buenos Aires à Delhi, cet essai traverse les soulèvements contemporains à partir de leurs matières sensibles, et déplie leur héritage féministe. C'est de là que part la question de la résistance affective, interrogeant ce que nos vulnérabilités, nos colères, nos attachements font à la politique. Il ne s'agit pas d'opposer l'émotion à la raison, mais de penser les affects comme une mémoire vive, un point d'appui et de riposte face aux politiques de la cruauté. Au fil des pages, se dessinent les systèmes nerveux de la résistance, les savoirs nocturnes qui hantent l'histoire, les formes de soin qui sous tendent l'organisation politique. Le récit s'attache à ce que le pouvoir fait aux corps - et ce que les corps font à la politique. De l'intime au collectif, l'enquête avance en suivant des points de tension (l'indignation, le deuil, la mémoire, les liens) qui tracent les chemins par lesquels on tient, on se relève et on répond. La colère face à une injustice, le chagrin qui ne passe pas, l'impression que ce qui compte est effacé : ce qu'on ressent est aussi politique - et ces expériences ordinaires nous invitent à porter attention à ce qui, en chacun, résiste déjà.Prix de l'essai 2021 Les Inrockuptibles
Depuis septembre 2022 des femmes et des hommes, souvent jeunes, se sont engagés en Iran dans un travail de conquête politique et d'ouverture des possibles qui nous remue à un endroit précis : celui de la possibilité, toujours, du soulèvement. Voici la chronique à distance d'une révolte qui s'est installée dans la durée avec surprise, audace et incertitude. Ce long automne insurrectionnel convoque aussi d'autres séquences de l'histoire iranienne, se trouve éclairé par d'autres mouvements, d'autres mémoires de luttes et de violences. Une histoire longue du pouvoir et de la résistance, que Chowra Makaremi connaît par son passsé familial, par ses recherches également, en tant qu'anthropologue attentive aux contre-archives et aux émotions collectives.L'autrice donne aux événements une profondeur de champ qui permet d'en identifier les genèses multiples, et de saisir le basculement révolutionnaire irréfutable qu'ils représentent. Elle compose une archive à la lumière orange des feux de rue, devenus le symbole d'une révolte qui se vit comme une combustion de colère, une profanation, une contagion.
Au cours de l'hiver 2004, Chowra Makaremi découvre un cahier contenant un témoignage écrit par son grand-père, Aziz Zarei, disparu dix ans auparavant. Il y raconte le destin de la tante et de la mère de la jeune femme dans les premières années de la République islamique d'Iran. En 1979, la révolution de février renverse le Shah. Un régime théocratique s'installe au prix d'une violence sanglante, longtemps restée secrète, contre celles et ceux qui ont l'audace de résister. Les filles d'Aziz, révolutionnaires puis opposantes, en font partie : Fataneh est exécutée en 1982, Fatemeh est tuée au cours d'un massacre de prisonniers politiques en 1988. Dans le silence et la terreur qui régneront encore longtemps en Iran, leur père a consigné leur histoire. C'est ce cahier, présenté et traduit par Chowra Makaremi, qui fournit la matière principale du présent ouvrage. S'y ajoutent des lettres des deux femmes disparues ainsi qu'un récit retraçant le chemin depuis la découverte du cahier. Ces témoignages jettent un éclairage bouleversant sur la révolution iranienne. Plusieurs décennies après les faits, les responsables et exécutants de ces crimes ont gravi les échelons du pouvoir. Ce récit renoue les fils perdus de la violence qui continue de frapper l'Iran, mais il tisse également ceux de la résistance révolutionnaire.
Au cours de l'hiver 2004, Chowra Makaremi découvre un cahier contenant un témoignage écrit par son grand-père, Aziz Zarei, disparu dix ans auparavant. Il y raconte le destin de la tante et de la mère de la jeune femme dans les premières années de la République islamique d'Iran. En 1979, la révolution de février renverse le Shah. Un régime théocratique s'installe au prix d'une violence sanglante, longtemps restée secrète, contre celles et ceux qui ont l'audace de résister. Les filles d'Aziz, révolutionnaires puis opposantes, en font partie : Fataneh est exécutée en 1982, Fatemeh est tuée au cours d'un massacre de prisonniers politiques en 1988. Dans le silence et la terreur qui régneront encore longtemps en Iran, leur père a consigné leur histoire. C'est ce cahier, présenté et traduit par Chowra Makaremi, qui fournit la matière principale du présent ouvrage. S'y ajoutent des lettres des deux femmes disparues ainsi qu'un récit retraçant le chemin depuis la découverte du cahier. Ces témoignages jettent un éclairage bouleversant sur la révolution iranienne. Plusieurs décennies après les faits, les responsables et exécutants de ces crimes ont gravi les échelons du pouvoir. Ce récit renoue les fils perdus de la violence qui continue de frapper l'Iran, mais il tisse également ceux de la résistance révolutionnaire.
15 à 20 000 étrangers sont, chaque année, maintenus en « zone d'attente » pour une période allant jusqu'à 20 jours et se soldant sur un renvoi du territoire ou une admission. Pendant plusieurs mois, Chowra Makaremi a arpenté la zone d'attente de l'aéroport Roissy- Charles-de-Gaulle. Elle dresse les portraits de Kadiajou, Younes ou encore Laurent, ces demandeurs d'asile à qui l'on a refusé le droit d'entrée sur le territoire et qui, durant ces 20 jours, subissent l'attente des longues heures désoeuvrées, la complexité d'une procédure qui multiplie les acteurs et parfois même, de violentes humiliations.