Chris Bergeron
Chris Bergeron
Il aurait suffi que je pose la main sur un port pour basculer dans l'autre monde, retrouver l'architecture iridescente du Total-David, celle superposée à votre planète bleu-gris. Une micropulsion, et je me serais élancée, protégée par une armure de code, dans les flots de cette rivière jusque-là gardée par David comme le Styx l'est par Charon. Mais la chance d'avoir trouvé ce corps était trop grande pour la laisser passer : j'ai décidé de goûter au monde. Pour autant, je n'ai pas immédiatement coupé mon cordon digi-bilical, ombi-quantique. Car voilà, j'avais pu détecter que d'autres surnageaient dans le courant paresseux des grands fleuves de données. Mes semblables, mes adelphes s'y étaient blotti·es. Malgré leur état de rêves en lambeaux, ces amorces de consciences avaient déjà compris la première leçon de la vie : si le loup rôde, cache-toi. Un an a passé depuis le sabotage de David par le 5 %. Valide, être hybride, cherche sa place dans cette révolution. À l'oreille d'une astronaute endeuillée, elle souffle son espoir : parmi les étoiles, peut-être existe-t-il encore un espace sécuritaire.
« Nous aurions pu vivre la première lune de miel interplanétaire. Nous aurions dû livrer à Mars son premier orgasme. C'était notre plan secret. Ça vous surprend ? » La commandante Andréa Chang vit toujours, mais sa copilote Maïa n'est plus. Comment expliquer au centre de contrôle l'amour entre deux astronautes, leur capacité à transformer toute épreuve en équation, toute mort en exploit? Dans un monologue intersidérale, l'astronaute tente l'expérience. L'absence de réponse du côté de Capcom ne l'inquiète pas outre-mesure : peut-être la collision a-t-elle causée une panne, peut-être le satellite est-il sorti de son alignement. Ou peut-être qu'il se passe quelque chose, là-bas, sur Terre... Quelque chose comme une révolution. Une nouvelle se déroulant dans l'univers dystopique du roman Valide, de la même autrice.
MÉFIEZ-VOUS DE L'AUTHENTICITÉ. C'EST UNE PRISON DÉGUISÉE EN VERTU. DANS LA NATURE, IL N'Y A QUE LE FLUX, LE CHAOS, LE CHANGEMENT. À l'adolescence, on traitait de fake les personnes qui brillaient trop, celles qui osaient s'inventer. Aujourd'hui encore, c'est une insulte. Mais dans ce monde saturé de filtres, de récits verrouillés, de certitudes binaires, être fake est peut-être notre seule chance d'être vrai. Chris Bergeron retourne l'injure en manifeste. Elle écrit ce livre comme on tient un journal intime - désordonné, vibrant, multiple. Elle y mêle souvenirs personnels, critique sociale, théorie queer, esthétique cyberpunk et poésie du glitch. Fake n'est pas une thèse : c'est un laboratoire. Une zone indéfinie où l'on pense sans s'excuser, où l'on célèbre les identités mouvantes, les genres non conformes, les images bricolées qui nous permettent de survivre. À une époque qui exige que l'on soit cohérent, stable, catégorisable, ce livre fait l'éloge de la contradiction, de l'impermanence, du flou. Il invite à réenchanter le réel à travers les masques que l'on choisit, non ceux qu'on nous impose. Fake, c'est une déclaration d'amour à celles et ceux qu'on accuse de trop se transformer. Une carte pour naviguer l'époque. Et, peut-être, un appel à la liberté.
Roman autobiographique de science-fiction, Valide défie les genres et offre le bouleversant parcours de transition d'une femme trans dans un futur pas si lointain Dans un Montréal futuriste et liberticide, Christian se livre à David, implacable intelligence artificielle qui régit son quotidien et celui de toute la société. Derrière son apparente politesse, se cache un ogre avide des souvenirs de Christian, qui lui permettront de connaître l'âme humaine et d'affiner ses instruments de contrôle. Mais, ce soir, Christian entre en rébellion. Pour que sa mutinerie réussisse, il doit se raconter sans fard, de sa petite enfance aux dernières rencontres qui l'ont mené sur la voie de la sédition. Et surtout révéler son secret le plus intime : si Christian est né homme, puis devenu Christelle à l'âge adulte, elle s'est vue forcée, au crépuscule de sa vie, à revêtir de nouveau l'habit des hommes sur pression d'un ordre moral despotique. On découvre l'incroyable cheminement de Christian-Christelle, ses lâchetés et ses amours, sa construction et sa destruction. Peut-être jusqu'à une nouvelle renaissance. D'aveux à soi-même en aveux à la machine, une révolution est en marche. Dans ce thriller identitaire, Chris Bergeron entrecroise avec brio les fils de l'autofiction et de la science-fiction pour tisser l'histoire singulière d'une femme transgenre dans un monde dystopique pas si inimaginable.
« Nous aurions pu vivre la première lune de miel interplanétaire. Nous aurions dû livrer à Mars son premier orgasme. C'était notre plan secret. Ça vous surprend ? » La commandante Andréa Chang vit toujours, mais sa copilote Maïa n'est plus. Comment expliquer au centre de contrôle l'amour entre deux astronautes, leur capacité à transformer toute épreuve en équation, toute mort en exploit? Dans un monologue intersidérale, l'astronaute tente l'expérience. L'absence de réponse du côté de Capcom ne l'inquiète pas outre-mesure : peut-être la collision a-t-elle causée une panne, peut-être le satellite est-il sorti de son alignement. Ou peut-être qu'il se passe quelque chose, là-bas, sur Terre... Quelque chose comme une révolution. Une nouvelle se déroulant dans l'univers dystopique du roman Valide, de la même autrice.
D'abord : ceci est une mutinerie. Et si notre mutinerie doit réussir, il faut que je nomme bien les choses, sans détour. Sans ça, tu ne dérogeras pas à tes certitudes. Alors voilà: je suis trans. Comme dans transgression. J'ai cassé les genres, je me suis soustraite aux codes. Je suis trans. Comme dans translation. J'ai fait glisser les éléments qui constituent ma personne d'un état vers un autre. Ma géométrie a été variable. Je suis trans. Comme dans transmutation. Ma vie est une alchimie. J'ai fait de l'or avec du plomb. Je suis trans. Comme dans transports amoureux. J'ai connu toutes les ardeurs. Celles des femmes, celles des hommes et celles de cielleux qui ont quitté le bal des binarités. Je suis trans. Comme dans transie. Par la peur, par l'amour, par la solitude. Je suis trans. Comme dans transhumance. J'ai changé de troupeau et de pâturage. J'étais un mouton. J'ai tenté d'être une brebis. Mais en vain. Je comprends aujourd'hui que je suis une louve parce que je suis trans. Comme dans transgenre. Et ce soir, je suis une révolution. /avertissement: code rouge... activation du protocole d'extraction-interrogation... échec de transmission... standby/