Christine Verschuur
Christine Verschuur
Dans un contexte de crise de la reproduction sociale, d'appauvrissement et d'inégalités croissantes, des myriades d'initiatives menées par des femmes émergent, se connectent et se transforment en force politique. Souvent en marge des circuits officiels, elles agissent à bas bruit mais elles fourmillent, essaiment, bouillonnent. Elles réorganisent et politisent la reproduction sociale, elles redéfinissent le sens du travail et de la valeur, elles explorent de nouvelles façons de faire de l'économie et de la politique, elles construisent des rapports sociaux solidaires et luttent contre leur subordination et pour leurs droits. Ce faisant, elles expriment des pratiques de résistance et agissent pour un changement social féministeet durable. Ce livre explore des pratiques menées par des groupes de femmes dans six régionsd'Amérique latine et d'Inde, en éclairant leurs luttes multiples, leurs fragilités mais aussi leurs forces et leurs réalisations. Il innove en proposant une analyse féministe qui renouvelle en profondeur les perspectives sur l'économie solidaire. Il revisite les débats empiriques et théoriques, mais aussi politiques, sur la reproduction sociale. Repenser la valeur et réorganiser la reproduction sociale dans une perspective solidaire se révèle en effet incontournable pour lutter contre les effets destructeurs et déshumanisants du système capitaliste global patriarcal. En ces temps de profonds bouleversements et d'incertitudes, ce livre offre une lueur d'espoir face aux crises écologique, économique, sociale et démocratique qui secouent l'ensemble de la planète.
Le présent ouvrage s'attache à souligner la diversité et la richesse des mouvements de femmes de par le monde, qui se sont organisés autour d'enjeux variés, que ce soit autour du droit de vote des femmes, du droit des filles à l'éducation, des luttes anticoloniales, des discriminations racistes envers des femmes ou de divers autres droits. Il explore aussi les débats sur l'articulation des différentes appartenances de classe, race, caste, genre et comment ces catégories se croisent, se renforcent. Ce débat est déjà ancien, puisqu'il a été abordé dès le xixe siècle, par exemple avec les textes de Flora Tristan, en Chine dans les années 1920, ou dans les années 1960 aux États-Unis avec les femmes du mouvement Black Feminism. À partir des années 1980, se développe une démarche critique de l'hégémonie d'une certaine pensée féministe, blanche, occidentale, qui n'avait pas suffisamment reconnu les tensions dans les débats et luttes féministes, pourtant âpres, autour des questions de classe, de race ou de nation. Cette démarche de décolonisation du féminisme est inspirée par des militantes et théoriciennes issues de la migration, des minorités, et surtout par des militantes et théoriciennes dans les pays du Sud. La réflexion sur l'intersectionnalité des catégories de genre, classe, race, caste, a permis de construire de nouveaux champs théoriques qui ont souvent précédé l'institutionnalisation du champ d'études postcoloniales. Cet ouvrage permet aussi que s'expriment et soient rapportés les expériences concrètes des femmes et des mouvements de femmes, dans toute leur diversité, et les savoirs qui sont élaborés par et avec elles. Ce travail correspond à une reconnaissance, non seulement des capacités d'agir mais aussi des capacités de penser, de manière critique, des femmes de différentes appartenances et de divers horizons culturels, et dont les théories féministes sont redevables.
Le regard colonial sur la construction de la « femme du Tiers-monde » a été dénoncé depuis longtemps par des chercheures féministes du Sud et leur contribution au renouvellement de la pensée critique sur la mondialisation est maintenant reconnue. Cependant, l'économie globale de la connaissance, y compris dans les études féministes, continue de privilégier des concepts et des théories développées au Nord, sans reconnaître justement les contributions théoriques des Suds. Cet ouvrage propose de présenter des regards critiques sur la production et la circulation de connaissances dans le domaine des études féministes et de genre à partir des perspectives du Sud global. Il expose des analyses critiques de l'économie globale de la connaissance, discute de la colonialité du pouvoir et des savoirs, des épistémologies féministes et des méthodologies que la recherche féministe privilégie. Il explore le champ social des expertes en genre à partir d'analyses dans différents contextes. Il aborde enfin des savoirs locaux des femmes et des féministes et comment ceux-ci renouvellent l'analyse critique de programmes de « développement ». Les textes ici réunis témoignent de la richesse des apports du Sud global au champ des savoirs féministes dans son ensemble, tant au niveau des théories qu'au niveau des pratiques. Ils remettent en question l'hégémonie des savoirs occidentaux. Cet effort de reconnaissance des savoirs « des autres » féministes proposée par cette collection, demande à être amplifié, pour transformer les rapports de genre, de classe, de race et géopolitiques inégaux et construire un monde soucieux de justice sociale et de genre. Les Cahiers genre et développement constituent une collection d'ouvrages portant chacun sur une problématique spécifique. Ils réunissent des articles et textes de référence qui permettent de mieux faire connaître l'outil d'analyse qu'est le genre, de croiser les théories féministes avec les théories du développement, les théories et pratiques dans le domaine du genre qui se déploient à partir du Sud global. Ils proposent un choix de documents, accessibles et en langue française, dans le champ des études genre et développement.
Les études féministes ont souligné l'importance d'étudier le travail auparavant invisible des femmes, productif et reproductif, et la nouvelle division du travail productif et reproductif dans la mondialisation du capitalisme. L'analyse du capitalisme mondialisé dans une perspective décoloniale permet de comprendre qu'il n'est pas seulement un système économique ni seulement un système culturel mais un réseau global de pouvoir intégré par des processus économiques, politiques et culturels qui constituent un ensemble. Partout on observe un système, social, économique, culturel, moral d'organisation de la reproduction sociale, y compris le care, entendu comme échange économico-affectif, qui implique des biens et des services liés à l'économie capitaliste. Dans le nouvel ordre économique global, que l'on pourrait toujours qualifier de colonial, caractérisé par la nouvelle division internationale du travail, l'articulation entre rapports sociaux dans l'économie domestique et capitaliste prend de nouvelles formes. Mais le système repose toujours sur l'organisation de l'ensemble des activités et des rapports indispensables à la reproduction sociale, par-delà les frontières, dans des réseaux et foyers transnationaux, en s'appuyant sur des discours de genre et de race, voire de classe. Dans ce système, les femmes migrantes sont particulièrement présentes. Elles constituent un maillon essentiel du système de protection sociale aux Nords, y contribuent à la production de richesses, tout en assurant l'organisation de la reproduction sociale aux Suds, dans les foyers qu'elles ont gardés dans leurs pays d'origine.
Depuis la quatrième Conférence mondiale sur les femmes à Beijing, on observe une forte augmentation du nombre de personnes expertes en genre. Celles-ci circulent, tout comme les pratiques, les idées, les théories et les textes féministes qui voyagent sont interprétés, resignifiés. Des inégalités existent dans les processus d'élaboration, la circulation et la traduction des savoirs. Le champ social constitué par les expertes en genre est ainsi traversé par des rapports de pouvoir. La notion de colonialité du pouvoir et des savoirs permet d'interroger l'hégémonie et l'autorité universelle des discours et des savoirs occidentaux. Les contributions des études féministes pour revisiter le développement sont soulignées dans cet ouvrage. Ces apports, énoncés depuis diverses perspectives, s'inscrivent dans des espaces de contestation de l'ordre mondial, sont nourris de la prise de conscience des multiples rapports de domination et de l'émergence de nouveaux mouvements sociaux. Ils participent d'un processus de décolonisation de la pensée féministe. Avec la collection « Genre et développement. Rencontres », nous poursuivons le dialogue de savoirs sur les questions féministes et de genre, la construction d'alliances et de ponts entre chercheur-es, organisations féministes et de recherche, ONG, organisations de coopération, expertes, aux Nords et aux Suds. Les textes, écrits par des chercheur-es ou personnes actives dans ces initiatives sont publiés dans leur langue originale.
Le nouvel ordre économique néolibéral modifie la division internationale du travail, ce qui entraîne un accroissement des populations migrantes de travailleurs et de travailleuses. Actuellement, une personne sur dix dans les régions développées est migrante, et les femmes représentent la moitié de ce nombre. Longtemps, pourtant, la figure du migrant a été représentée comme masculine, en raison des représentations stéréotypées ou erronées du rôle et de la place des femmes et des hommes dans les sociétés, et les recherches ou programmes relatifs aux migrants ont ignoré la composante féminine des migrations. Or, les femmes migrent bien, elles aussi. Une grande partie des femmes migrantes - même qualifiées - travaillent dans le secteur des soins ou des emplois domestiques. Le transfert international des soins et de l'attention aux autres (care) - sorte de nouvelle matière première extraite des pays du Sud pour être consommée dans les pays riches - est un nouvel échange inégal. Les espaces où se réalise le travail des migrantes restent souvent invisibles, lieus de peu de droits. Si les discriminations et les abus sont à dénoncer, l'image de victime accolée aux migrantes et cependant loin de convenir. La trajectoire migratoire demande pugnacité et courage. Et nous pouvons nous demander s'il ne s'agit pas du départ des personnes les plus combatives de la société... Les identités se transforment dans l'expérience de la migration : comme le dit l'une d'elles, « je ne suis plus celle que j'ai laissée derrière moi ». Des réseaux transnationaux se construisent, accompagnés d'une circulation d'idées, de nouvelles représentations, de projets, de flux financiers. En 2002, les revenus du travail des migrants atteignaient 73 milliards de dollars, un montant plus élevé que celui de l'aide internationale au développement. Un nouvel ordre colonial s'instaure avec la nouvelle division internationale du travail. Mais les migrations des femmes et des hommes à travers les pratiques sociales nouvelles, les transformations des identités, les renégociations des rapports de genre et la constitution de réseaux transnationaux, contribuent peut-être aussi à la recherche d'alternatives pour toutes et pour tous.
Le nouvel ordre économique néolibéral modifie la division internationale du travail, ce qui entraîne un accroissement des populations migrantes de travailleurs et de travailleuses. Actuellement, une personne sur dix dans les régions développées est migrante, et les femmes représentent la moitié de ce nombre. Longtemps, pourtant, la figure du migrant a été représentée comme masculine, en raison des représentations stéréotypées ou erronées du rôle et de la place des femmes et des hommes dans les sociétés, et les recherches ou programmes relatifs aux migrants ont ignoré la composante féminine des migrations. Or, les femmes migrent bien, elles aussi. Une grande partie des femmes migrantes - même qualifiées - travaillent dans le secteur des soins ou des emplois domestiques. Le transfert international des soins et de l'attention aux autres (care) - sorte de nouvelle matière première extraite des pays du Sud pour être consommée dans les pays riches - est un nouvel échange inégal. Les espaces où se réalise le travail des migrantes restent souvent invisibles, lieus de peu de droits. Si les discriminations et les abus sont à dénoncer, l'image de victime accolée aux migrantes et cependant loin de convenir. La trajectoire migratoire demande pugnacité et courage. Et nous pouvons nous demander s'il ne s'agit pas du départ des personnes les plus combatives de la société... Les identités se transforment dans l'expérience de la migration : comme le dit l'une d'elles, « je ne suis plus celle que j'ai laissée derrière moi ». Des réseaux transnationaux se construisent, accompagnés d'une circulation d'idées, de nouvelles représentations, de projets, de flux financiers. En 2002, les revenus du travail des migrants atteignaient 73 milliards de dollars, un montant plus élevé que celui de l'aide internationale au développement. Un nouvel ordre colonial s'instaure avec la nouvelle division internationale du travail. Mais les migrations des femmes et des hommes à travers les pratiques sociales nouvelles, les transformations des identités, les renégociations des rapports de genre et la constitution de réseaux transnationaux, contribuent peut-être aussi à la recherche d'alternatives pour toutes et pour tous.
Cet ouvrage a pour objectif d'offrir un premier éclairage de l'ensemble des situations dans lesquelles les femmes sont insérées économiquement mais également les principales notions qui informent structurellement ces situations, comme celles de la division sexuelle du travail, de l'articulation entre les rapports de production domestique et les rapports de production capitalistes. La diversité culturelle et politique à l'oeuvre dans les contextes géographiques variés que l'on trouvera dans cet ouvrage démontre l'invariabilité de l'exploitation du travail effectué par les femmes et la « mauvaise volonté » des planificateurs et des donateurs pour faire changer cet état de fait.
Ignorée, invisible, la question du genre reste cachée sous le développement. Et pourtant, comprendre le développement n'est pas possible sans une perspective de genre. Cet ouvrage, didactique, montre en quoi et comment le concept de genre permet de revisiter les études de développement. Le genre permet de comprendre la construction historique, sociale et culturelle des différences et des inégalités. Il offre des outils pour une analyse critique du système capitaliste globalisé. Le genre, inscrit dans le féminisme, permet aux catégories dominées et marginalisées, en particulier les femmes mais pas seulement, de faire entendre leurs voix. Dans le contexte actuel de crise globale et d'accroissement des inégalités, il propose des pistes pour renouveler la pensée sur le développement, mais aussi pour agir autrement. Combinant diverses disciplines et thématiques, cet ouvrage montre que la portée heuristique du genre ne se limite pas aux domaines habituellement considérés comme féminins (l'éducation, la famille, le social, la santé de la reproduction, etc.) mais s'étend à tous les domaines (le politique, le droit, la sécurité, la diplomatie, l'économie, etc.). Ce livre met aussi en évidence la diversité et l'enrichissement mutuel des diverses traditions de recherche entre le monde francophone, anglophone et hispanophone. Il s'adresse particulièrement aux étudiant-es, chercheur-es et enseignant-es, militant-es, chargé-es de programme dans des organisations de coopération et représentant-es des pouvoirs publics au Nord et au Sud.
Dans un contexte de crise de la reproduction sociale, d'appauvrissement et d'inégalités croissantes, des myriades d'initiatives menées par des femmes émergent, se connectent et se transforment en force politique. Souvent en marge des circuits officiels, elles agissent à bas bruit mais elles fourmillent, essaiment, bouillonnent. Elles réorganisent et politisent la reproduction sociale, elles redéfinissent le sens du travail et de la valeur, elles explorent de nouvelles façons de faire de l'économie et de la politique, elles construisent des rapports sociaux solidaires et luttent contre leur subordination et pour leurs droits. Ce faisant, elles expriment des pratiques de résistance et agissent pour un changement social féministeet durable. Ce livre explore des pratiques menées par des groupes de femmes dans six régionsd'Amérique latine et d'Inde, en éclairant leurs luttes multiples, leurs fragilités mais aussi leurs forces et leurs réalisations. Il innove en proposant une analyse féministe qui renouvelle en profondeur les perspectives sur l'économie solidaire. Il revisite les débats empiriques et théoriques, mais aussi politiques, sur la reproduction sociale. Repenser la valeur et réorganiser la reproduction sociale dans une perspective solidaire se révèle en effet incontournable pour lutter contre les effets destructeurs et déshumanisants du système capitaliste global patriarcal. En ces temps de profonds bouleversements et d'incertitudes, ce livre offre une lueur d'espoir face aux crises écologique, économique, sociale et démocratique qui secouent l'ensemble de la planète.