Dalibor FRIOUX
Dalibor FRIOUX
Cet essai retrace l'histoire des six grands conquis sociaux français - retraite, chômage, congés payés, congé maternité, assurance maladie et accidents du travail. Arrachés de haute lutte, ces droits collectifs sont le fruit de combats politiques, syndicaux et populaires, bien plus que de réformes pacifiques. À travers portraits, récits historiques et réflexions contemporaines, l'ouvrage redonne chair à ces conquêtes, souvent oubliées ou menacées. Il rappelle que la protection sociale n'est pas un héritage immuable, mais le résultat de luttes pour la dignité, la justice et la démocratie, toujours à défendre. Normalien, agrégé de philosophie, Dalibor Frioux est actuellement conseiller du président du Conseil économique, social et environnemental. Écrivain, il a également publié trois romans.
Début du XXe siècle, l'électricité est synonyme de progrès. Elle permet d'illuminer la nuit, de dialoguer à distance grâce au téléphone, bientôt d'effectuer des transmissions radiophoniques. Fascinés, scientifiques et ingénieurs se bousculent dans la course aux découvertes. Vies électriques est le roman de deux destins croisés, emportés par la science. Le jeune Allemand Hans Berger se consacre ainsi à la recherche médicale avec l'idée folle de détecter les ondes d'une mystérieuse « énergie psychique », qui expliquerait les expériences de télépathie qu'il a connues avec sa soeur aînée. Psychiatre méprisé pour sa quête quasi mystique, il poursuit des expérimentations d'abord rudimentaires sur des crânes trépanés, puis plus élaborées avec les gueules cassées de la Grande guerre. Enfin, au cours des années 1920, dans une Allemagne qui sombre dans le bruit et la fureur, l'obscur chercheur identifie les ondes alpha et devient le père de l'électroencéphalogramme. D'autres vont plus loin : si elle explique le fonctionnement du cerveau, l'électricité doit aussi pouvoir le guérir. Poursuivant les recherches de Berger, le neuropsychiatre juif polonais Zenon Drohocki travaille au Collège de France jusqu'à son arrestation par la Gestapo en 1943. Déporté avec sa femme, il bricole un appareil à électrochocs dans l'hôpital de fortune d'Auschwitz-Monowitz. Son but : guérir de la mélancolie des détenus promis à la mort, avec l'accord ambigu des médecins SS. Car la curiosité d'un certain Josef Mengele donne à son travail une orientation glaçante. La fée électricité serait-elle devenue démon ? Entre progrès scientifique pour le bien de l'humanité et outils de destruction totalitaire, la frontière est étroite. Hans Berger et Zénon Drohocki font de leurs recherches une question de vie ou de mort, au point d'en perdre de vue les fins et les risques ultimes. Ont-ils été dévorés par une époque elle-même dépassée par ses créations ? Dans le roman de leurs deux vies en miroir, Dalibor Frioux nous emmène dans un voyage vertigineux au coeur de la science prise dans la tourmente de l'Histoire.
Longtemps occulté par la dimension psychologique d'une oeuvre qui semblait tout entière dédiée à l'exploration des tourments du coeur et de l'esprit, le « sens du social » de Proust apparaît désormais avec évidence. Il est du moins aisé de lire la Recherche comme une succession de scènes de salon où se déploient, au gré des interactions des personnages, des luttes de pouvoir et de prestige entre castes ou clans. Mais cette description acérée du chassé-croisé d'une noblesse en déliquescence et d'une bourgeoisie cloisonnée se réduit-elle à une « sociologie amusante » de la Belle Époque ? Et si l'on trouvait, chez ce contemporain de la naissance d'une discipline avec laquelle il avait pourtant peu d'affinités, une pensée du social originale, susceptible d'aiguiser notre propre regard sociologique ? Telle est la piste, audacieuse et féconde, que nous invite à suivre ici Jacques Dubois. Le petit monde proustien auquel il nous introduit se révèle peuplé de figures clivées, ambivalentes, à l'image de Gilberte, dont le caractère « alternatif » est emblématique des héritages concurrents dont nous sommes porteurs, au point que certains en arrivent à renier d'un instant sur l'autre les versions précédentes d'eux-mêmes. En distillant avec humour et finesse la sociologie paradoxale qui irrigue le grand oeuvre proustien, Jacques Dubois nous en offre une puissante redécouverte. Professeur émérite de l'Université de Liège, Jacques Dubois est l'auteur d'une douzaine d'ouvrages, dont, au Seuil, Pour Albertine et Les Romanciers du réel. Il a également dirigé l'édition « Pléiade » en trois tomes des romans de Georges Simenon.
Pourquoi dormir quand il y a tant à faire ? Le sommeil à l'ancienne n'est-il pas dépassé, enterré par les réseaux sociaux, les boutiques et les agendas ouverts 24 h sur 24 ? L'urbanisation nous conduit à un temps uniforme, à une illumination permanente de l'environnement, à une succession de stimulations irrésistibles. Faire une pause, oui. Dormir, plus jamais ! Aujourd'hui, la valeur du sommeil est devenue relative, elle n'est plus gravée dans le marbre de la nuit. Il faut donc rappeler sa vertu et sa magie, célébrées dès les premières civilisations humaines. Le sommeil est d'abord ce remède intérieur que s'octroie le corps en s'alignant sur le rythme cosmique. Il nous permet aussi de faire l'expérience troublante d'un oubli de nous-mêmes, d'une abdication de la conscience qui nous donnerait un avant-goût de l'absolu, tout en nous offrant une morale de l'action, un exercice spirituel de la réserve et du détachement. Enfin, dormir crée un lien unique entre les êtres, qu'il s'agisse du couple d'amoureux qui s'observent, ou des veilleurs indispensables au repos de tous, et qui font peut-être du sommeil le fondement de la cité et de la concorde. Cet éloge souhaiterait montrer combien le sommeil est un ressourcement et un art de vivre. Il propose une promenade à travers des siècles de littérature, de philosophie et de sagesses du monde : de l'hindouisme à Shakespeare, de Montaigne à Nietzsche, de Freud à Pessoa... Mais aussi un panorama des dernières connaissances scientifiques sur la valeur et les bienfaits du sommeil. En intermède, quatre éloges originaux sont enfin signés par de grands auteurs contemporains : Alexis Jenni (prix Goncourt 2011), François Garde, Martin Page et Sophie Divry. Sous la direction de Dalibor Frioux, un manifeste engagé contre l'hégémonie d'une vie à flux tendu, pour défendre le plus intime de nos espaces de liberté. Dalibor Frioux est agrégé de philosophie, consultant et écrivain. Il est l'auteur de Brut (2011) et Incident voyageurs (2014), parus au Seuil.
OFFRE D'EMPLOI — Lecteur/lectrice de ce livre Pour un recueil littéraire en pleine expansion, nous recherchons un(e) lecteur/lectrice capable de parcourir trente offres d’emploi qui n’ont jamais existé, et de s’y reconnaître entièrement. Vous accompagnerez un conseiller en deuil immobilier, croiserez un animal errant sur autoroute recruté pour maintenir les conducteurs en vie, assisterez à l’allocution présidentielle en faveur du ramassage de crottes, et postulerez peut-être au poste de philosophe en phase terminale. Vous guiderez une coureuse aveugle, servirez de trip sitter à des âmes égarées, comblerez des vides juridiques, goûterez l’actualité sans la vomir, et finirez par vous demander si la vie de Kafka ne serait pas une carrière de rêve. Vous découvrirez que l’absurde a un contrat de travail, que la mélancolie a sa fiche de poste, et que la poésie touche des indemnités journalières. Dalibor Frioux détourne le langage des ressources humaines pour en faire un miroir déformant de nos vies : ce que nous cherchons quand nous cherchons un emploi, ce que nous fuyons quand nous en trouvons un, et ce qui reste de nous entre deux candidatures, c'est-à-dire à peu près tout. Profil recherché : toute personne ayant déjà lu une offre d'emploi en se demandant si c'était une blague, une menace ou une prière. Dalibor FRIOUX est l’auteur de trois romans : Brut (Seuil, 2011), Incident Voyageurs (Seuil, 2014), Vies électriques (Grasset, 2024) ainsi que de plusieurs essais, dont Eloge du sommeil à l’usage de ceux qui l’ont perdu (Seuil, 2017) et A la conquête des droits sociaux (L’Aube, 2026).
L'enfer, tout passager d'un train de banlieue sait à quoi il pourrait ressembler : un wagon bondé, abandonné quelque part sur le réseau, après avoir vogué d'incident en incident. Coincés dans un tunnel du RER A, la ligne la plus chargée d'Europe, les deux mille voyageurs entassés n'ont tout d'abord pas voulu y croire. Ça ne durerait qu'une heure, qu'une matinée tout au plus. Mais c'est en vain que les batteries des portables se sont déchargées, que les larmes ont coulé et que les signaux d'alarme ont été tirés. Les semaines, les mois passent, les années peut-être. Dans ce huis clos sous néons aveuglants, Anna, jolie mère célibataire, Vincent, cadre supérieur raffiné qui espérait s'envoler pour Buenos Aires, et Kevin, entreprenant chômeur en fin de droits, se demandent comme tous les autres s'ils sont les derniers des oubliés, les uniques survivants d'une catastrophe ou les participants d'un stage de réinsertion, et ce qu'ils ont fait pour mériter cela. Qu'être, que faire dans cette foule définitive où l'espoir, l'ambition et le sexe renaissent sous des formes perverses et délirantes? Aux commandes de ce roman à trois voix, conte cruel de la surpopulation, de la promiscuité et de l'emploi que les hommes font les uns des autres, le lecteur savourera enfin tout le temps perdu dans les transports en commun. Dalibor Frioux a 44 ans. Il est l'auteur d'un premier roman très remarqué, Brut (Seuil, 2011).
Milieu du XXIe siècle. À l'écart des grands continents minés par la violence et la pollution, la Norvège a trouvé la formule du bonheur : démocratie exemplaire, nature grandiose et pétrole de la mer du Nord. Le royaume a même conçu la bouteille où enfermer le démon qui le sert : un fonds éthique où sont placés les milliards de la manne sous-marine. À quelques mois des élections générales, l'ancien mannequin Katrin jouit sans retenue de ce paradis, le constructeur de barrages Kurt Jensen intrigue pour entrer au comité remettant le Nobel de la Paix, tandis que Henryk, philosophe à la tête du Fonds, lutte pour concilier argent et vertu. Mais ce pays bien huilé se détraque : des jeunes meurent mystérieusement, les populistes xénophobes dressent un mur au cœur des forêts et promettent de rendre l'argent au peuple. Quant à Jensen, ses ambitions se heurtent aux profondeurs refoulées du miracle pétrolier. Puisant dans l'histoire récente d'un pays modèle et dans la poésie des éléments, ce roman est un chant d'adieu à l'or noir, notre excitant depuis plus d'un siècle. Même dans l'air salubre du Grand Nord, y a-t-il de la richesse sans part maudite, une paix qui échappe à l'ennui, du brut sans brutalité ? Dalibor Frioux est né en 1970 à Paris. Brut est son premier roman.