Daniel Goujon
Daniel Goujon
« Tout ce qui a son prix est de peu de valeur », affirmait Nietzsche. Pourtant, aujourd'hui, tout se passe comme si la valeur économique résumait les valeurs de notre société pour être la seule mesure du bien-être. Cette domination nous place devant une triple crise : écologique, démocratique et économique. Écologique car la valeur économique ne permet pas de prendre en compte la complexité du vivant. Démocratique car les débats politiques sont soumis aux lois de la valeur économique, ce qui oriente le débat, légitime les inégalités et interdit une remise en cause radicale du mode de vie. Économique parce que la création de valeur repose, aujourd'hui encore, sur l'idée absurde qu'une croissance infinie sur une planète finie est possible. Ainsi, ouvrir le débat sur les valeurs - se poser la question à quoi tenons-nous ? - c'est se donner les moyens de penser le monde de demain. Un monde écologique nécessite de passer de la suprématie de la valeur travail à un travail démocratique sur les valeurs. À condition cependant de sortir de nos démocraties représentatives à bout de souffle pour emprunter la voie de la participation et de la délibération. Dans cette perspective délibérative, il n'y a pas de valeur qui échappe au débat collectif : ce qui constitue le vivre ensemble est un choix de société. In fine, la valeur économique, comme toutes les valeurs, n'est ni objective ni subjective mais le fruit de choix démocratiques. Il est temps de passer de la valeur travail à un travail sur les valeurs.
Le monde change mais la science économique évolue peu. Le capitalisme menace la démocratie qui ne parvient plus à le réguler. Ces deux constats sont à l'origine de cet ouvrage. Partant des initiatives citoyennes qui s'opposent au capitalisme, les auteurs construisent une nouvelle vision du vivre ensemble : se défaire de la représentation libérale de l'économie pour bâtir une démocratie écologique et solidaire grâce à la délibération dans l'espace public. En effet, la meilleure façon de favoriser la liberté de chacun est de créer une intelligence collective basée sur la participation de tous. Le délibéralisme est une construction théorique qui articule une réflexion économique (la délibération comme principe d'allocation des ressources), une théorie politique (la démocratie radicale) et un nouveau cadre symbolique (l'épistémologie de la complexité). À l'heure où la critique antisystème nourrit les ennemis de la démocratie, il est temps de passer de la déconstruction à la reconstruction, de la mise en lumière des dysfonctionnements réguliers à l'éclairage des fonctionnements alternatifs, de la soumission au désespoir du réel à l'espérance constructive de l'utopie. La tâche la plus urgente du chercheur est d'ouvrir, à nouveau, l'espace des possibles.