Didier Le pêcheur
Didier Le pêcheur
Que faire quand votre écrivain préféré décide de se jeter contre un mur, pour tester la réalité de l'existence ? Que faire quand on découvre qu'on n'est, soi-même, rien de plus qu'un personnage de roman ? Et quel roman ! Nord et Évangile rêvaient d'action, de fortune et de nuits chaudes, ils n'ont qu'une vie - pardon, une histoire - banale à pleurer. Ils voudraient en toucher deux mots à leur créateur. Mais qui est-il, celui-là, sinon Dieu lui-même ? Et comment se faire entendre de lui ? Car, dans cette guerre totale entre l'auteur et ses personnages, ceux-ci le crient haut et fort : ils seront immortels. Immortels et libres !
« Isa Laure fit le tour de la pièce, observant tout d'un oeil fatigué. Sur la table de travail, attendait un manuscrit ouvert. - Ainsi vous écrivez vraiment... Elle le frôla du bout des doigts, son regard vola quelques mots. Elle poussa un cri et retira sa main, comme si elle s'était brûlée. - Il y a mon nom là-dedans ! Elle se tourna vers moi, paniquée. Je refermai les pages. - Tout ce qui est écrit n'est pas fait pour être lu. » L'amour d'Alessandro Battavia pour Isa Laure, jeune peintre éperdue d'absolu. Une seconde chance pour lui, peut-être, de l'aimer au-delà de la mort, dans un autre réel, défiguré par la cruauté de son imaginaire. À l'intérieur du roman, un autre roman dans lequel bascule son auteur. Entre l'imaginaire de l'auteur et celui de son personnage, le lecteur croit se perdre, puis se retrouver. À moins qu'un autre rêve ne commence... Mais du rêveur et de son rêve, lequel des deux existe vraiment ?
« Ainsi était le monde : on y mourait, on y souffrait, on aimait sans retour. On y était seul. La bonté n'y avait pas sa place. » Paris, 1892. Alors que la capitale est en proie à une vague d'attentats et que la police recherche activement l'anarchiste Ravachol, un garçon de café, Jules Lhérot, le reconnaît parmi ses clients et rend possible son arrestation. Érigé en héros par une presse qui est en train de découvrir que la peur fait vendre, Jules devient aussitôt, pour les anarchistes épris de vengeance, l'ennemi à abattre. De son côté, la jeune Zélie, fille d'ouvrier prompte à frayer avec les marlous et bien décidée à vendre son corps pour se faire une place dans le monde, s'enfuit de la maison de correction où elle a été enfermée. C'est alors qu'elle rencontre Jules, qui tombe éperdument amoureux d'elle... Il deviendra policier, elle prostituée. Leurs routes croiseront celles du commissaire Raynaud l'humaniste, de Bolivar le flic aux moeurs dévoyées, de Milo l'Apache, de Lefeu le journaliste sans scrupule, ou encore de Madeleine, l'épouse d'un grand patron de presse tiraillée entre sa vie bourgeoise et ses désirs. Mais il aura beau perdre ses idéaux, jamais Jules n'oubliera Zélie... Dans cette fresque saisissante où les trajectoires personnelles rencontrent la grande Histoire, Didier Le Pêcheur nous entraîne au coeur d'un Paris âpre et sulfureux, des beaux quartiers aux bas-fonds où règnent les insoumis, dans un monde où chacun a quelque chose à cacher, et où la survie des uns se paie de la souffrance des autres.
1920. Au lendemain de la guerre, cinq amis vont se retrouver dans une demeure désertée baptisée « Le Château » au coeur de la France. Parmi eux, Paulin, le propriétaire des lieux, brisé dans ses rêves de musicien qui s'abîme dans la morphine ; Martinien le compagnon d'enfance, l'instituteur idéaliste. Et puis entre ces deux personnages, il y a la fascinante Prisca, aimée des deux hommes et incapable de choisir. Ensemble, ils tentent de renaître mais dans leur tête, la guerre s'éternise. Seule la naissance de Valentin, le fils de Prisca, va réveiller l'élan de vie. Et en même temps séparer les routes des héros de cette histoire qui s'acheminent vers une nouvelle guerre.