Djibril Tamsir Niane
Djibril Tamsir Niane
Les origines du Gabou sont difficiles à cerner. Une telle lacune s'explique par le sort que le partage colonial a réservé à ce royaume. Il fut en effet partagé entre l'Angleterre, la France et le Portugal. Nous ne disposons pour ce faire que des seules traditions malinkés, mais celles-ci sont unanimes pour situer l'arrivée des Mandingues vers 1240, quand Soundjata lança ses armées à la conquête de l'Ouest. Ce royaume connaîtra cependant son vrai développement du XIIIe au XIXe siècle. Il englobait alors la région de haute et moyenne Casamance ainsi que le cours supérieur du fleuve Koliba. L'affrontement final avec les Peuls, en 1867, fut fatal au Gabou et causa la chute de sa capitale, Kansala. Une des premières conséquences en fut le triomphe de l'Islam dans la région. Mais la victoire peule allait être suivie de près par les conquêtes coloniales et le partage du Gabou.
Ces « Recherches sur l'Empire du Mali au Moyen Age » de Djibril Tamsir Niane constituent les premières approches d'un passé africain que l'auteur n'a cessé d'interroger, de reconstituer, d'authentifier en ses travaux ultérieurs. S'y révèlent déjà la lecture attentive des textes essentiels produits, le plus souvent, par des auteurs arabes, et la qualité d'écoute de la tradition orale sollicitée en connaissance de cause. Point de connaissance de ces temps anciens qui ne doive, en effet, faire appel au savoir transmis par les griots, ces hommes archives - « livres vivants des souverains de l'Ouest africain » dit Niane. Ces gardiens du passé existent encore en pays mandingue, où dans chaque village il y a un griot - le Béléin-Tigui - « qui connaît l'histoire du village et de la région que son prédécesseur lui a enseignée pendant de longues années ». Non pas tant souvenirs d'histoires que mémoire éduquée, car les griots avaient mis en oeuvre une véritable pédagogie de la mémoire. Cet enseignement était intimement lié à l'art oratoire, ainsi s'est constituée une « langue historique » spécifique qu'un non-initié a du mal à comprendre. C'est un des grands mérites de cet ouvrage de s'être informé à ces sources authentiquement africaines de la parole-tradition.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.