Dominique Julia
Dominique Julia
Au cours des quarante dernières années, les historiens des phénomènes religieux ont beaucoup discuté des réformes postconciliaires, de la « déchristianisation » ou de la « religion populaire ». Il importe de s'interroger sur la pertinence de ces notions héritées, et de saisir quels enjeux précis, passés ou présents, conscients ou inconscients, elles présupposent. Entrecroisant bilans historiographiques et études de cas, Dominique Julia cherche à mesurer les déplacements sous-jacents qui se sont opérés dans le domaine de l'histoire religieuse. À travers les logiques et le langage des acteurs, il s'efforce aussi de comprendre les transformations qui, entre XVIe et XVIIIe siècles, modifient en profondeur le champ du catholicisme depuis le concile de Trente. La différenciation des échelles d'observation permet de saisir tant les proximités qui unissent et les différences qui séparent les réformes pastorales, que le retentissement d'une guérison depuis le faubourg Saint-Antoine jusqu'à La Haye, Genève ou Rome.
Comment naît une langue nationale ? La Révolution française a été confrontée d'emblée au problème linguistique, dès lors que, fondant un ordre politique et social neuf, elle entendait rallier à son projet des masses patoisantes. Entre les projets fédéralistes de 1790 et les mesures jacobines de destruction décidées en 1793-1794, l'enquête sur les patois de l'abbé Grégoire tient une place stratégique. Sous les yeux des correspondants de Grégoire, pouvoirs, savoirs et croyances bougent ensemble. Dangereux et fascinant, le monde du patois est pour eux le proche mais l'autre. Dans la géographie des Lumières, un monde impensé surgit : la campagne. Qu'est ce peuple à qui la Révolution assigne désormais la mission de faire l'histoire ? Cette campagne, à la fois jardin des origines et noire réserve de l'animalité ? Comment mobiliser un savoir local au service d'un dessein politique : le triomphe du français, qui doit être celui de la Nation et de la Raison ? Paris dicte le geste qui retranche dans la marginalité et bientôt le folklore les cultures régionales.
Le pèlerinage est très ancien. Il n'a pas cessé d'être actuel. Depuis une trentaine d'années, la fréquentation croissante des chemins de Compostelle a redonné une visibilité au phénomène pèlerin dont on avait trop vite annoncé la disparition. Ce livre s'attache à retracer, au sein d'une Europe désormais divisée en confessions, les élans, les éclipses et les recharges d'une pratique religieuse que l'institution ecclésiastique s'est toujours efforcée de discipliner sans jamais y parvenir. Tout à la fois singulière et collective, la marche vers un lieu saint n'est pas vagabondage. Elle est tendue vers un terme, lieu de rencontre avec l'archange, l'apôtre ou le saint intercesseur, dont le pèlerin attend le secours. À travers gestes et paroles, il s'agit ici de retrouver et de comprendre une expérience spirituelle qui a déplacé des foules, qui les a rassemblées auprès des sanctuaires, mais dont les acteurs n'ont fait que rarement confidence. Directeur de recherche au CNRS dont il a reçu la Médaille d'argent en 1999 pour l'ensemble de ses travaux, Dominique Julia a été professeur à l'Institut universitaire européen de Florence (1989-1993) puis codirecteur, avec Philippe Boutry, du Centre d'anthropologie religieuse européenne de l'École des hautes études en sciences sociales. " Hautes Études " est une collection de l'École des hautes études en sciences sociales, des Éditions Gallimard et des Éditions du Seuil. Prix Guizot de l'Académie française 2017.