Esteban Buch
Esteban Buch
Ce livre rassemble des textes écrits sur une période d'une vingtaine années, récents et inédits ou plus anciens, édités mais non disponibles. Il témoigne d'une recherche que Daniel Deshays a mené durant quarante années dans des réalisations sonores effectuées au théâtre, dans la musique et pour le cinéma. Ces réflexions interrogent une donnée commune à tous ces champs : l'écoute. L'écoute, au coeur de la relation établie entre auteur et auditeur préside à la confection de tout objet audio, théâtral ou audiovisuel. Elle est le lieu même du partage du sensible. L'ouvrage livre au lecteur les arcanes de ce dont il n'a que très peu conscience dans ses relations quotidiennes avec le sonore du monde. C'est une approche critique acquise lors des confections sonores d'une grande diversité de créations et pensée depuis cet axe de création et non de la simple analyse des objets achevés. Ce n'est aucunement un ouvrage technique, il se tient plutôt du côté du sensible, dans ces rapports entre l'oeuvre, sa réalisation, l'auditeur et le monde. Il interroge les modalités de confection des représentations : qu'est-ce que représenter avec le sonore ? Il tente de fonder une mise en conscience de cet "objet son" qui hors de l'aspect de ses nuisances passe à côté de nous tous comme un objet inconscient, fantomatique. C'est par la désignation des variables internes aux oeuvres sonores - le plus souvent issues du cinéma - autant que des processus de constructions artistiques que la révélation de l'ampleur du sujet s'échafaude.
L'irruption du postmodernisme a favorisé la critique des avant-gardes artistiques du XXe siècle, des idéologies qui les avaient portées et même des oeuvres qu'elles avaient produites. Ces mises en cause ont occulté autant que révélé un ensemble de questions théoriques et historiographiques. Que signifie la fin des avant-gardes ? De quelle histoire celles-ci relèvent-elles ? Comment évaluer la force durable des oeuvres, indépendamment des discours qui ont accompagné leur création ? Que nous disent-elles de notre modernité ? Ce livre prolonge l'ultime préoccupation du philosophe Rainer Rochlitz (1946-2002) dans le domaine de l'esthétique : repenser les relations entre l'art, la société et le politique. Réunis initialement au sein d'un séminaire à l'EHESS, les auteurs de ce volume, spécialistes des arts plastiques, de la photographie, de la musique, de la littérature ou de l'esthétique, proposent une réflexion sur les modes d'attribution de sens et de valeur à l'art moderne et aux avant-gardes historiques.
Décembre 1977 : les relations franco-argentines sont en crise à la suite de l'assassinat des deux religieuses françaises proches des mères des disparus. La visite de Daniel Barenboïm et de l'Orchestre de Paris à Buenos Aires en juillet 1980 pose la question du pouvoir critique des musiciens face à cette dictature féroce. Au Teatro Colón, la Cinquième Symphonie de Gustav Mahler, qui s'ouvre sur la Trauermarsch – une gigantesque marche funèbre, où Adorno avait entendu " un cri d'effroi devant pire que la mort " –, fut suivie d'une ovation interminable en l'honneur des musiciens français et de leur chef israélo-argentin, de retour dans sa ville natale après vingt années d'absence. Mais comment l'interpréter ? Trente-six ans plus tard, Esteban Buch propose un essai sur les significations politiques de la musique où l'auteur devient acteur de son propre récit : " J'y associe l'histoire de ma famille errant entre les nazis et les militaires latino-américains, et une réflexion sur le rôle des arts dans le comportement des élites argentines pendant la dictature. Ce parcours entre histoire et mémoire débouche sur une discussion théorique du concept de résistance et ses variantes – dissidence, dissensus, protestation, opposition, négativité, critique –, qui souligne le plus petit dénominateur commun à tous, le mot non. " Nourri de musicologie, de sciences sociales et de littérature, ce livre retrace une énigme musicale au cœur d'une Argentine devenue le théâtre silencieux d'un des crimes majeurs du xxe siècle.