Eve Giannettini
Eve Giannettini
Sur un terrain vague méditerranéen, entre clochards, marginaux et rêves brisés, Le Sac d’autruche d’Ève Giannettini tisse une fresque poétique et crue.
Ton cul, c'est de l'or... Cette phrase me frôle, me touche, ouvre des abîmes. Comme il y a - dans les étangs - des vies latentes, des suçoirs immondes creusant les chrysalides, il y a - dans le coeur des jeunes filles - des trous béants sur l'inconnu, l'inavoué : l'ange et la bête, les rêves dégueulasses, mêlés aux petits songes frais de gamine. Seins hors d'eux, lèvres butées, elle est là - petit bout de fantôme sévère, nue -, des mains rampent, suintantes et nouées : la Strega me regarde, sans voir l'eau qui se salit. Elle hurle ! Qui es-tu, toi dans la glace ? Un masque. Dix-huit ans, des cuissardes, une jupe à ras : la petite Strega acide, aux jambes de grillon, envolée ?
Lorsque cette histoire commence, Ève, « l'héroïne » du récit, a quitté la vieille Europe pour gagner la jeune Amérique. Elle laisse sur l'autre rive : illusions, faillite, angoisse... Mais l'Amérique n'est pas, n'est plus l'Amérique de Mark Twain, ni même celle de D. Hammet ou de Chandler. Les cow-boys ont vieilli et traînent leur cancer dans un Hollywood jonché de boîtes vides, fantômes nostalgiques, avec leur passé fini, leur devenir incertain et leurs soucis de pension alimentaire, d'honoraires de psychiatre et d'investissements immobiliers. Reste le Désert : intangible, encore inaltéré et commode. On n'y rencontre personne : que soi-même. Avec ce troisième roman, Ève Giannettini poursuit sa quête qui est la maîtrise de son écriture. Elle y manifeste ce don rare, celui du poète, prendre l'air du temps.
Attention : femme fatale ! Rencontrer dans la vie un personnage tel que ce livre le fait vivre serait se condamner à l'aimer et courir à sa perte. Enfant terrible d'aujourd'hui, bourreau et victime, pitre, désespérée et romantique, elle va jusqu'aux limites de l'impudeur et de l'insolence mais aussi de la tendresse. On lui pardonne tout. Tout lui est permis, comme à ceux qui ont le charme et la grâce. C'est injuste et immoral mais il en va toujours ainsi. Suite en rouge est un magnifique monologue qui relie à un présent complexe une liaison finissante, un passé fait de terribles défaites sentimentales et sexuelles, où la pauvreté et la mort d'êtres chers ont laissé de profondes empreintes. Une voix s'élève, une présence s'installe, comme on n'en rencontre pas tous les jours.