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Nos rayons et sélections

Francine Raymond

Francine Raymond

2 livres
Couverture ebook de Le Salaire de la vie. Notre travail coûte trop cher, disent-ils., de Ghislaine Tormos, Francine Raymond
Don Quichotte | 15 janvier 2014

12 juillet 2012. Philippe Varin, président du directoire de PSA, premier constructeur automobile français, annonçait la fermeture du site d'Aulnay. Ainsi donc, après leur avoir promis que le site resterait ouvert et que la priorité était de préserver leurs emplois, les ouvriers d'Aulnay sont priés d'aller voir ailleurs. Une entreprise qui ferme, c'est presque une banalité par les temps qui courent : dans le cas de PSA-Aulnay, ce sont 3 000 emplois supprimés, 3 000 vies bousculées, et quelques images au journal de 20 heures, vite chassées par une nouvelle actualité. Un emploi industriel, c'est comme un arbre après la tempête, vite déraciné mais plus difficile à faire repousser. Certains ouvriers d'Aulnay seront reclassés dans le groupe, d'autres devront partir à la recherche d'un (improbable) nouveau CDI. Ghislaine Tormos, elle, a décidé de se battre avec courage. Avant ce jour de juillet, Gigi n'avait encore jamais fait grève. Depuis, elle est devenue l'un des symboles de la lutte des ouvriers de PSA. La crise grandissant, les voitures se vendent moins, les profits de PSA ne sont plus ce qu'ils étaient, et supprimer des emplois devient la seule réponse à la crise. " On me dit que je coûte trop cher, mais pour moi depuis des années, c'est la vie qui est trop chère. " Gigi n'accepte pas que son travail, sa seule richesse, soit devenu le mal-aimé de notre économie, que l'on parle de son coût comme d'une charge pesante et jamais de sa valeur fondamentale. Elle n'accepte pas davantage que les socialistes n'aient pas tenu les promesses faites aux ouvriers d'Aulnay lors de la campagne présidentielle. Elle ne se résout pas à cette fatalité de laisser sans broncher fermer nos usines les unes après les autres. Derrière le témoignage de cette quinquagénaire parlant juste, il y a la parole de tous ces ouvriers, hommes et femmes, liés chaque jour par une chaîne de travail, dans l'effort, la contrainte, parfois la douleur. Autrefois certains d'appartenir à une organisation humaine qu'ils pensaient solide, ils se sentent aujourd'hui trahis. Face aux implacables logiques économiques et financières, le point de vue de la petite ouvrière d'Aulnay ne pèse pas bien lourd, or il mérite qu'on l'écoute.

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Couverture ebook de Comment ça va, l'école ?, de Francine Raymond
Don Quichotte | 18 mars 2015

Notre école est forcément finie, celle de demain en marche, déjà ébauchée dans le regard de nos enfants. Et sur le fronton de cette nouvelle école on pourra lire : " Attention chantier ! Chef-d'oeuvre en cours de réalisation. " Endosser le rôle de parent d'élève pendant vingt ans, cela forge un point de vue sur l'école. Vingt années à rêver de pouvoir pénétrer cette fameuse salle de classe, lieu de tous les dangers et des lassitudes. Car, à l'extérieur des murs, il faut panser les plaies de nos enfants trop souvent cabossés par l'école sans bien comprendre d'où vient le mal. Là où on aimerait entendre les mots d'épanouissement, de valorisation et d'empathie, on parle de sélection, de stress, d'humiliation ou d'ennui. L'école française, personne n'y est heureux. Si friande de sélection, elle se plaît à faire le tri entre les riches et les pauvres, entre les forts en maths et les autres. Elle fantasme une classe idéale garnie de bons élèves qui habiteraient dans le centre des villes. Et, quand parents et enseignants partagent la même obsession de la note et de la performance, quand cela devient trop crucial de passer un bac S, nos enfants ont mal au ventre. Ce sont pourtant eux qui auront à inventer le siècle prochain, à devenir des adultes créatifs capables de façonner le nouveau monde à nos portes. Trop souvent, ils sortent de l'école sans rien savoir de leurs désirs, incapables de dessiner leurs propres rêves. D'autres ont perdu confiance et préfèrent fuir la compétition, convaincus que cette école qui ne sait que pointer la faute n'est pas faite pour eux. Je veux ici raconter cette conversation entretenue depuis vingt ans avec les enfants à l'heure de la sortie, ces mots échangés avec des enseignants croisés dans les salles vides, ces rencontres avec de jeunes professeurs impuissants qui tentent de survivre dans l'école des ghettos, les confidences de parents d'élèves harassés qui ne savent plus quoi inventer pour donner le goût d'apprendre à leurs enfants. Parent d'élève est un métier qui oblige à bousculer ses certitudes, à bouger le projecteur, à partir à la rencontre de pédagogues rassurants, visionnaires et enthousiastes, des professeurs qui préfèrent les marges ou des pionniers entreprenants convaincus que les maths sont un jeu d'enfants pour autant qu'on trouve les mots. Notre école est forcément finie, celle de demain en marche...

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