Franck Doutrery
Franck Doutrery
Contrairement à l'approche spontanée du rapport entre la pensée et le langage, les mots n'ont pas seulement une fonction reproductrice des idées et des choses, mais ils président à la conception même de celles-ci, dans la mesure où c'est d'abord le vocabulaire disponible qui structure l'expérience des locuteurs. Les mots ne les suivent donc pas comme des outils mais les précèdent comme des éclaireurs. C'est sous leur empire qu'on parle et qu'on pense.
Quel est le poids des mots ? En observant la façon dont ils servent à évoquer l'actualité, l'auteur s'aperçoit qu'ils ne se limitent pas à un simple rôle descriptif. Ils projettent aussi le réel sur un arrière-fond, qui en constitue la trame idéologique. En retraçant leur origine et en suivant leur transformation formelle et sémantique, il constate qu'ils orientent la conception du monde plus qu'ils ne le décrivent. Plus souvent qu'à leur tour ils ne suivent pas notre pensée, ils la précèdent.
Il fut une époque où l'église trônait au milieu du village comme un point de repère lumineux. Ces temps ne sont plus. Espace jadis voué aux mystères du sacré, la voilà reléguée en peu de temps au débarras des antiquités. Le souvenir en reste néanmoins vivace chez celles et ceux qui, enfants, l'ont assidûment fréquentée. L'auteur est du nombre. Tombé très tôt dans le bénitier, il y barbota toute sa jeunesse jusqu'à atteindre, encore ruisselant d'eau bénite, le rebord usé par des mains dévotes...