François Buot
François Buot
En Mai 1968, Pacadis, étudiant, s'engage dans la politique, prend la route jusqu'en Afghanistan, milite au Front homosexuel d'action révolutionnaire. Il commence à naviguer dans le milieu de la presse parallèle, croise la bande d'Actuel et participe aux années de gloire de Libération. Alain Pacadis, «reporter de l'underground» est né, celui qui avant tout le monde et mieux que quiconque a su capter l'énergie du punk, chroniquer les nuits héroïques du Palace ou des Bains Douches. Dès lors, jusqu'à sa mort tragique en 1986, Pacadis transporte ses lecteurs de concerts branchés en soirées disco décadentes et événements mondains. Le parcours déglingué de ce dandy contrarié sert de fil conducteur pour traverser ces années qui marqueront profondément la société française. Ancien journaliste à Libération, Alexis Bernier a fondé et dirige le magazine Tsugi depuis 2007. François Buot est écrivain et professeur d'histoire géographie dans un lycée parisien. Il est l'auteur de plusieurs biographies et essais.
Avec une plume alerte, François Buot restitue l'histoire du Paris gay entre 1900 et 1940. Il tente d'en établir la géographie et d'en faire revivre la culture. L'auteur a eu la chance de pouvoir rencontrer les derniers témoins et acteurs de cet âge d'or. Mais cette reconstitution de la société gay et lesbienne repose aussi sur de nombreux documents inédits (lettres de dénonciation ou rapports de la brigade mondaine...), témoignages et reportages trouvés dans la presse de l'époque. Si l'on croise nombre d'intellectuels qui restent des références et des exemples à suivre, il est aussi question des milieux populaires qui refusent les injonctions bien pensantes et l'ordre moral. Dans une France encore conservatrice, les lois font preuve d'une grande tolérance. Paris s'impose comme une ville très libre. Les gays et les lesbiennes, bien intégrés, fréquentent tous les quartiers de la capitale. Le mythe d'une communauté isolée et repliée sur elle-même ne tient pas. Au contraire, hormis quelques extravagances, il s'agit d'un monde avide d'intégration et de normalité, avant que la bipolarisation homosexuelle-hétérosexuelle ne se consolide dans la culture française, et que le rappel à l'ordre moral signe à la fin des années trente une répression accrue. Des amazones aux bordels, des promenoirs aux vespasiennes, voici une traversée dans un Paris souvent festif et nocturne hanté par Crevel, Cocteau, Aragon, Genet, Daniel Guérin et beaucoup d'autres.
Nancy Cunard est née avec le vingtième siècle. Elle l'a traversé avec passion et fureur en allant jusqu'au bout de ses désirs. Avec une certaine audace pour l'époque, cette Anglaise de bonne famille aristocratique fut tour à tour poète, éditrice, écrivain, journaliste, militante. Sans jamais transiger sur sa liberté de penser et d'agir, elle imposa sa silhouette d'égérie inquiète des années folles. Immortalisée par son ami, le photographe Man Ray, la femme aux bracelets africains est toujours restée fidèle à ses révoltes et à ses rêves de jeunesse. Fille spirituelle de George Moore, elle fut très proche des surréalistes, plus particulièrement de Tzara et Crevel. Elle rencontra Pablo Neruda à Madrid, alors qu'elle combattait aux côtés des Républicains espagnols. Elle croqua les hommes comme la vie avec frénésie. Mais elle n'eut véritablement que deux amours : Louis Aragon, dont elle fut la muse éternelle, et Henry Crowder, le musicien noir américain qui l'aida à publier la Negro Anthology, pour réhabiliter la culture noire. Dans ce récit extrêmement vivant et richement documenté, François Buot retrace le destin unique de Nancy Cunard, à une époque exceptionnelle : on traverse avec elle l'Angleterre puritaine réveillée par le Bloomsbury, le Paris surréaliste et les virées au Boeuf sur le toit, les Etats-Unis du jazz noir et de l'intolérance, l'Amérique latine des exilés politiques... François Buot, agrégé et docteur en Lettres, professeur d'histoire, a notamment écrit les biographies de René Crevel et de Tristan Tzara.
De Tristan Tzara, on ne sait souvent qu'une seule chose : c'est l'homme qui inventa la Révolution Dada, cette remise en cause radicale précédant le surréalisme, dont les impératifs furent : « balayer, nettoyer » et qui s'étendit à l'Europe toute entière. Mais entre Samuel Rosenstock, né le 16 avril 1896 dans la province de Bacau en Roumanie, et le vibrionnant révolutionnaire portant monocle et attablé au Flore, « barbare auto-stylé» qui s'éteindra en 1963 dans un appartement parisien bourré de livres et de masques africains, quelle distance parcourue, quelle transformation de soi-même ! Cette première biographie de Tzara, riche de nombreux entretiens inédits avec les survivants du surréalisme, nous apprend la fabrication d'un mythe. Comment devient-on Tzara ? Comment depuis le cabaret Voltaire du Zurich d'avant 1914, où Tzara « vivait et chevauchait la vie comme le chef d'une armée invisible », à son arrivée dans un Paris où les lettres de Max Jacob et d'Apollinaire le sollicitent, « ce barbare du plus haut niveau mental et esthétique » tisse un réseau international d'aide à Dada. Comment il traverse les nuits blanches de Montparnasse tout en menant à bien une oeuvre de poète. Comment il prône la révolution tout en habitant un hôtel particulier construit spécialement par Alfred Loos à Montmartre. Comment il milite dans les rangs de l'armée Rouge, tout en restant fidèle à ses amitiés surréalistes. Comment il écrit dans la solitude tout en se perdant dans le tourbillon de l'entre-deux-guerres, du Boeuf sur le toit aux bals costumés où l'accompagnaient Crevel ou Cocteau. Comment il séduit les femmes mais en épouse une seule qui le nommera « papa, poète, paysan et Propriétaire Parisien »... Dans ce kaléidoscope de noms, d'images, de sigles politiques et de coups de pistolet, on croise tous les intervenants de l'époque, que ce soit en politique (Lénine, Thorez etc.) ou en littérature, Breton, Crevel, Dali, Georges Bataille, Roger Caillois, tant d'autres.
Quand Hervé Guibert meurt le 27 décembre 1991, à l'âge de trente-six ans, il est déjà une légende. Sait-on qui se cache sous l'homme au chapeau rouge ? Sous le masque de l'enfant terrible qui met en scène les plus inavouables de ses fantasmes ? Est-il seulement un autobiographie qui utilise sans complaisance ses amis et leurs secrets, le sida comme la peur de mourir ? De la Rochelle, où il fut élevé, à l'Ile d'Elbe, de l'exotisme des voyages à la fièvre des années Palace, François Buot reconstitue un destin. On découvre Hervé Guibert, journaliste, photographe, voyageur, séducteur, homme marié, ami de Michel Foucault, de Roland Barthes, de Zouc, d'Isabelle Adjani, d'Henri Cartier Bresson, scénariste de Patrice Chéreau. On le suit, au plus près, des premiers textes érotiques comme Les Chiens, jusqu'aux livres pudiques et impudiques, impitoyables de lucidité, où il s'expose en pleine lumière. La première biographie d'Hervé Guibert en révèle toutes les contradictions. Son envie de vivre. Sa course à la mort. Sa passion de la vérité.
A peine redécouvert, grâce à la réédition d'une large partie de son oeuvre, Crevel disparut à nouveau derrière une image aux clichés faciles : celle d'un jeune homme à la fois homosexuel, surréaliste, communiste et suicidaire. Le personnage est plus complexe, François Buot nous le prouve ; il a recueilli de nombreux témoignages, ceux d'hommes et de femmes qui l'ont croisé entre Barcelone et Pigalle, entre sanatorium et salles de rédaction ; il a étudié la correspondance - souvent inédite - échangée avec les amis qui l'aidaient à trouver la vie moins "vache", Paul Eluard, Marie-Laure de Noailles, Jean-Michel Frank, Dali et Gala ; il a retrouvé des photos et de nombreux textes inédits de Crevel... Autant de pièces patiemment réunies qui bousculent les idées reçues et raniment le portrait un peu figé de cette figure emblématique, de ce dandy qui aimait la Révolution, la nuit, les meetings, les bals et les cabarets. Une éblouissante biographie qui se révèle être, aussi, un extraordinaire voyage dans l'entre-deux-guerre.