François Rigolot
François Rigolot
Le premier goût que j'eus aux livres, il me vint du plaisir des fables de la Métamorphose d'Ovide (Essais, I, 26). La lecture des Métamorphoses est associée par Montaigne à l'enfance, aux livres et à la volupté. C'est à la dérobée qu'il savoure les mythes d'Ovide ; et le principe de ce plaisir primitif laissera sa trace mémorielle dans le principe d'écriture des Essais. Qu'il s'agisse de l'histoire, de la politique ou de la philosophie morale, Montaigne recherche plutôt le clair-obscur des demi-vérités, refusant de se prêter aux artifices trop évidents de la belle rhétorique. Tout est sujet à fluctuations, proclamait Pythagore à la fin des Métamorphoses, et les empires comme le reste. Les Essais se prêtent merveilleusement bien, par leur forme ondoyante et diverse, à reproduire cette mutabilité des hommes et des civilisations. Mais Montaigne a intériorisé cette labilité fondamentale qu'il trouvait chez Ovide dans sa tentative d'auto-portrait où le jugeant et le jugé s'obstinent, tel Narcisse, à saisir une image fugitive et en continuelle mutation.
Fondée en 1950 par Eugénie Droz, la collection des Travaux d'Humanisme et Renaissance a réuni, en soixante-cinq ans, plus de 550 titres. Elle s'est imposée comme la collection la plus importante au monde de sources et d'études sur l'Humanisme (Politien, Ficin, Erasme, Budé...), la Réforme francophone (Lefèvre d'Etaples, Calvin, Farel, Bèze...), la Renaissance (littéraire et artistique, Jérôme Bosch ou Rabelais, Ronsard ou le Primatice...), mais aussi la médecine, les sciences, la philosophie, l'histoire du livre et toutes les formes de savoir et d'activité humaine d'un long XVIe siècle, des environs de 1450 jusqu'à la mort du roi Henri IV, seuil de l'âge classique. Les Travaux d'Humanisme et Renaissance sont le navire-amiral des éditions Droz.