Françoise Martinat
Françoise Martinat
La Restauration marque la paradoxale résurrection du rituel de l'entrée royale cérémonie spectaculaire qui met en scène le pouvoir représenté par le souverain, et témoigne de sa mainmise symbolique sur le territoire dont sa propre personne incarne l'unité politique. Jusqu'aux débuts de la Troisième République, cette traditionnelle cérémonie du pouvoir connaît maints réinvestissements symptomatiques. Parallèlement, en ce siècle des révolutions, l'historiographie, la littérature, l'iconographie manifestent un intérêt tout particulier pour l'entrée royale ; en effet, ce dispositif complexe offre un modèle particulièrement efficace lorsqu'on s'interroge sur les modes de production de la légitimité politique. L'entrée royale, à la fois événement et récit, acte et paroles, construit une fiction du pouvoir : elle constitue un excellent point d'optique pour analyser le fonctionnement symbolique des fêtes de souveraineté, les logiques rhétoriques et stratégiques qui la fondent, enfin ses conditions d'efficacité et ses possibilités d'adaptation - toutes questions essentielles en un siècle qui travaille à une refondation symbolique prenant acte des effets de la Révolution.
La reconnaissance de droits constitutionnels aux peuples indigènes de la Colombie et du Venezuela vient profondément modifier les relations établies entre ceux-ci, l'État et la société civile. Les rapports de domination laissent désormais place à un jeu plus complexe, stratégique, entre les différents acteurs. Ce livre étudie ces bouleversements et ces jeux sous l'angle conjoint de la politique et du droit. Il analyse la place de la différence dans ces États à travers les jeux des acteurs, en particulier indigènes. Pluridisciplinaire, l'ouvrage est aussi une tentative d'aborder les politiques des identités sans oublier le poids des imaginaires et des cultures. Sur un mode résolument interculturel, la réflexion porte ainsi sur la manière dont les représentations, les visions du monde propres à chaque société (indigènes/étatiques) - qui sont dynamiques dans le temps et les espaces - conditionnent leur entendement du multiculturalisme et, surtout, structurent leurs relations.