Frédéric Debomy
Frédéric Debomy
À partir du mois d'août 2017, une offensive de l'armée birmane a provoqué le départ de plus de 624 000 Rohingyas vers le Bangladesh. Tandis que les Nations unies qualifiaient les violences à l'origine de cet exode de nettoyage ethnique, le monde entier découvrait le sort de cette minorité musulmane de Birmanie. Comment comprendre l'attitude d'Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix et figure centrale de la lutte pour la démocratie en Birmanie, aujourd'hui à la tête du gouvernement birman, passée d'un quasi silence à un discours mensonger ayant pour effet de couvrir les exactions de l'armée ? Car elle est également à l'origine de la mise en place d'une commission consultative, présidée par l'ancien secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, qui a demandé le rétablissement des Rohingyas dans leurs droits. Resituant les événements dans le contexte historique de la Birmanie, pays obsédé par la question de l'ethnicité, cet ouvrage offre un éclairage précieux sur la situation actuelle. Attentif aux ambiguïtés de la « Dame », il s'attache à montrer de quelle marge de manoeuvre elle dispose réellement, et quelle stratégie elle semble conduire. Une stratégie des petits pas ?
Dé-faire la pensée d'Alain Finkielkraut, auteur de « La défaite de la pensée» est le pari réussi de Frédéric Debomy. Il livre ici l'analyse rigoureuse d'une pensée fondée sur le rejet de l'Autre et démonte la posture semi-savante de l'un des intellectuels contemporains les plus médiatisés et les plus polémiques. Un texte crucial dans ce contexte général d'abaissement du débat intellectuel.
Tout semble avoir été dit sur Marilyn Monroe. À y regarder de près, pourtant, on découvre que la plupart de ceux qui se sont emparés de sa vie n'ont produit que des fictions la dépeignant mal, des biographies de seconde main ou des enquêtes sans rigueur. Des textes nourris non pas de faits mais de divagations ou de racontars jamais remis en question. Il existe pourtant des sources solides d'où partir pour analyser ce phénomène de confiscation permanente de la voix d'une femme par des gens prétendant lui donner un écho. Ce livre ne prétend pas rétablir la vérité sur Marilyn. Il se donne la tâche, plus modeste, de ne pas confisquer sa voix. Il permet ainsi peut-être, paradoxalement, de mieux l'approcher. Essayiste et scénariste de bande dessinée, Frédéric Debomy consacre une partie de sa production à la déconstruction des lieux communs. Il est notamment l'auteur de Birmanie, des femmes en résistance (Buchet/Chastel, 2014).
Une bande-dessinée documentée et pédagogique Le phénomène de l'extrémisme bouddhiste en Birmanie, incarné par le bonze Wirathu, a surpris tous ceux qui n'envisagent le bouddhisme que comme une religion de paix ou une simple spiritualité. Pour l'expliquer, Benoît Guillaume et Frédéric Debomy se sont rendus en Birmanie, dévoilant au fil des déplacements et des rencontres les ressorts d'une société brisée par des décennies de dictature militaire et obsédée par les questions d'identité. On y découvre que l'intolérance des moines extrémistes est largement partagée par la société et que les musulmans, cibles privilégiées, n'en font pas seuls les frais : les chrétiens ne sont pas toujours épargnés et les femmes largement discriminées. Dans ce contexte, la plus célèbre des opposantes à la dictature, parvenue partiellement au pouvoir, déçoit, ce qui semble s'expliquer à la fois par un contexte miné et son évolution personnelle. Le lecteur découvrira ainsi dans les pas des auteurs combien il reste à parcourir pour que ce pays connaisse véritablement la démocratie.
« En même temps ». Cette expression d'Emmanuel Macron, apparente invitation à la complexité, est contredite par le regard binaire qu'il porte sur une société constituée à l'en croire de « premiers de cordée » capables et d'une masse de gens « qui ne sont rien ». Ses adversaires ne sont cependant pas plus nuancés lorsqu'ils opposent à des « élites » diabolisées un « peuple » magnifié. Grand perdant de cet affrontement : le réel, dont l'épisode de la pandémie de Covid-19 a révélé combien nombre de citoyens en sont déconnectés. Ce qui, loin de justifier un mépris élitaire, doit encourager une refonte de notre démocratie de manière que les individus puissent s'y impliquer davantage.