Frédéric Schiffter
Frédéric Schiffter
Schiffter nous livre, d'"Absentéisme" à "Zèle", non le Dictionnaire des idées reçues laborieuses, mais le lexique sadique des usiniers, l'argot des garde-chiourme contemporains, le patois toxique du bien-vivre en suant sa journée. Sa méthode est simple, débarbouiller le vocabulaire des hiérarques de l'entreprise pour le rendre à sa nue vérité noire. Avec lui, il n'y a plus d'acteur et de talent, de boîte et de bilan, de société, de cadre, de carrière ou de cible, mais des esclaves corvéables, soumis et diligents, et des maîtres à engraisser. La convivialité managériale et la performance reçoivent enfin une appellation correcte : celle de l'asservissement régulé et de l'abêtissement planifié du cheptel laborieux. Précis fort précieux en ces temps de start-up modèle et de coolitude directoriale.
Les populistes à l'épreuve de la philosophie. Une idole affole le monde politique : le Peuple. De l'extrême droite à l'extrême gauche en passant par les libéraux, tous les partis et leurs leaders se coiffent de cette idole. Or quel est ce Peuple dont les porte-parole veillent à ne jamais définir les contours ? Les pauvres, les classes moyennes, les provinciaux, les Français dits de souche, les diverses communautés culturelles, les martyrs de l'impôt ? Loin d'être une réalité identifiable, le Peuple n'est qu'un flatus vocis, un vent de bouche, que des blablateurs propulsent à pleins poumons du haut de leur podium pour ratisser large en période électorale ou pour mobiliser des suiveurs. Vide de contenu, la notion de peuple permet à n'importe quelle foule de s'en prétendre l'incarnation et d'aller exprimer ses frustrations, ses indignations, ses bouffées paranoïaques, sur les nouvelles agoras digitales appelées réseaux sociaux. Animée de la " décence ordinaire " que lui prêtent les intellectuels convertis à George Orwell, cette foule y poursuit de sa vindicte les migrants, les sionistes, les élus, les médias, les " sachants " et tous les coupables supposés de ses malheurs ; elle y dénonce, surtout, la tyrannie tentaculaire des " élites ". Or, là encore, les " élites " ainsi visées n'ont rien d'une aristocratie, mais forment une petite plèbe de nantis dont l'ignorance hautement diplômée égale l'inculture décomplexée des mal-lotis. De même que le mot " peuple ", l'expression " les élites " désigne un être social fantasmatique. Ce sont des éléments de langage dont on connaît la fonction : remplacer la précision par le simplisme et, ainsi, aggraver la servitude intellectuelle. " Ce pamphlet sera lu comme un manuel de résistance à la démagogie. " Frédéric Schiffter fut professeur de philosophie. Il est l'auteur d'une quinzaine d'essais salués par la critique, et le lauréat du prix Décembre 2010 pour Philosophie sentimentale (Flammarion) et du prix Rive gauche à Paris 2016 pour son récit autobiographique On ne meurt pas de chagrin (Flammarion). En 2020 est paru son premier roman : Jamais la même vague (Flammarion).
Aussi fugace soit-elle, la rencontre avec la beauté est une expérience bouleversante. Partant d'un souvenir personnel -l'apparition d'une femme -, Frédéric Schiffter invite le lecteur à une méditation philosophique sur la beauté des paysages et des oeuvres qui ont marqué sa vie. Une flânerie érudite à travers les films, les livres et les oeuvres d'art, qui nourrit avec délicatesse notre éducation esthétique.
Aussi fugace soit-elle, la rencontre avec la beauté est une expérience bouleversante. Partant d'un souvenir personnel -l'apparition d'une femme -, Frédéric Schiffter invite le lecteur à une méditation philosophique sur la beauté des paysages et des oeuvres qui ont marqué sa vie. Une flânerie érudite à travers les films, les livres et les oeuvres d'art, qui nourrit avec délicatesse notre éducation esthétique.
Échoué depuis des années à Biarritz où il jouit sans entraves de ses temps morts, Frédéric Schiffter, le "philosophe sans qualités ", selon sa carte de visite, a tout loisir de noter des cogitations, des souvenirs et des humeurs dont l'acidité, même diluée dans les larmes, n'épargne rien, ni le monde ni son ego.
Tormented Wolf, a warrior from Yakari's tribe, has an obsession: to take his revenge on the wolf who attacked and injured him three winters before. This wolf limps... Yakari has crossed the path of Three Legs. He is afraid, but a dream and the intervention of Great Eagle, his totem, encourage him to join the wolves. He will earn the trust of the pack's leader...
" L'idée de l'anarchie me plaît. Le fascisme me dégoûte. Je ne peux pas aller plus loin dans ma profession de foi. " Durant l'année 1935, Marie Léger, jeune professeure agrégée de lettres dans un lycée parisien, consigne dans son journal les petits faits de sa vie apparemment bien rangée. Ne l'intéressent que les livres et l'amour – tel que le pratique, dit-elle, une " citoyenne de Lesbos ". Au contraire de son frère Maurice, activiste d'extrême gauche, elle ignore tout de la montée des périls. Mais 1936 bousculera son insouciance. En France, le Front populaire tendra la main au Frente popular ibérique. Quand, en Espagne, une partie de l'armée se soulèvera contre la République, Maurice ira se battre aux côtés des " Rouges " et Marie le suivra. En franchissant les Pyrénées, la Parisienne frivole passera de l'école des sentiments aux leçons de l'Histoire. Au fil des semaines vécues à Barcelone et sur le front d'Aragon, le journal de Marie se transformera en chronique intime et désabusée d'une tragédie collective. Témoin des actions – et exactions – révolutionnaires, elle écrira : " Je me sens anarchiste. J'en ai le cœur. Pas l'idéologie. "
Comment un homme en pleine défaite professionnelle et sentimentale voit son espace social et sa vie rétrécir - et même son corps ?Baudouin Villard enseigne la philosophie dans un lycée catholique et écrit des essais snobés par le succès. Il a divorcé une fois, il s'apprête à divorcer une deuxième fois. Il se fait l'effet d'un velléitaire en amour et dans le plaisir, licencié par ses épouses. Morose, pensant qu'il traverse la fameuse crise de la quarantaine, il consulte un psychiatre. Le Dr Nadaillac craint que son patient ne soit atteint depuis longtemps du funeste syndrome d'Alceste, un trouble de l'humeur pouvant entraîner des épisodes psychotiques. Or, à mesure que le temps passe, Baudouin ressent d'indicibles symptômes physiques et psychiques de resserrement existentiel. En même temps qu'il se désocialise, il se décharne - sans s'inquiéter de savoir quel traumatisme se trouve à l'origine de cette catastrophe progressive. Il s'y résigne. Une idylle, avec une jolie quadragénaire, et une nouvelle amitié, avec un vieil homme secret au passé sanglant, redonneront un peu d'épaisseur à ses jours, mais des événements malheureux raviveront ses désordres mentaux au point de le métamorphoser corps et âme. L'humour passe pour être l'élégance du désespoir. Dans ce roman où flânent les mânes de Guy de Maupassant et d'Emmanuel Bove, Frédéric Schiffter rappelle aussi que l'ironie est le sourire navré de la lucidité.
Depuis le temps que prophètes, savants et philosophes s'ingénient à donner quelque consistance à ce grand lieu commun qu'est la réalité, l'humanité, crédule par nature, réaliste par idéal et, pour tout dire, friande de faits divers, continue à se persuader de l'existence même de la réalité. Amusé par ce puissant empire du qu'en-dira-t-on ontologique, Esnaola ne voit dès lors nulle inconvenance à colporter, lui aussi, ses propres ragots métaphysiques, dont la souriante lucidité n'épargne ni le monde, ni les arrière-mondes, encore moins ceux qui y adhèrent. Qu'on en juge plutôt avec cet échantillon : "Le créateur est celui qui nomme, qui invente un langage, mots, images, formes, sons... Je croirai en Dieu quand on retrouvera ses planches, textes, moulages et partitions pour la création du monde."
En 1974, Alice a dix-sept ans. Elle vit une romance avec Don, un Californien qui vient chaque été surfer les spots de Guéthary. Don et Alice se marient. Le jeune couple séjourne d'abord à Hawaii pour y vivre d'amour, d'herbe et de vagues, puis à Santa Barbara pour y poursuivre des études. Les années 1980 bouleverseront tout. Le surfeur indolent se lancera avec succès dans l'industrie et le commerce. Il développera en Californie et au Pays basque la marque Line Up. Le surf business ruinera le surf bohême. L'admiration d'Alice pour Don n'y survivra pas. Boris Brissac est avocat pénaliste à Paris. On l'appelle le « défenseur des salauds ». Il en convient, mais ce n'est pas sans risque. Quand il s'empare du dossier de Francisco Milán, un néonazi impliqué dans la mort d'un jeune « antifa », il se fait tabasser dans la rue. L'ironie de l'affaire est que son client troque en prison ses idées politiques pour des convictions religieuses. Brissac apprend que la violence ne procède pas d'une idéologie, mais qu'une idéologie répond à un besoin de violence. La vie n'est jamais la vie, mais toujours une vie. Quand Alice et Boris se rencontrent, à l'orée des années 2000, tous deux ont la quarantaine. Ils ne se demandent pas pourquoi ils s'aiment aussitôt. Chacun espère que l'autre le laissera longtemps entrer dans sa vie.
En 1974, Alice a dix-sept ans. Elle vit une romance avec Don, un Californien qui vient chaque été surfer les spots de Guéthary. Don et Alice se marient. Le jeune couple séjourne d'abord à Hawaii pour y vivre d'amour, d'herbe et de vagues, puis à Santa Barbara pour y poursuivre des études. Les années 1980 bouleverseront tout. Le surfeur indolent se lancera avec succès dans l'industrie et le commerce. Il développera en Californie et au Pays basque la marque Line Up. Le surf business ruinera le surf bohême. L'admiration d'Alice pour Don n'y survivra pas. Boris Brissac est avocat pénaliste à Paris. On l'appelle le « défenseur des salauds ». Il en convient, mais ce n'est pas sans risque. Quand il s'empare du dossier de Francisco Milán, un néonazi impliqué dans la mort d'un jeune « antifa », il se fait tabasser dans la rue. L'ironie de l'affaire est que son client troque en prison ses idées politiques pour des convictions religieuses. Brissac apprend que la violence ne procède pas d'une idéologie, mais qu'une idéologie répond à un besoin de violence. La vie n'est jamais la vie, mais toujours une vie. Quand Alice et Boris se rencontrent, à l'orée des années 2000, tous deux ont la quarantaine. Ils ne se demandent pas pourquoi ils s'aiment aussitôt. Chacun espère que l'autre le laissera longtemps entrer dans sa vie.
"Le début de ma vie au Sénégal, jusqu'à mes sept ans environ, s'est passé dans une relative insouciance. La réalité alentour sur laquelle, toi, mon père, tu régnais, constituait ce que l'on appelle un monde. Chaque moment du jour et chaque période de l'année obéissait à un emploi du temps cosmique : l'école, les repas, les déplacements, les devoirs, les heures de jeu avec les voisins de mon âge, les week-ends à la plage de N'Gor ou de Popenguine, les grandes vacances en France, le mois d'octobre de scolarité à Biarritz, puis le retour à Dakar chaque début de novembre. Mon enfance tournait sans à-coups, assez heureuse. Le bonheur suppose de ne pas penser et je ne pensais pas. Si tout avait continué ainsi, je n'aurais jamais pensé. En fait, je n'étais pas né. Chaque humain passe par deux naissances. La première, biologique. La seconde, biographique. Ma biographie commence par ta mort, dix ans après ma venue au monde."
"Le début de ma vie au Sénégal, jusqu'à mes sept ans environ, s'est passé dans une relative insouciance. La réalité alentour sur laquelle, toi, mon père, tu régnais, constituait ce que l'on appelle un monde. Chaque moment du jour et chaque période de l'année obéissait à un emploi du temps cosmique : l'école, les repas, les déplacements, les devoirs, les heures de jeu avec les voisins de mon âge, les week-ends à la plage de N'Gor ou de Popenguine, les grandes vacances en France, le mois d'octobre de scolarité à Biarritz, puis le retour à Dakar chaque début de novembre. Mon enfance tournait sans à-coups, assez heureuse. Le bonheur suppose de ne pas penser et je ne pensais pas. Si tout avait continué ainsi, je n'aurais jamais pensé. En fait, je n'étais pas né. Chaque humain passe par deux naissances. La première, biologique. La seconde, biographique. Ma biographie commence par ta mort, dix ans après ma venue au monde."
De A comme Aliénation ou Amour jusqu'à W comme Woody (Allen) , dont il apprécie l'art et la pensée, en passant par D comme Devoir de mémoire ou N comme Nihilisme, Frédéric Schiffter revisite les figures imposées de la philosophie, qu'il confronte à sa Weltanschauung dandy, mêlant entrées classiques ou buissonnières.On y trouvera tout aussi bien des réflexions parfois polémiques sur l'existentialisme, Guy Debord ou Michel Onfray, que des concepts plus inattendus et chers à l'auteur, tels que le " blabla ", le " gnangnan ", le " cafard " ou l'" anarchisme franchouillard ". Un portrait de Schopenhauer voisine avec une citation de Cioran et l'évocation des jeunes femmes en bikini.Dans la lignée de Philosophie sentimentale (prix Décembre 2010) et du Charme des penseurs tristes, Frédéric Schiffter, écrivain tout autant que philosophe, partage ses passions et ses lecture dans ce dictionnaire stylé, tout à la fois pensif et jouissif, qui a tout du gai savoir.
La joie occulte le tragique de notre existence et nous insensibilise aux souffrances du monde. Les philosophes, dès lors, en font une passion sage - une vertu. Sont-ils pour autant des êtres joyeux ? Les penseurs tristes, eux, n'ont rien de doctrinaires de la tristesse. Ils contemplent notre condition à travers les loupes de leurs larmes. Leur lucidité ne nous rend pas plus heureux. Comme elle s'exprime avec élégance, elle invite notre intelligence et notre sensibilité au plaisir de flirter entre elles. Elle nous rend le sourire. Nous sommes sous le charme. F.S.
La joie occulte le tragique de notre existence et nous insensibilise aux souffrances du monde. Les philosophes, dès lors, en font une passion sage - une vertu. Sont-ils pour autant des êtres joyeux ? Les penseurs tristes, eux, n'ont rien de doctrinaires de la tristesse. Ils contemplent notre condition à travers les loupes de leurs larmes. Leur lucidité ne nous rend pas plus heureux. Comme elle s'exprime avec élégance, elle invite notre intelligence et notre sensibilité au plaisir de flirter entre elles. Elle nous rend le sourire. Nous sommes sous le charme. F.S.
"La beauté naît du flirt intime entre le monde et l'imagination." Aussi fugace soit-elle, la rencontre avec la beauté est une expérience bouleversante. Partant d'un souvenir personnel - l'apparition d'une femme -, Frédéric Schiffter invite le lecteur à une méditation philosophique sur la beauté des paysages et des oeuvres qui ont marqué sa vie. Une flânerie érudite à travers les films, les livres, les oeuvres d'art, qui nourrit avec délicatesse notre éducation esthétique.
"La beauté naît du flirt intime entre le monde et l'imagination." Aussi fugace soit-elle, la rencontre avec la beauté est une expérience bouleversante. Partant d'un souvenir personnel - l'apparition d'une femme -, Frédéric Schiffter invite le lecteur à une méditation philosophique sur la beauté des paysages et des oeuvres qui ont marqué sa vie. Une flânerie érudite à travers les films, les livres, les oeuvres d'art, qui nourrit avec délicatesse notre éducation esthétique.
Un philosophe peut m'instruire ou m'éclairer, mais son oeuvre n'exerce sur moi aucun charme si en filigrane de ses concepts, de ses thèses, de ses arguments, je ne perçois pas le récit d'un chagrin personnel. Sous le masque du cérébral, j'aime deviner l'orphelin, l'amoureux, l'abandonné, le déclassé, le décalé - l'« animal malade ». Les auteurs que je cite dans ces pages, en exergue de chaque chapitre, n'appartiennent pas à une même sensibilité intellectuelle ou littéraire. Si, cependant, leurs pensées m'accompagnent depuis longtemps et me reviennent à l'esprit comme des refrains, sans doute est-ce parce que j'y entends une semblable tonalité mélancolique. Que j'aie à m'en féliciter ou à m'en blâmer, c'est à Schopenhauer, mais aussi à Nietzsche, Pessoa, Proust, l'Ecclésiaste, Chamfort, Montaigne, Freud, Rosset, Ortega y Gasset, que je dois ma vocation de philosophe sentimental.
Vouée au chaos du marché planétaire, notre société, avec ses professeurs d'éthiques, ressemble aux cités en déclin de l'époque gréco-romaine où pullulaient de doctes prêcheurs de sagesses. Autres temps, même commerce. A l'image de leurs antiques modèles platoniciens, aristotéliciens, cyniques, stoïciens et épicuriens, nos donneurs de leçons actuels vantent à la criée médiatique leurs recettes d'une vie bonne - ou, c'est selon, réussie , jouissive , vertueuse , libre , engagée , altruiste . Appréciés de la foule, ces philosophes moralisateurs éclipsent une lignée de philosophes démoralisants - allant des Sophistes à Wittgenstein, en passant par Machiavel, Montaigne, La Rochefoucauld, Gracian, Hobbes et Schopenhauer -, dont l'art, prisé du petit nombre, est de saigner les idéaux de la lame du doute, et, du scalpel de la précision, d'en mettre à nu les squelettes. En revisitant l'histoire des idées, ces pages rappellent qu'entre des pensées qui élucident, sans plus, notre condition tragique, et des discours qui prétendent, sans rire, nous apprendre à vivre et à mourir, il y a le même rapport qu'entre des vérités et du bluff.