Gabriel Domenech
Gabriel Domenech
Découvrez Éloge de l'ivresse, un essai audacieux et provocateur de Gabriel Domenech, où l'auteur défend avec panache la liberté individuelle face à l'hypocrisie d'une société moralisatrice.
Devenir député ? C'est le désir le plus ardent de quelque deux à trois mille Français qui posent leur candidature aux élections législatives. Ce titre de député, un journaliste de province l'a pourtant décroché, pratiquement sans l'avoir voulu, en 1958, à l'aube de la Ve République. Grand reporter au Méridional de Marseille, Gabriel Domenech est appelé, en 1952, à suivre l'enquête de Lurs. Ce sera pour lui l'occasion de découvrir les Alpes de Haute-Provence. Mais l'affaire se prolonge, s'obscurcit, se complique et finit par devenir si mystérieuse que ce journaliste passe, pendant quatre ans, le plus clair de son temps dans ce merveilleux département, se faisant de très nombreux amis. Si bien qu'un jour on lui propose de se présenter aux élections cantonales. N'ayant jamais fait de politique, Domenech accepte, plus par goût de l'inédit que par ambition. Il est battu au bénéfice de l'âge, ayant obtenu le même nombre de voix que son concurrent. Celui-ci a triché. Les élections sont cassées. Quelques mois plus tard, Gabriel Domenech est élu. Cela se passe en septembre 1958. Beaucoup de choses viennent de se produire en France, à commencer par l'effondrement de la IVe République. Les Bas-Alpins demandent à l'auteur de continuer sur sa lancée et de poser sa candidature à la députation. Contre Marcel-Edmond Naegelen... C'est cette extraordinaire aventure d'un reporter de province devenant député malgré lui qui est racontée dans ce livre. Un livre que Gabriel Domenech a écrit avec le sourire, sans épargner personne, pas même lui : ce n'est pas de devenir député qui est difficile, mais de le rester.
Si la province souffrait jusqu'ici d'un complexe d'infériorité vis-à-vis de Paris, ce livre d'un journaliste provincial contribuera beaucoup à le faire disparaître. C'est la plus belle volée de bois vert jamais donnée aux parisiens. Gabriel Domenech leur rappelle que, même géologiquement, ils étaient en retard sur le reste du pays, que leur histoire n'a rien de commun avec celle des Français que la moitié d'entre eux sont des provinciaux et vingt pour cent des étrangers, que l'élite nationale est originaire de la province, qu'aucun d'entre eux n'a jamais rien découvert... Et que sans la province nourricière, Paris exploserait en moins de quinze jours. Tout cela dit avec une franchise, une vivacité de ton et un humour inhabituels en ces temps de contestation moro et de revendication violente.
« Mon Amazone à moi s'est située dans un rayon de cent cinquante à deux cents kilomètres autour de Marseille. L'épaisseur d'un poil de barbe par rapport au trajet Terre-Lune, mais le plus vaste univers qui soit, en comparaison. Car, pour autant que je sache, aucun de nos envoyés dans l'espace, qu'ils soient russes ou américains, n'a jamais rencontré âme qui vive le long des chemins du ciel (et même s'il s'en était trouvé une, comment la voir en passant à 28 000 kilomètres à l'heure ?), alors que moi, j'ai eu trente ans pour parcourir ma province. Sans me soucier d'autre chose que d'écouter battre le coeur des hommes. Dans un accompagnement de vent dans les garrigues, d'eau vive sur les galets de nos rivières, de cigales dans nos pinèdes, de vagues sur nos plages et de cloches dans nos vallées. « Rendez-vous compte : quelque trois millions d'hommes et de femmes, un bon millier et demi de villages, et cinq ou six fois plus de hameaux et de quartiers. Dont personne, en général, n'a jamais parlé. Que la télévision ignore. Que le cinéma ne connaît pas. Que l'histoire oublie depuis toujours. Des foules de vies secrètes, demeurées dans l'ombre. Si, dans tout cela, un journaliste ne trouve pas sa pâture quotidienne, qu'il aille au diable ! D'autant plus que, au contraire des habitants de Java, des Caraïbes ou de la Nouvelle-Zélande, tous ces gens-là parlent la même langue que lui et qu'il n'y a pas besoin d'un interprète ou d'un dictionnaire pour se dire ce que l'on a à se dire. Même les mimiques ont un sens. »