Gaston Compère
Gaston Compère
Avec Mémoires d'Hadrien, Marguerite Yourcenar avait porté à sa perfection le roman biographique. Avec "Je soussigné, Charles le Téméraire, duc de Bourgogne", Gaston Compère fait éclater les limites de la biographie romanesque. Commynes et ses contemporains ont cru être les chroniqueurs fidèles de Charles le Téméraire, de sa politique de conquête, de son opposition constante à Louis XI, et de sa fin tragique au siège de Nancy, en 1477. "Je soussigné, Charles le Téméraire, duc de Bourgogne" s'inscrit très précisément entre ces points de repère historiques. Tous les épisodes relatés sont strictement conformes aux données de l'histoire événementielle. Mais Gaston Compère est, avant tout, un visionnaire. Ce qui l'a retenu, au-delà des faits, c'est l'espace d'investigation et de création qu'offre à l'imagination d'un romancier d'aujourd'hui la subjectivité d'un homme du XVe siècle. Il investit l'âme du Téméraire, et nous invite à une réflexion sur la liaison des destins individuels et collectifs, à une rêverie sur l'homme et sur le temps.
Le mur de Berlin vient d'être érigé. Christian Stlzel agonise à son pied. Christian. Elle criait Christian. C'est Anneliese qui criait Christian. Anneliese. Personne d'autre que ma soeur. Ma grande soeur amère. Bouger. Lui faire signe Quels cris entend l'oreille de l'étudiant blessé sinon les cris rêvés de ceux-là mêmes qu'il a aimés et haïs ? Que revoit-il sous ses paupières closes ? Que lui restitue sa mémoire ? Extraordinaire Berlin de 1961. Aventure tragique et bouffonne de la construction du mur. Atmosphère étrange. Attente de cataclysmes. L'office des ténèbres décrit, dans une langue flamboyante et incantatoire, dans un style réaliste et transfiguré langue et style dont le roman contemporain offre peu d'exemples , l'apprentissage, jusqu'à l'ultime, de notre essentielle solitude.
Robinson Crusoé entreprend d'écrire ses Mémoires pour rétablir la vérité : sa vérité. Il a eu le tort de se confier à un journaliste - un certain Daniel Defoe - et il a été trompé. Robinson baptise son île Allothi - Ailleurs - et il y vit heureux. Jusqu'au jour où surgit Vendredi - qui est une femme. Avec Robinson 86, au sens où Giraudoux disait Amphitryon 38, Gaston Compère poursuit la démarche inaugurée par sa biographie romanesque de Charles le Téméraire, et réinvente, en moraliste et en visionnaire, la fiction vraie.
La constellation du serpent est l'histoire d'un amour monstrueux, celui qui unit Ursula et Otto, l'un bourreau, l'autre victime. Gaston Compère, par défi, a repris les grands thèmes des classiques du roman érotique - de Justine à Histoire d'O, de l'Histoire de l'oeil à Sept, du Château de Cène à L'Anglais décrit... - dont il respecte le cadre et l'apparat (manoir, souterrains, chambres des sévices). Volontairement réduit à une ligne mélodique obligée, Gaston Compère brode de nouvelles variations - incestueuses, scatologiques, blasphématoires. Mais, au-delà du Bien et du Mal, au-delà de l'érotisme et de la pornographie, cette oeuvre féroce, lieu d'affrontement de toutes les pulsions et de tous les fantasmes, est une entreprise - peut-être vouée à l'échec - d'approche d'un certain no man's land à la frontière du normal et de la folie.
Anne de Chantraine vécut, au début du dix-septième siècle, dans ces marches de la romanité, que furent la principauté de Liège et le comté de Namur. Victime de l'impitoyable chasse aux sorcières qui sévissait à l'époque, elle mourut, toute jeune encore, brûlée vive. Cette mort allait si fortement frapper le peuple, que son souvenir hanta ses légendes. Dans la nuit du passé, brillèrent longtemps l'éclat de sa beauté et, particulièrement, la lumière de sa chevelure. On peut affirmer que ce fut la télévision, qui finit par avoir raison de ce fantôme gracieux et tragique. Un hasard heureux voulut que tombent dans les mains de Gaston Compère les minutes du procès - minutes obscures et embrouillées, qui révélèrent l'existence d'un personnage énigmatique. Pour Gaston Compère, il ne s'agissait plus, comme il fut écrit à propos de ses derniers romans, de « réinventer la fiction vraie ». Anne de Chantraine est de celles dont on interroge l'ombre. Qui est-elle ? Les témoins du procès racontent ce qu'ils savent d'elle et, ce faisant, suscitent son histoire. Mais cette histoire ne nous la révèle guère. Son essence nous fuit. Comme la Mélisande de Maeterlinck, elle n'est qu'« un pauvre petit être mystérieux, comme tout le monde ». Gaston Compère n'a garde de nous donner son opinion, qui ne vaut que pour lui seul. Il invite le lecteur à la plus précieuse quête : en interrogeant cette figure d'un autre siècle, c'est la sienne propre qu'il interrogera. Et, peut-être, lui sera-t-il donné de mieux se connaître.
Au cours d'une guerre, le Fort de Gleisse que commande le capitaine Karl Rausweck, est le dernier à tenir et sera le dernier à se rendre. Dans ce fort, pilonné par l'artillerie adverse, la véritable tragédie, malgré les obus et les flammes, est tout intérieure. Pourquoi le narrateur et Klaus Deitlahr, ancien condisciple de collège de Karl Rausweck, ont-ils été désignés pour le fort de Gleisse ? Quel passé lie Rausweck à Deitlahr ? Quels ont été leurs destins, dont on découvre peu à peu le point d'attache : le lieutenant Villerswaldau, présent, lui aussi, dans le fort. Comment expliquer ce climat de violence qui s'exacerbera lors de la reddition ? « Le fort de Gleisse » est un roman où, plus haut que la rage des combats, éclate celle de l'amour qui, dans l'objet aimé, semble chercher plus que lui-même. Roman aussi de la folie progressive et de sa fascination atroce. Jamais, peut-être, le monstre incompréhensible n'a été aussi crûment présenté au lecteur.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.