Georges Guille-Escuret
Georges Guille-Escuret
Est-ce le sexe qui fait la société ? Mais qu'est-ce qui fait le sexe ? Pendant des siècles, les réponses ont paru évidentes mais, aujourd'hui, il n'en est plus ainsi. Qu'il s'agisse, par exemple, des mères porteuses, des activités respectives de l'homme et de la femme dans diverses sociétés, des différences de comportements féminins et masculins, du statut de l'homosexualité, de l'inceste, des représentations féminines de l'art préhistorique..., la frontière des sexes apparaît toujours plus incertaine à mesure que les recherches s'approfondissent. L'observation des singes, les enquêtes ethnographiques et les découvertes archéologiques montrent que, ni la nature seule, ni la culture seule, ne peuvent expliquer les contrastes que chaque société reconnaît entre l'homme et la femme. C'est cette ambivalence qui est explorée sous ses multiples manifestations au cours des neuf chapitres de ce livre.
On comprendra en lisant ce livre que l'idéologie innéiste de la sociobiologie humaine, aux accents inévitablement inégalitaires et racistes, est interdite par les sciences mêmes que cette « discipline » prétend intégrer. Mais disqualifier scientifiquement l'hypothèse centrale de cette théorie - l'aptitude des gènes à déterminer le jeu complexe des relations sociales, et à en fournir la clé - n'est assurément pas tout ce à quoi des scientifiques peuvent aujourd'hui aspirer. Il faut en outre, dès cette tache accomplie, en vulgariser l'explication, de manière à combattre l'emprise d'un fascisme théorique - celui, notamment, de la « nouvelle droite » - dont l'actuelle « sociobiologie », relayée par un certain journalisme, constitue, en remplacement du vieux « darwinisme social » et suivant la même stratégie, l'idéologie de soutien Première réfutation pluridisciplinaire des fondements de cette idéologie de crise, ce livre dont les enjeux contemporains sont considérables - l'interprétation du darwinisme, sa lecture marxiste hier et aujourd'hui, les rapports de la science et de l'idéologie, les limites de la génétique, les sciences de l'homme dans leurs relations aux sciences de la nature, le couple nature culture ou nature/société -, a choisi d'exister en vue de cette action.
« Cannibale » est le premier mot à avoir traversé l'Atlantique d'ouest en est : cet ultime volume explore une Amérique qui représente pour l'anthropologie sociale un continent « à part », aux continuités et aux récurrences surprenantes. Des ethnologues ont subodoré une « idéologie panamérindienne » dans laquelle la conception de l'Autre entoure sa consommation de minutieuses structures rituelles. Du Brésil des Tupis aux Grands Lacs des Iroquois, du royaume aztèque aux civilisations andines, le thème confirme son rôle de révélateur des choix politiques primordiaux, ainsi que celui de porteur d'histoire. Concluant ce tour du monde sur un sujet déstabilisant la rationalité occidentale, une discussion synthétique analyse les facteurs d'émergence ou de persistance d'une anthropophagie collectivement assumée. En ressortent les motifs inavouables de son incompatibilité avec une société qui s'efforce d'exercer un contrôle massif sur les hommes : le cannibale conserve l'individualité du vaincu, non le « civilisé ».