Georges-Louis Leclerc Buffon
Georges-Louis Leclerc Buffon
LA plus noble conquête que l'homme ait jamais faite est celle de ce fier et fougueux animal, qui partage avec lui les fatigues de la guerre et la gloire des combats : aussi intrépide que son maître, le cheval voit le péril et l'affronte ; il se fait au bruit des armes, il l'aime, il le cherche et s'anime de la même ardeur : il partage aussi ses plaisirs ; à la chasse, aux tournois, à la course, il brille, il étincelle. Mais, docile autant que courageux, il ne se laisse point emporter à son feu ; il sait réprimer ses mouvements : non-seulement il fléchit sous la main de celui qui le guide, mais il semble consulter ses désirs, et, obéissant toujours aux impressions qu'il en reçoit, il se précipite, se modère ou s'arrête : c'est une créature qui renonce à son être pour n'exister que parla volonté d'un autre, qui sait même la prévenir ; qui, par la promptitude et la précision de ses mouvements, l'exprime et l'exécute ; qui sent autant qu'on le désire, et ne rend qu'autant qu'on veut ; qui, se livrant sans réserve, ne se refuse à rien, sert de toutes ses forces, s'excède, et même meurt pour mieux obéir. Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
La plus noble conquête que l'homme ait jamais faite est celle de ce fier et fougeux animal, qui partage avec lui les fatigues de la guerre et la gloire des combats ; aussi intrépide que son maître, le cheval voit le péril et l'affronte ; il se fait au bruit des armes, il l'aime, il le cherche et s'anime de la même ardeur : il partage aussi ses plaisirs ; à la chasse, aux tournois, à la course, il brille, il étincelle. Mais docile autant que courageux, il ne se laisse point emporter à son feu ; il sait réprimer ses mouvements : non seulement il fléchit sous la main de celui qui le guide, mais il semble consulter ses désirs, et, obéissant toujours aux impressions qu'il en reçoit, il se précipite, se modère ou s'arrête : c'est une créature qui renonce à son être pour n'exister que par la volonté d'un autre, qui sait même la prévenir ; qui par la promptitude et la précision de ses mouvements, l'exprime et l'exécute ; qui sent autant qu'on le désire, et se rend autant qu'on veut ; qui, se livrant sans réserve, ne se refuse à rien, sert de toutes ses forces, s'excède, et même meurt pour obéir.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
« Il ne s'occupe que des bêtes ; il faut l'être un peu soi-même pour se dévouer à une telle occupation. » En égratignant ainsi le « Pline de Montbard », Mme du Deffand ne pouvait pas savoir qu'elle pointait du doigt la profonde originalité de Buffon : au temps de la civilité des salons, il fut le premier à préférer tourner ses regards vers la nature. Non pas la nature des bergères et du hameau de la Reine, mais la vraie, celle de la campagne, des bois, des pierres, de la flore et de la faune. Issues de sa monumentale Histoire naturelle, ces pages nous racontent la vie des quadrupèdes sauvages que l'on peut croiser en Europe. Bien qu'un peu victime des préjugés de son temps, notamment sur le loup, et amateur de chasse, il nous tend le miroir fidèle des animaux dans leur milieu : dans les forêts, les eaux, les plaines, le cerf, la loutre et le castor croisent la route des animaux carnassiers, dont l'homme. Car quelle plus grande menace pour « ces animaux que nous appelons sauvages, parce qu'ils ne nous sont pas soumis » ? On découvre alors un penseur visionnaire, sensible à ces invisibles qui se dérobent, s'éloignent, s'enfoncent dans les bois, se creusent des demeures souterraines - et parfois presque des cités ! - pour fuir notre regard... et notre prédation.