Gérard Buttoud
Gérard Buttoud
Mis dès ses onze ans sur un bateau de commerce au long cours, le Malouin Mahé de La Bourdonnais s'est forgé sur mer et sa fortune et sa gloire. Devenu tour à tour officier de la Compagnie des Indes, capitaine marchand, corsaire au service des Portugais, gouverneur général des îles de France et de Bourbon, Mahé a été aussi financier et négrier. Ses aventures, replacées ici dans leur contexte économique et politique, sont une illustration des relations entre guerre, administration et commerce qui se tissent dans la mer des Indes du XVIIIe siècle.
Sous la Révolution puis sous l'Empire, la régence d'Alger reste l'un des seuls alliés de la France, qui doit faire face à la coalition des nations européennes. Bonaparte reproche à ce curieux ami de ne pas le considérer à sa juste valeur, c'est-à-dire au plus haut, et prend prétexte de récentes prises corsaires de bateaux italiens pour menacer le dey d'envahir sa ville. En 1802 d'abord. Puis en 1808, lorsqu'un plan d'attaque détaillé est même établi. Pour après ne rien faire, comme tout le monde avant lui. Pour ne pas dégarnir les fronts guerriers d'Europe, dit-on. Peut-être que le rêve oriental de Napoléon de passer en Inde par l'Egypte implique qu'on s'approvisionne en blé algérien, et donc qu'on fasse la paix avec les Barbaresques. Peut-être aussi qu'il n'y a tout simplement rien à gagner à y aller. Avec Alger, le mieux est de s'accommoder de relations difficiles, pour être plus sûr d'en écarter les Anglais. Avant que la France ne l'envahisse en 1830 en se servant justement du plan d'attaque de l'Empire, l'Algérie reste un allié ambigu et encombrant, mais qu'il vaut encore mieux supporter qu'essayer de battre.
Pendant trois siècles, les ville et citadelle de Nice, dépendant à l'époque du duché de Savoie devenu plus tard royaume de Sardaigne, ont fait l'objet d'attaques récurrentes des troupes françaises. Une relecture critique des archives de cette guerre perpétuelle laisse penser que l'intérêt de la France à attaquer Nice était sans doute plus symbolique que géopolitique. Vus des cours, les traités d'un jour défont les victoires de la veille, en un ballet mondain où les pas en arrière suivent ceux en avant. Sauf qu'alentour, les morts se comptent en dizaines de milliers et que cette mascarade laisse exsangue un pays niçois dont les livres communaux soulignent la grande pauvreté.
Et si l'expédition d'Alger partie de Toulon en mai 1830 était due à d'autres raisons que celles généralement avancées ? Une relecture critique des débats parlementaires ainsi que des journaux et brochures du moment amène aujourd'hui à privilégier le contexte international. Il s'agissait d'abord de rehausser la place de la France en Europe. Puisqu'on ne pouvait pas s'étendre en Belgique et vers le Rhin, alors Alger ferait l'affaire. En s'abritant derrière le système de Vienne condamnant l'esclavage, en empêchant du même coup l'Anglais, l'ennemi de toujours, de s'y installer. Portée au pouvoir un mois après la chute d'Alger par ceux qui s'étaient dit contre, la monarchie de Juillet décida ensuite d'y rester : pour ne pas reculer et perdre la face, mais aussi parce que l'armée, sur place, décidait seule. Et lorsqu'on choisit en 1840 d'en faire par tous les moyens la conquête « totale », c'est encore sous l'effet de considérations internationales, pour compenser un affront diplomatique au Levant. À Alger, même sans savoir comment on pourrait y faire colonie, la France y allait pour s'y mettre. Dès le début.
Si de nombreux ouvrages ont déjà raconté l'événement de l'échouement de la Méduse en juillet 1816 au large du banc d'Arguin, sur la côte de l'actuelle Mauritanie, la perspective choisie ici s'intéresse à sa construction politique. Plus que de soulever l'émotion populaire, comme il est souvent dit, les conditions atroces de mort et de survie des passagers embarqués sur le fameux radeau, cher au peintre Géricault, ont surtout avivé les conflits politiques du moment. Le naufrage de la Méduse avait tout ce qu'il fallait pour faire une affaire d'État : résultat plus ou moins direct de l'incurie gouvernementale qu'il était dès lors facile de dénoncer, le scandale servait le combat alors central pour la liberté de la presse, tout en permettant aux protagonistes de cacher le rôle qu'ils avaient joué dans cette tragédie.
De la fin du XVIIe siècle jusqu'au milieu du XVIIIe, le long de la côte de l'actuelle Mauritanie, des escadres de marine et des troupes d'infanterie françaises se sont battues contre les marins et marchands hollandais aussi bien que contre les tribus maures trârzä. L'enjeu de cette guerre, à la fois économique et militaire, était le contrôle du marché de la gomme arabique récoltée sur des bois de la rive droite du Sénégal. Il en allait du profit des compagnies françaises, mais surtout de l'honneur du drapeau et de la gloire du roi. Un moment peu connu aussi bien de l'histoire coloniale et économique française que de l'histoire mauritanienne.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.