Hamit Bozarslan
Hamit Bozarslan
Les révolutions de droite ont marqué l’histoire moderne par leur violence et leur ambition de renverser l’héritage des Lumières.
"S'étendant jadis des portes de Vienne au Yémen, de l'Algérie à l'Irak, l'Empire ottoman s'effondre en 1923 et cède la place à la république de Mustafa Kemal. Aujourd'hui, la Turquie d'Erdogan, impliquée dans de nombreuses guerres régionales, suscite des inquiétudes dans les pays occidentaux. L'Empire ottoman connaît plusieurs siècles de conquêtes territoriales, notamment celle de Constantinople en 1453 par le sultan Mehmed II. Le règne de Suleyman le Magnifique parachève cet empire universel. Sa longévité, plus de 600 ans, est une exception dans le monde musulman. Au début du XIXe siècle, il tente de se réformer : absolutisme éclairé, règne autocratique d'Abdülhamid II, révolution jeune-turque de 1908... Après une décennie de guerre, marquée par le génocide des Arméniens, un régime autoritaire, celui de Mustafa Kemal, voit le jour. À la lumière de ces sept siècles d'histoire, Hamit Bozarslan donne à comprendre la Turquie contemporaine, incarnée par son leader islamo-nationaliste Erdogan."
1915. Les Arméniens, parfaitement intégrés à l'Empire ottoman, sont exterminés par les radicaux du gouvernement unioniste turc. Bilan : 1,5 million de victimes arméniennes, sujets ottomans, persans et russes. Au printemps 1915, la population arménienne ottomane est victime d'un génocide - arrestations massives, déportations et massacres - planifié et exécuté par le parti au pouvoir à Istanbul, le Comité Union et Progrès. Longtemps contesté, le génocide des Arméniens ne fait plus aucun doute mais Ankara continue d'exercer des pressions pour empêcher sa reconnaissance officielle. Cent ans après, trois historiens ont uni leur force pour concevoir la première synthèse sur l'extermination d'un peuple qui fait entrer l'humanité dans l'âge des génocides.
En guerre pour sa survie, en lutte pour son avenir, voici l'histoire d'un peuple vivant, déterminé à prendre son destin en main. L'histoire d'un peuple deux fois millénaire. L'histoire de son génie et de ses gloires, de son martyre et de ses espoirs. D'où viennent les Kurdes ? Quel est leur passé ? Quel est leur avenir ? Hamit Bozarslan a réuni, pour cet ouvrage sans précédent, les meilleurs spécialistes internationaux. Ensemble, ils présentent l'histoire du peuple kurde, depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours, depuis ses origines préislamiques jusqu'à la lutte héroïque contre Daesh, depuis la naissance des premiers émirats jusqu'au combat pour l'indépendance. Cette histoire, c'est l'arrivée de l'islam, c'est l'épopée du général kurde Saladin, c'est le déferlement des hordes venues de la steppe, c'est la querelle des dynasties concurrentes et la lutte des empires rivaux. C'est le partage d'un pays entre Perses et Ottomans. Et l'actuel éclatement entre Syrie et Turquie, Irak et Iran d'une nation qui se nomme Kurdistan. Voici, pour la première fois, une histoire de deux mille ans. Une somme monumentale. Un livre incontournable. Docteur en histoire et en sciences politiques, Hamit ozarslan est directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales. Docteur en physique nucléaire, Kendal Nezan préside l'Institut kurde de Paris dont il est le fondateur.
Troisième édition de cette synthèse de référence, qui apporte des clefs pour comprendre la situation présente, en suivant l'évolution du pays tout au long du XXe siècle et au début du XXIe siècle. En proposant une information fiable et une lecture synthétique de l'histoire récente de la Turquie, il permet aux lecteurs de langue française de mieux comprendre la place stratégique ce pays occupe sur la scène mondiale.
En 2011, d'impressionnants soulèvements populaires contre les dictatures ont bouleversé le monde arabe. À la joie et à l'espoir ont souvent répondu la terreur et la violence des régimes autocratiques. Une décennie après ces " printemps arabes ", quel regard peut-on porter sur eux comme sur ces répressions ? C'est une réponse originale à cette question qu'Hamit Bozarslan apporte dans ce livre, où il mobilise de façon très accessible les résultats de longues années d'enquêtes sur les sociétés de la région.Il rend compte d'abord des origines des dynamiques émancipatrices surgies en 2011. Mais aussi de la radicalisation des processus destructeurs en oeuvre au Moyen-Orient depuis des décennies, de la transhumance djihadiste aux luttes hégémoniques des grands acteurs régionaux (Arabie saoudite, Iran et Turquie). Et il montre que si la passion de l'égalité, de la liberté et de la dignité s'est exprimée avec force dès 2011, avant d'être renouvelée en Algérie, au Soudan, en Irak et au Liban, les risques d'une restauration autoritaire, ainsi que d'une transformation de certains États arabes en forces miliciennes, ont très tôt été présents. Ainsi, en Syrie, mais aussi en Libye et au Yémen, le Léviathan autoritaire a cédé la place à Béhémoth, dont l'ultime dessein est de détruire la société. Dans cette dynamique du pire, l'aveuglement et le cynisme des démocraties occidentales n'a pu que favoriser l'émergence des " monstres " dans le monde arabe.
Le monde contemporain est ébranlé par des craquements multiples à sa surface et dans ses fondements. Pour appréhender cette complexité, l'ouvrage s'inscrit au coeur des transformations de l'ordre mondial issues de la Seconde Guerre mondiale. Le propos est illustré par l'établissement d'un dialogue permanent entre les disciplines et théories (histoire, géopolitique, sciences politiques, anthropologie). Ces outils de décryptage fournissent un appareil méthodologique et critique pour aborder la seconde partie de l'ouvrage, où les éclairages croisés d'auteurs reconnus mettent le questionnement en perspective et apportent des éléments d'analyses des conséquences de ces transformations et des mutations apparaissant au coeur de la mondialisation : mutations de l'ordre occidental à partir des années 2000 puis 2010. Ces regards croisés sont complétés et animés par des entretiens filmés. Michel Derczansky Avec les contributions de : Hamit Bozarslan Anne-Lorraine Bujon Frédéric Encel Anoush Ganjipour Thomas Gomart Vincent Hugeux Frédéric Micheau Valérie Niquet Philip Turle
En lançant son " Opération spéciale " le 24 février 2022, Vladimir Poutine, qui la veille ou presque jurait sur l'honneur n'avoir aucune intention belliqueuse, espérait voir l'Ukraine capituler en quelques jours, les démocraties occidentales reculer une nouvelle fois et son projet d'une nouvelle " Grande Russie " prendre corps. Quelques semaines ont suffi à mettre en lumière ses multiples erreurs.Passée la sidération entretenue par un flot continu d'informations, cette guerre entre démocratie et anti-démocratie permet de tirer des enseignements sur l'une comme sur l'autre. Elle vient clore l'ère ouverte avec la chute du mur de Berlin et l'effondrement de l'Union soviétique, marquée par l'aveuglement et les errements de démocraties libérales qui se sont crues d'abord triomphantes, puis fragiles et fatiguées - au point de capituler devant l'affirmation d'un pouvoir hostile suscitant en leur sein quelque fascination. Elle vient tout autant révéler les insuffisances et la perte de prise avec la réalité du pouvoir poutinien marqué par l'hubris d'un homme en décalage avec son ex-Empire, voire avec sa propre société.Les démocraties des années 2020 n'auront d'autre choix que de s'armer face aux anti-démocraties, la chose est désormais entendue. Mais leur véritable puissance ne peut venir que d'une confiance renouvelée en leur propre modèle politique, susceptible d'ouvrir une voie d'avenir aux populations qui se débattent aujourd'hui sous la tyrannie.
L'anti-démocratie est-elle le nouveau visage de l'avenir ? Les régimes iranien, russe et turc aimeraient sans doute le faire accroire. Derrière une façade démocratique, tous trois donnent à voir une même fuite en avant. Culte d'un chef infaillible investi d'une " mission historique " ; " pureté " de la nation trop longtemps humiliée et volonté de revanche face à un Occident corrupteur ; mobilisations de la religion ; organisation d'un État parallèle fondé sur les liens personnels, la corruption et l'accaparement des ressources ; développement d'un appareil sécuritaire pour répondre à une paranoïa savamment entretenue vis-à-vis des " ennemis extérieurs et intérieurs " ; institutionnalisation d'une réalité alternative sur laquelle les faits n'ont plus de prise... Plongée stupéfiante au coeur des logiques de radicalisation des régimes autoritaires, cette comparaison aiguisée entre l'Iran, la Russie et la Turquie de ce début de xxie siècle est un puissant avertissement pour nos démocraties qui doutent d'elles-mêmes.
Nécessaire, le " savoir " appliqué à la crise et à la violence peut s'avérer dépourvu de toute capacité explicative et devenir parfaitement frustrant. Nécessaire, le " savoir " appliqué à la crise et à la violence peut s'avérer dépourvu de toute capacité explicative et devenir parfaitement frustrant. L'exigence scientifique comme l'urgence citoyenne imposent certes le savoir comme un devoir ; toute société est obligée de comprendre ce qu'elle produit, y compris l'irrationnel ou l'horreur. Mais comment nier qu'étudier l'horreur, c'est déjà reconnaître, a posteriori, notre impuissance ? L'analyse critique est-elle d'une grande utilité quand elle ne dispose pas de moyens d'action ? Ce livre s'intéresse à trois notions : la crise, la violence et la dé-civilisation. Elles constituent les trois angles morts de l'histoire du monde, tant la connaissance scientifique que l'on peut en avoir ne permet ni de les comprendre pleinement, ni de les combattre efficacement. Elles ont pourtant une dimension universelle et une histoire longue. Il importe de continuer à se pencher sur ces trois notions, car la crise ne conduit pas nécessairement au chaos, à la violence et à la destruction, et la dé-civilisation ne relève d'aucune fatalité. Une crise peut aussi présenter une chance inédite pour une société de développer une conscience critique sur son passé et se projeter dans un avenir radicalement différent de son présent. En étudiant ces questions politiques, historiques et éthiques, fondamentales, Hamit Bozarslan revient sur l'histoire du monde, et s'interroge sur son avenir.
Les contestations révolutionnaires de 2011 ont, pour un temps, changé les termes du débat dans la "rue arabe" mais aussi le regard que le reste du monde portait sur les sociétés moyen-orientales. L'héritage de la domination ottomane, le colonialisme et le post-colonialisme, l'autoritarisme, l'islamisme, la question palestinienne... semblaient, durant cette courte période, cesser de fournir les clefs d'intelligibilité du monde arabe. Tout convergeait, enfin, pour laisser supposer que le djihadisme des années 1980-2000 cédait place à une communion universelle entre ce monde et l'Occident. Pourquoi les promesses de 2011 ont-elles finalement été suivies d'un état de violence et d'effondrement social dans de nombreuses sociétés ? Comment ces révolutions ont-elles fait bouger les lignes de force structurant le monde arabe ? Quelles étaient les différentes structurelles et conjoncturelles entre la Tunisie et l'Egypte d'une part, les autres sociétés arabes de l'autre ? Quelles sont les conditions permettant à une crise révolutionnaire de devenir un moment de vérité aussi bien pour les pouvoirs que pour les sociétés ? C'est à ces questions que répond Hamit Bozarslan, dans un essai aussi limpide que nécessaire.
Joycetu as connu plusieurs mondes, dans le temps et dans l'espace et j'ai entrevu, au cours de l'été 1956, entre la nationalisation du canal et l'intervention Anglo française, l'Égypte cosmopolite encore dans laquelle tu es née. Les minorités chrétiennes étaient encore là, à Alexandrie et au Caire.On lisait en ce temps-là, quand on était étranger, Lawrence Durrell et Constantin Cavafi.Des juifs avaient quitté le pays après 1949, vers l'Europe surtout. D'autres, qui se sentait chez eux, étaient restés. J'en ai rencontré en 1965, tandis que je fréquentais les gens du HADETO créé par Henri Curiel.
Une précieuse mise en perspective historique, sur la longue durée et dans toutes ses dimensions, du phénomène des violences et des guerres qui déchirent cette région depusi la fin de l'Empire ottoman. Dans les médias occidentaux, les images du Moyen-Orient se limitent souvent à celles des violences et des guerres qui déchirent cette région depuis de longues années, en particulier depuis le 11 septembre 2001. Au-delà de ces représentations et des clichés, Hamit Bozarslan propose une précieuse mise en perspective historique de ce phénomène. Il montre le rôle des enjeux économiques et sociaux à l'origine de cette violence qui projette des générations successives tantôt dans le culte de la lutte armée tantôt dans une fuite en avant autosacrificielle et eschatologique. Sans négliger les dynamiques conflictuelles de longue durée, il répertorie les lieux et les moments où apparaissent de nouveaux discours qui légitiment le recours aux armes : le nationalisme arabe durant les années 1920-1940, le " marxisme-léninisme " des décennies 1950-1970 ou encore l'islamisme d'un passé récent. L'auteur accorde une attention particulière à la dissolution de l'Empire ottoman, aux " grandes révoltes " irakienne, syrienne, palestinienne et égyptienne, aux régimes révolutionnaires arabes des années 1950-1970. Après avoir analysé la radicalisation des contestations islamistes algérienne et égyptienne des années 1990, en rapport avec des pratiques coercitives des États, l'auteur propose une nouvelle lecture d'Al-Qaïda et montre les limites des approches sécuritaires de la violence dans le contexte des années 2000.
En relisant l'oeuvre d'Ibn Khaldûn, historien du XIVe siècle, Hamit Bozarslan en fait ressortir toute l'actualité et la justesse d'analyse. La chute des régimes de Ben Ali et de Moubarak ne trouve-t-elle pas une explication dans ce qu'il décrit comme l'inévitable " routinisation " du pouvoir, menant à la troisième et ultime phase de toute domination ? Théoricien de la civilisation, Ibn Khaldûn construit une analyse du pouvoir fondée sur la mise en évidence de cycles et de contradictions. Aucune cité ne peut se constituer sans la violence, mais elle ne peut pas non plus vivre avec, dans un va-et-vient permanent entre pacification et brutalisation. Conquête, domestication, puis exercice tyrannique du pouvoir : telles sont les trois phases de domination menant inexorablement à la chute d'un pouvoir, laissant la place à d'autres ambitions de puissance. L'étude révélatrice de Hamit Bozarslan sur un penseur d'une envergure digne de Machiavel illustre la pertinence d'une pensée qui n'a pas fini de nous interpeller