Henry Russell
Henry Russell
« Craignant que la lecture d'un livre exclusivement rempli de récits d'ascensions ne devint monotone et aride, j'ai cru devoir scinder le mien en deux parties absolument distinctes, l'une consacrée à l'histoire pure et simple de mes courses principales, l'autre à des réflexions pratiques et générales, quelquefois même philosophiques, sur les plaisirs et les périls de l'Alpinisme, ainsi que sur l'ensemble des circonstances qui ont fait naître et développé en moi la passion des montagnes, auxquelles j'ai voué une sorte de culte pendant plus de vingt ans. Il m'a semblé qu'une vie si excentrique avait besoin d'une justification ou d'une excuse. En somme, ce livre est une auto-biographie, chose toujours difficile à écrire. Mais j'ai fait de mon mieux. Si j'endors mon lecteur au lieu de le distraire, il me restera du moins l'espoir d'être pardonné par mes amis. et la douce perspective de consoler plus tard ou de poétiser mes derniers jours, en relisant moi-même, quand je ne pourrai plus marcher, l'histoire des émotions qui ont charmé la moitié de ma vie. J'imiterai le soleil, qui se dore et s'embrase vers le soir, en regardant, au moment de s'éteindre, les horizons lointains où il a commencé sa carrière. »
Bien qu'un peu misanthrope, je ne suis pas encore assez indifférent à l'opinion des hommes pour ne pas m'inquiéter du jugement qu'ils porteront sur ce livre, s'ils le lisent. Je crains qu'après l'avoir fermé, le lecteur ne se dise : « A quoi cet être mystique a-t-il servi, et que m'a-t-il appris ? Ce n'est qu'un acrobate, ou pire encore, un panthéiste. Il a couru partout : il a été rêver sans but, sur toutes les plages de l'univers ; il a foulé aux pieds presque toutes les plantes connues ou inconnues, sans nous en nommer une. Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
Le jeune Russell - qui n'est pas encore le célèbre pyrénéiste - part de Bagnères-de-Bigorre pour un voyage qui va durer trois ans, de 1858 à 1861 : Saint-Pétersbourg, la Sibérie, le désert de Gobi, la Mongolie, Pékin, Shang-Haï, Hong-Kong, Macao, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, Ceylan, les Indes jusqu'au pied de l'Himalaya, voilà, à grands traits, le périple que va mener Henry Russell à travers l'Asie et l'Océanie. Tout cela, bien évidemment, ponctué d'aventures aussi variées que les contrées visitées, et, déjà, de quelques ascensions qui préfigurent le futur "montagnard" des Pyrénées que deviendra Russell à son retour. Un ouvrage qui connaîtra un succès certain lors de sa parution, et dont Jules Verne s'inspirera abondamment pour écrire les aventures de Michel Strogoff.La dernière édition des 16.000 lieues... date de 1866, et Russell en fit également paraître un abrégé qui sera d'ailleurs inclus dans la partie "varia" des Souvenirs d'un montagnard de 1908.Voici donc le temps, enfin, de faire redécouvrir, dans sa version longue et intégrale, cette fabuleuse équipée longue de 16.000 lieues...
1858. Un jeune aventurier toulousain de 24 ans s’élance pour un périple de trois ans à travers l’Asie et l’Océanie, de la Sibérie glacée aux contreforts de l’Himalaya.