Isabelle Jannes-Kalinowski
Isabelle Jannes-Kalinowski
Dans ce reportage très personnel, Agata Tuszy´nska interroge des Juifs nés en Pologne après la Seconde Guerre mondiale, éduqués dans la culture polonaise, et contraints, en 1968, de quitter leur pays lors d'une campagne antisémite orchestrée par le régime communiste.Pour la plupart enfants de Juifs communistes ayant survécu aux ghettos et aux camps, cachés chez des Polonais non-juifs, ou réfugiés en Union soviétique, ces témoins racontent leur enfance différente des autres petits Polonais, le traumatisme de devoir quitter leur pays natal, les difficultés de l'intégration dans les pays d'accueil.Par le montage croisé de témoignages intimes, Agata Tuszy´nska réussit à révéler de façon émouvante un pan de l'histoire, caché jusque-là, de la Pologne. Agata Tuszy´nska, née en 1957 à Varsovie, est l'une des écrivaines polonaises les plus reconnues, notamment pour ses biographies et ses reportages très personnels. Elle est également journaliste.De livre en livre, Agata Tuszy´nska dévoile une image de la présence juive dans la Pologne de l'après-guerre et de ses fantômes.Cinq de ses livres ont été traduits en français dont Une histoire familiale de la peur (Grasset, 2006) et La fiancée de Bruno Schulz (Grasset, 2015).
« Et qu'est-ce que vous faites de tous ces prépuces ? je demande méfiant.- T'inquiète pas, on ne gâche rien, mange ta soupe.Vomir, ce n'est pas beau, donc je me retiens, et lui, il rigole. C'était peut-être une plaisanterie. « Où est-ce qu'on trouve des calamars dans les égouts ? », je me demande en extirpant avec la langue des restes de fibres coincés entre mes dents. J'essaie de sourire, mais mon visage se tord et je sens la salive s'accumuler. »Varsovie, années 2010. Sous une trappe au fond de sa cave, un couple découvre les zombies de Juifs assassinés pendant la Deuxième Guerre mondiale. Des centaines d'ombres en guenilles sortent de sous la terre et réinvestissent leur ville lancée dans la frénésie consumériste.La nuit des Juifs-vivants ose soulever une question refoulée : comment vivre au-dessus des cadavres des trois cent mille Juifs du ghetto de Varsovie exterminés ? Avec ce roman à l'humour féroce, l'auteur se livre au passage à une critique à la tronçonneuse de la société polonaise contemporaine.
« Józefina Szeliska, dite Juna, fut entre 1933 et 1937 la fiancée de Bruno Schulz, peintre et écrivain de génie, âme tourmentée, assassiné en 1942 dans sa ville natale de Drohobycz, en Pologne. Elle fut sa compagne et sa muse. Mais Bruno Schulz était incapable d'aimer, sinon de vivre. Accaparé par sa seule véritable passion - son oeuvre -, il devait inexorablement s'éloigner de Juna, et du monde. Elle ne l'oublia jamais, et continua de vivre avec son fantôme jusqu'à sa propre disparition, en 1991. De cette histoire, elle ne dit rien, à personne, pendant près d'un demi-siècle. Après guerre, à la rubrique "état-civil" des formulaires, elle écrivait : "seule". Voilà pour les faits. Tout le reste n'est que le jeu de l'histoire, de la mémoire et de l'imagination. » - A. T.
L'auteur nous avait pourtant mis en garde : « Il convient d'empêcher la traduction éventuelle de ce livre dans d'autres langues, car le comportement des protagonistes trahit un faible niveau de moralité, ce qui donne, pour l'Occident, une image négative de la Pologne. » Voici un livre drôle et furieusement novateur. Il tient du hip-hop et du slam, mais l'artiste n'est pas seule en scène. Dorota Maslowska a le talent de faire entendre des dizaines de voix, de langues, de rythmes différents : le baragouin de paysans devenus clochards dans la capitale, l'argot des cités, le jargon de flics analphabètes, le moulin à vent des publicitaires, le blabla des gamines dont toute l'activité, depuis la manucure jusqu'aux virées en boîte, vise à sortir du trou, de l'ombre, de la non-existence des simples spectateurs. Tchatche ou crève semble dire l'auteur à chacun de ses personnages, lâche tout, ne te retiens pas, nous ferons le tri. Avec une étonnante galerie de personnages, Maslowska explore les recoins et les zones d'ombre d'une ville contemporaine : ses backstage, ses résidences surveillées, ses territoires de gangs, ses salles d'attente à ciel ouvert.Brossée au vitriol par l'enfant terrible des lettres polonaises, cette opérette fantasque expose l'universelle comédie des apparences, la grande toile médiatique et toutes les mouches qui s'y laissent attraper.