Jacqueline Chabbi
Jacqueline Chabbi
« Connaître le Coran ? On pourrait penser qu'il suffit de le lire et pourtant, dans ce texte, plus que n'importe quel livre lié à religion ou une grande croyance collective, on ne voit que ce que l'on croit déjà savoir. Pour connaître le Coran, il faut plutôt en comprendre le contexte. Le Coran, contrairement aux autres écrits religieux, ne raconte pas une histoire, c'est la grande Histoire qui en révèle le sens. A la fin du septième siècle, à Damas, il y a urgence pour le nouvel empire arabe. L'empire byzantin, chrétien, retranché sur la péninsule anatolienne, résiste encore et revendique sa supériorité : lui possède une Bible alors que le Coran n'existe encore que sous une forme orale. Quand l'empire arabe érige le dôme du Rocher à Jérusalem, des sourates sont inscrites sur toutes les faces du monument, à l'extérieur, à l'intérieur. Muhammad y est présenté comme le successeur de Jésus, tous deux présentés comme messagers d'Allâh, tandis que la trinité se trouve rejetée. Par l'écriture du Coran, l'empire arabe achève d'asseoir sa suprématie aux dépens de Byzance. Mais quel est ce texte né d'une nécessité politique ? C'est l'objet de ce livre, le récit des centaines de fragments passionnants qui le constituent, tantôt se répètent, se reformulent et même se contredisent, à partir de leurs racines, pour ne jamais céder à une lecture idéologique. » J.C. En remontant le cours de l'histoire, Jacqueline Chabbi nous révèle tout ce que nous avons toujours voulu savoir sur le Coran, que nous soyons croyants ou non, spécialistes ou étudiants, arabophones ou non arabophones débattant avec la chercheuse sur sa chaîne YouTube. Un texte à portée de tous, à la fois savant et vivant, pour comprendre les usages, contresens et véritables traditions du Coran, des grands concepts de l'islam aux différents noms du prophète, des idées reçues sur le djihadisme à la représentation du Big Bang.
La crise climatique et la question écologique occupent désormais le devant de la scène, mais la profondeur des questionnements nécessaires, sur nos façons de produire, de travailler, de consommer et de nous épanouir, manque souvent à ce brouhaha médiatique. Cette anthologie, la première réunissant les principaux textes d'un des plus grands penseurs de l'écologie et du capitalisme tardif, décédé en 2007, comble ce vide. Elle offrira des repères et des perspectives solides pour les tempêtes en cours : pensée de l'autonomie et de la liberté prolongeant l'existentialisme, lecture critique des derniers avatars du capitalisme et de sa crise écosystémique. Pour Gorz, loin de mesures gestionnaires et technocratiques, l'écologie est d'emblée politique impliquant une critique radicale des formes de domination, tant par le travail que sur la nature ou via le consumérisme.Textes rassemblés et présentés par Françoise Gollain et Willy GianinazziFrançoise Gollain,sociologue, a notamment publié André Gorz, une philosophie de l'émancipation (L'Harmattan, 2018) et André Gorz, pour une pensée de l'écosocialisme (Le Passager Clandestin, 2014).Willy Gianinazzi,historien, a notamment publié André Gorz, une vie (La Découverte, 2016) et Le Fil rouge de l'écologie. Entretiens inédits en français d'André Gorz (Éditions de l'EHESS, 2015).
En tant que religion monothéiste l'islam est supposé partager avec les deux religions qui l'ont précédé les grandes thématiques qui les caractérisent. Le Coran traite effectivement d'un Jugement destiné à évaluer les actions des hommes. Il décrit un enfer aussi bien qu'un paradis. Le dieu du Coran est également présenté comme le créateur des cieux et de la terre. On ne s'est guère avisé cependant que l'adaptation de ces emprunts à un nouveau milieu, celui des hommes de l'Arabie aride, les faisait entrer dans un nouvel espace de représentation du monde. Les grandes idées empruntées aux milieux bibliques ont dû se coraniser. C'est ainsi que l'idée de création, abondamment traitée dans le Coran, ne l'est pas du tout dans l'optique biblique. Le mythe du premier homme est totalement ignoré ainsi que le paradis terrestre initial, dépossédant totalement Adam de son rôle fondateur. C'est d'emblée une société au travail qui est créée par un dieu bienfaisant. Celui-ci pourvoit à tout ce qui rend la vie possible et doit continuer à le faire dans un milieu surchargé d'aléas et de contraintes vitales. Réduit dans le Coran à un rôle anecdotique, Adam s'est néanmoins trouvé rétabli dans tous ses droits bibliques dans la tradition musulmane postérieure, dès lors que l'islam s'est construit comme religion, en dehors de son milieu d'origine, dans les sociétés multiculturelles des empires musulmans. L'enjeu de ce livre passionnant consiste à montrer, à partir de ce cas précis, que pas plus qu'une autre religion, l'islam n'a échappé aux reconstructions de son imaginaire et aux évolutions de l'histoire. Jacqueline Chabbi, agrégée d'arabe et docteur ès lettres, est professeur honoraire des universités. Elle est l'auteur d'une œuvre cohérente qui renouvelle l'approche des origines de l'islam et du Coran par le biais de l'anthropologie historique. Elle a publié : Le Seigneur des tribus. L'islam de Mahomet (Agnès Viénot, 1997/ CNRS, 2013), Le Coran décrypté. Figures bibliques en Arabie (Fayard, 2008/Le Cerf, 2014), Les Trois Piliers de l'islam. Lecture anthropologique du Coran (Seuil, 2016/Points Essais, 2018).
Les « monothéistes » juif, chrétien et musulman croient en un Dieu unique, révélé dans la Bible et le Coran. Les croyants de bonne volonté parmi eux insistent à bon droit sur ce qui les unit. Il existe pourtant de grandes différences entre ces religions, en particulier à propos des origines de ce Dieu. Comme le montrent Thomas Rmer et Jacqueline Chabbi, la « naissance » de Yahvé et celle d'Allah ont eu lieu dans des contextes anthropologique et sociopolitique très contrastés, presque opposés. Quoi de commun en effet entre les petites royautés-États d'Israël et de Juda entre le viiie et le vie siècle avant notre ère, confrontés à de puissants empires comme l'Égypte, l'Assyrie, la Babylonie, la Perse, et une petite tribu de l'Ouest arabique au VIIe siècle de notre ère, à l'écart des routes caravanières, en dépendance vitale de l'eau ? Ces conditions historiques ont forcément marqué l'identité et le devenir du Dieu de chaque tradition. Un dialogue en vérité entre le judaïsme, le christianisme et l'islam ne saurait masquer ces différences. Celui de ce livre, entre Thomas Rmer et Jacqueline Chabbi, a la qualité de bousculer aussi les certitudes de tous les fanatiques d'une lecture littérale de la Bible et du Coran.
Lire le Coran non pas du point de vue de la religion, de la théologie ou d'une recherche de dialogue, mais tout simplement du point de vue de l'anthropologie et de l'histoire, soulève de difficiles problèmes. La lecture que propose ce livre est celle du premier islam dans son milieu d'origine, l'Arabie des steppes et des déserts. Comment les récits bibliques, auxquels se réfère si souvent le Coran, se sont-ils adaptés à ce contexte si particulier pour pouvoir être entendus par les hommes des tribus ? Les figures de Noé, Moïse et Abraham y sont en quelque sorte reconfigurées - pour ne pas dire transfigurées - d'une manière tout à fait inattendue, faisant écho à l'itinéraire tourmenté de Mahomet au milieu des siens : simple « avertisseur » tribal inspiré, il se découvre lui-même peu à peu prophète, à l'instar de ceux dont le Coran fait ses grands devanciers. C'est ainsi que l'islam gagnera, d'une façon que rien ne laissait présumer, sa qualification de religion abrahamique. Armée d'une excellente connaissance historique de l'univers proche et moyen-oriental, arabisante hors de pair, Jacqueline Chabbi développe ici nombre d'hypothèses aussi ingénieuses que passionnantes. Cet essai permet de mieux comprendre le texte sacré d'une des trois grandes religions du monde. Agrégée de langue arabe, docteur ès lettres, Jacqueline Chabbi est professeur à l'université Paris-VIII-Saint-Denis, spécialiste de l'histoire du monde musulman et plus particulièrement du soufisme et des origines de l'islam. Entre autres publications, elle est l'auteur de l'article « Soufisme » de l'Encyclopédia universalis et du Seigneur des tribus. L'Islam de Mahomet (Noésis, 1997).
Alors que le Coran fait l'objet, dans les courants salafistes et dhjihadistes, d'une interprétation atemporelle et anhistorique, cet ouvrage passionnant a l'ambition de donner à comprendre ce que le discours coranique de Mahomet, qui était alors loin d'être fixé par écrit, a pu signifier pour ceux qui l'ont entendu, dans la société sans livre qu'était l'Arabie du début du viie siècle. L'originalité de cette approche consiste ainsi à déchiffrer le Coran à la lumière d'un contexte historique et anthropologique précis, celui de tribus vivant selon des rapports de solidarité et d'alliance pour faire face à l'environnement éprouvant du désert. Jacqueline Chabbi montre avec brio, et une connaissance approfondie de la langue coranique, que les trois caractéristiques principales du divin correspondent aux trois piliers de la société tribale : l'alliance, la guidance et le don. Pour ce groupe humain patriarcal du désert, Dieu est représenté avant tout comme celui dont l'alliance, la guidance et le don répondent aux nécessités vitales imposées par l'environnement. Outre que cet éclairage permet d'élucider un nombre considérable de notions et de distinguer celles qui sont d'origine biblique, il renouvelle totalement le sens de celles qui ont été figées par une certaine doctrine musulmane (djihâd, charia notamment). Car il ne s'agit pas, en découvrant des significations en relation avec un terrain chronologiquement premier, de figer les mots dans leur sens d'origine mais au contraire de faire apparaître combien ils ont pu évoluer au fil du temps et des transformations sociales. Jacqueline Chabbi, agrégée d'arabe et docteur ès lettres, est professeur honoraire des universités. Elle a notamment publié : Le Seigneur des tribus. L'islam de Mahomet (CNRS, 1997/2013) et Le Coran décrypté. Figures bibliques en Arabie (Fayard 2008/Le Cerf, 2004).