Jacques Delarue
Jacques Delarue
Des parias, des maudits... ainsi désigne-t-on les bourreaux. Rejetés comme des lépreux hors des villes, mais acceptés par une société qui a peur de se salir les mains et leur délègue le pouvoir si grave d'ôter la vie, les bourreaux, témoins proscrits et privilégiés de nos turpitudes et de nos errances, ont traversé toute notre histoire. C'est la première fois que ce métier, dont on ne parle pas, est examiné globalement dans son contexte sociologique, historique et humain. Jacques Delarue n'esquive aucun détail, tout en ne montrant aucune complaisance dans ses descriptions de la mort, de ses appareils et de la peine qu'on prend à la donner. C'est d'ailleurs la question centrale de ce livre. Refoulée, cachée, la dernière guillotine sera construite et couverte par le secret militaire. Après sa suppression en 1981, elle subira d'étonnantes pérégrinations; et le dernier bourreau, d'ultimes mécomptes. Officiellement disparue, le bicentenaire de la Révolution provoque sa réapparition sous les formes les plus surprenantes. On connaissait Jacques Delarue historien, ici se révèle son talent de polémiste. Né en 1919 à Bricquebec, Jacques Delarue travaille d'abord dans la construction aéronautique, puis entre dans la police. Résistant, il est arrêté pendant l'Occupation. A la Libération, il participe à la liquidation des séquelles de l'Occupation (réseaux allemands, Gestapo, crimes de guerre). Cette affectation est le point de départ de son travail d'historien: elle lui a permis de consulter de nombreux documents restés secrets. Il est l'auteur de l'Histoire de la Gestapo, de Trafics et crimes sous l'Occupation et de l'OAS contre de Gaulle.
Gestapo, ces trois syllabes ont, pendant douze années, fait trembler l'Allemagne, puis l'Europe entière. Jamais, dans aucun pays et à aucune époque, une organisation n'atteignit cette complexité, ne détint un tel pouvoir, ne parvint à un tel point de " perfection " dans l'efficacité et dans l'horreur. Jacques Delarue a voulu démonter son mécanisme, montrer comment le régime nazi n'a pu s'imposer que grâce à cette armature qui soutenait les moindres éléments de son édifice. Malgré tous les ouvrages publiés sur le régime nazi, les hommes qui tinrent les leviers de commande de cet ensemble sont aussi mal connus que la machine elle-même. Il a paru indispensable à l'auteur de les montrer tels qu'ils furent, avec leurs vices et leurs faiblesses, comme avec leurs qualités. Leur destinée a changé de cours le jour où l'hitlérisme leur a donné une nouvelle " morale " en substituant à leur propre conscience une soumission totale au dogme nazi. C'est alors la dictature d'un " gang ", le régime de la force brutale, la fin du droit le plus élémentaire. Ce que le nazisme, incarné en quelque sorte dans la Gestapo, a tenté de réaliser, et qu'il a failli réussir, c'est la destruction de l'homme, tel que nous le connaissons, tel que des millénaires l'ont façonné. Le monde nazi, c'est l'empire de la force totale, sans aucune retenue, c'est un monde composé de maîtres et d'esclaves, et où la douceur, la bonté, la pitié, le respect du droit, le goût de la liberté ne sont plus vertus, mais crimes inexpiables. Cela semble déjà loin, comme un cauchemar que l'on voudrait oublier. Et pourtant, la pâte empoisonnée est toujours prête à lever. Les hommes n'ont pas le droit d'oublier si vite, ils n'ont pas le droit d'oublier. Jamais. Ce livre, traduit en dix-sept pays, a été couronné par le Prix Littéraire de la Résistance, puis par le Prix Aujourd'hui en 1963. Du même auteur chez le même éditeur: Trafics et Crimes sous l'Occupation, Le Métier de bourreau, L'O.A.S. contre de Gaulle.
_ Pourquoi le général de Gaulle a-t-il échappé aux nombreux attentats fomentés contre lui? ... parce que la police possédait, au sommet de l'O.A.S., un informateur exceptionnel (Pastis, alias Benoît...). _ Des années d'une lutte acharnée. ... la police avait détecté la présence d'une Taupe au coeur de l'Elysée! _ Pourquoi L'O.A.S. contre de Gaulle commence-t-il dès 1957? ... des révélations sur une affaire ignorée qui met en présence à Alger tous les protagonistes... La véritable histoire de l'enlèvement du colonel Argoud à Munich, en février 1963, est donnée ici pour la première fois dans ses moindres détails, ainsi que les suites diplomatiques de cette affaire. La version des gangsters de l'affaire Ben Barka, jusqu'ici admise, est réduite à néant. On connaît Jacques Delarue comme historien (Histoire de la Gestapo), on découvre ici le témoin. Commissaire de police, il a participé au premier rang à la lutte contre l'O.A.S. Un témoignage unique et passionnant sur le métier de policier; un document exceptionnel sur une des pages les plus dramatiques de notre Histoire.
L'Occupation de la France demeure mal connue. Période confuse, fertile en événements, propice aux combinaisons les plus sordides, elle fut marquée de crimes en même temps que les trafics les plus divers permettaient l'édification de fortunes rapides sur la misère générale. Jacques Delarue ouvre quatre dossiers brûlants sur des sujets ignorés montrant les coulisses d'événements particulièrement instructifs: _ L'utilisation et la manipulation du marché noir par les services allemands permirent de drainer les richesses nationales échappant aux réquisitions. Ces " bureaux d'achat ", qui étaient en même temps des officines d'espionnage et de basse police, utilisèrent repris de justice, tortionnaires et tueurs aussi bien que des commerçants et des industriels apparemment respectables. Les conditions rocambolesques de la mort du principal trafiquant, à Madrid, en 1945, établies ici pour la première fois avec certitude, sont dignes d'un roman d'espionnage. _ La Légion des Volontaires Français contre le Bolchevisme (L.V.F.) recruta des Français pour servir sous l'uniforme allemand. Son comité central vit s'affronter les chefs des groupes collaborationnistes, rivalisant pour obtenir les faveurs de l'occupant. Il devint le lieu de tripotages financiers parfaitement édifiants. _ La destruction du Vieux Port de Marseille, effectuée avec l'aide de Vichy, chassa sans aucune nécessité 25 000 personnes de leurs logis qui furent systématiquement rasés. _ La division S.S. " Das Reich " s'illustra par des dizaines de crimes de guerre dont les plus connus sont les pendaisons de Tulle et les massacres d'Argenton et d'Oradour, sommet de l'horreur. L'activité de la " Das Reich " est ici reconstituée jour après jour. La première édition de ce livre a provoqué la signature d'un accord franco-allemand sur le jugement des criminels de guerre, qui intervint quelques jours avant la mort du Commandant de la " Das Reich ". On trouvera ici toutes les précisions sur ces événements ainsi que sur la condamnation tardive par un tribunal de Berlin-Est de l'un des officiers S.S. responsables du massacre d'Oradour. L'auteur a travaillé officiellement de 1945 à 1952 sur de très nombreux dossiers judiciaires concernant cette période. Son livre est nourri d'informations, de documents encore inaccessibles, de témoignages directs et de précisions qui en font une des sources historiques les plus vivantes et indiscutables.